Occupés

Solidarité avec les occupants des théâtres.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, des dizaines de théâtre sont occupés partout en France. Me parviennent chaque jour, les témoignages d’artistes amis et en lutte. J’exprime ici tout mon soutien aux occupants des théâtres, aux artistes et aux techniciens du spectacle vivant mais aussi à toutes celles et à tous ceux qui les ont rejoints dans ce mouvement.

La revendication première des occupants n’est pas la réouverture des théâtres et des salles de spectacle. Celle-ci ne peut avoir lieu à tout prix, à n’importe quel prix. Elle ne peut avoir lieu "quoi qu’il en coûte", quel qu’en soit le coût pour les plus fragiles et les plus précaires d’entre nous. Les revendications des occupants des théâtres ne sont pas des revendications catégorielles ni corporatistes.

En dehors des considérations liées à la situation sanitaire, il ne peut être question d'organiser la réouverture des salles de spectacle, sans chercher à apporter des réponses aux revendications sociales des occupants des théâtres (qui sont aussi les revendications du monde ouvrier et du monde étudiant) et notamment : un plan de soutien à la création, un plan de soutien aux étudiants précaires, l’annulation de la réforme de l’assurance-chômage (qui ne concerne pas les intermittents du spectacle), un accompagnement dans la durée des jeunes travailleurs, salariés et indépendants, la continuité de l’année blanche pour les intermittents, le temps nécessaire mais également son extension à d’autres secteurs d'activité, à d'autres catégories de salariés, aux "intermittents" de l’hôtellerie et de la restauration notamment… et dans une perspective plus large, la création d’une sécurité sociale professionnelle attachée à la personne et non à l'organisation du travail…

Rassemblements en nombre, pour la défense des droits sociaux mais également en soutien à l'accueil des migrants. Marches des jeunes pour le climat… L’occupation des théâtres, dans la période que nous traversons, est une question de dignité.

L’œuvre d’art est un récit de soi. Elle est un récit en soi. C’est un dialogue avec soi-même et parfois, par accident, un dialogue avec l’autre. C’est dans cet arbitraire que l’ouvrier (celui qui œuvre) contribue au bien commun de l’humanité. Il est urgent de lui garantir des droits en lien avec sa condition et non selon la nature de son œuvre ou la qualité de son ouvrage.

Dans cette période de pandémie, l'occupation des théâtres est salutaire. Notre lieu commun est toujours le lieu de l'inspiration, où convergent parfois les luttes, où se créent des solidarités nouvelles.

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