M. Boulard,maire sortant du Mans, et son sens de la morale en politique

 Inculpé de trafic d'influence aggravé dans l'affaire Urba-Sages par le juge Renaud Van Ruymbeke en 1992 (puis relaxé en 1995), M. Boulard a publié dans Le Monde un article intitulé "La petite morale tue la grande" dans le journal Le Monde (édition du 14 et 15 février 1993). Cet article serait oublié depuis longtemps si M. Boulard n'avait pas éprouvé le besoin de publier en 2010 un livre fort romancé sur sa mésaventure judiciaire, où il reproduit cet article à la fin de son ouvrage. (Voir ci dessous en fichier attaché la tribune du Monde)

 Inculpé de trafic d'influence aggravé dans l'affaire Urba-Sages par le juge Renaud Van Ruymbeke en 1992 (puis relaxé en 1995), M. Boulard a publié dans Le Monde un article intitulé "La petite morale tue la grande" dans le journal Le Monde (édition du 14 et 15 février 1993). Cet article serait oublié depuis longtemps si M. Boulard n'avait pas éprouvé le besoin de publier en 2010 un livre fort romancé sur sa mésaventure judiciaire, où il reproduit cet article à la fin de son ouvrage. (Voir ci dessous en fichier attaché la tribune du Monde)

Dans ce livre intitulé Voyage au pays des juges publié en 2010 M. Boulard, bien que lui-même juge et partie, précise avec sa suffisance  habituelle : "Cet article n'a pas pris une ride". En deux pages à peine, aussi superficielles que brillantes, M. Boulard prétend retracer plus 3 siècles d'histoire de France de Mazarin à De Gaulle dans ce qu'il appelle "une réflexion sur les relations entre morale et politique".

1. Les porteurs de la "grande morale" selon M. Boulard :

- Mazarin : " il eut, certes, un sens élevé de ses intérêts personnels", " mais il a surtout montré un sens aigu de ceux de la France"

-Colbert " eut aussi un sens élevé de ses intérêts garantis par une corruption active". Il mourut fortune faite ...", " mais la qualité qui va lui assurer dans l'Histoire une posture morale, est d'avoir su se montrer plus discret que ce pauvre Fouquet, honnête certes, mais trop enclin a étaler sa richesse

- Danton : " Qui eut ses fuites et ses piastres"et "répliquait avec  truculence qu'il était impayable. Il savait, comme Mirabeau, qu'en politique la petite morale tue la grande"

- Clémenceau : " Le chéquard";" il finit en Père la Victoire"

- la Quatrième république : " qui eut ses fuites et ses piastres" mais "assura la reconstruction de la France"

- De Gaulle : " Il n'hésita jamais à utiliser "des gens de sacs et de cordes" pour effectuer de basses besognes qu'il tenait pour indispensable à la sauvegarde de la France"

2 . Les porteurs de la "petite morale", une opération de brouillage intellectuel pour mettre le couvercle sur les scandales

A l'opposé M. Boulard place pêle-mêle au rang des porteurs de la "petite morale" les princes frondeurs et les libellistes qui s'opposèrent à Mazarin ou bien Saint Just, "archange de la vertu, en réalité "jeune ambitieux dont la carrière débute avec le vol des économies maternelles afin de monter à la capitale" et, sur l'histoire du XX ème siècle se livre, comme à son habitude, à une opération de brouillage dont on pourra apprécier librement l'honnêteté intellectuelle.

"En 1934, l'émeute gronde à nouveau contre les scandales de la République. Les ligueurs qui dénoncent la gueuse sombreront le plus souvent dans la pire des collaborations" mais les ligueurs furent-ils les seuls à dénoncer ces scandales et fallait-il les taire ? Le plus célèbre de ces scandales était celui de l'Affaire Staviski. qui révéla les nombreuses relations entretenues par l'escroc dans les milieux de la police de la presse et de la justice (avec un procureur général qui était le beau frère du président du conseil ...).

De même quel rapport entre le "nouvel ordre moral" de Pétain et la morale elle-même ? Et M. Boulard de s'exclamer plus loin : "Quand j'entends Le Pen donner des leçons de morale à la République, j'ai envie de crier haut et fort Vive la geuse" (pour Vive la République").  Ces affirmations en guise de démonstration sont bien simplistes et superficielles.

3. Lutter contre la corruption

M. Boulard serait bien plus avisé pour combattre Le Pen de dénoncer les auteurs de ces scandales et de proposer de vraies mesures pour dénoncer et punir les coupables et empêcher que ces scandales ne se reproduisent  au lieu d'adhérer à des mesures en trompe l'œil mises en place par ses amis Hollande et Ayrault : (fausse transparence de la vie publique, réforme avortée de la justice et de son indépendance, radio et télévision publique au formol, etc.). Cela serait le plus sûr moyen de réduire Le Pen, père, fille et petite-fille, au silence ou à la stricte audience des racistes de toujours au lieu de les faire prospérer dans les proportions que nous connaissons aujourd'hui.

M. Boulard de conclure sentencieusement : "Que les gouvernements n'oublient pas que les peuples n'exigent d'eux de la morale que lorsqu'ils les jugent inefficaces. Ils pardonnent volontiers à ceux qui assurent leur prospérité et exigent en compensation, de la morale de ceux qui étalent leur impuissance" comme si, en bon notable bourgeois, il pouvait parler au nom du peuple  De quelle prospérité parle-t-il alors que la pauvreté gagne toujours davantage de terrain au sein du peuple, que les classes moyennes s'appauvrissent également et que les écarts de patrimoine et de revenus se creusent toujours davantage au sein de notre société ? Nos gouvernements, notamment ceux que M. Boulard a soutenus, ont bien fait preuve d'une terrible efficacité pour assurer la prospérité des plus riches et par conséquent d'une totale inefficacité pour assurer des conditions de vie décentes au plus grand nombre. Ce qui caractérise ainsi ces gouvernements c'est le cumul de l'immoralité et l'inefficacité.

En tout cas l'action politique de M. Boulard et de ses amis ne relève ni de la grande morale ni de la petite morale !

(1) Qu'on ne vienne pas nous dire ici que c'est le suffrage universel qui donne le droit de parler "au nom des peuples". Le petit livre de Michel Koebel Le pouvoir local ou la démocratie improbable (Editions du Croquant, 2006) montre bien comment les notables de province parviennent à gagner des majorité électorales (très relatives d'ailleurs) par le contrôle des budgets, du logement social et de l'emploi territorial, des associations, de la communication locale et bien sûr de l'administration locale.

 

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