MACRON DEBAT AVEC LUI MEME

Macron prétend organiser un débat portant sur quatre thèmes mais sa lettre est tellement mal construite qu’elle en est complétement déstructurée

Macron prétend organiser un débat portant sur quatre thèmes mais sa lettre est tellement mal construite qu’elle en est complétement déstructurée puisque la question essentielle de la démocratie et la citoyenneté est à mettre en relation directe avec celle de l’organisation de l’état où elle ne figure pas et elle abordée après les trois thèmes qui sont dégagé dans un ensemble extrêmement confus « démocratie et la citoyenneté – immigration – laïcité » qualifié de quatrième thème dans l’introduction sans que cette qualification de quatrième thème soit reprise dans la suite du texte sans doute en raison de l’extrême confusion de ce thème.

Quelques remarques ponctuelles

  1. Macron s’adresse aux « Chères Françaises, chers Français, » et ainsi dès le début de sa lettre il ignore la présence en France d’une population importante d’étrangers qui travaillent en assurant des métiers difficiles indispensable au bon fonctionnement de la société et/ou consomment, paient des taxes, des cotisations et des impôts et contribuent par leur présence au maintien des services publics dans des territoires qui se désertifie. Selon les chiffres du Ministère de l’Intérieur les étrangers représentent une population d’au moins 4 millions de personnes (chiffre 2014 https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Info-ressources/Etudes-et-statistiques/Statistiques/Essentiel-de-l-immigration/Chiffres-cles ). Tous les français par naturalisation et enfant d’immigrés apprécieront. Macron se croit le président des Français mais il oublie qu’il est le Président de la République française, ce qui est différent, car cette République doit être celle du vivre ensemble de l’ensemble de la population quelle que soit sa nationalité.
  2. Comment Macron peut-il écrire au début de sa lettre : « Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. » pour reconnaître plus loin que « notre pays n’offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d’où l’on vient ». On reconnait bien là les effets de sa « pensée complexe » mais l’une de ces propositions est nécessairement fausse.
  3. Il affirme « n’accepter aucune forme de violence » mais il ignore complétement les violences policières et l’usage disproportionné de la force avec tous les blessés qui en ont été victimes ainsi que cette femme de 80 ans morte à Marseille des suite d’une grenade lacrymogène reçues en pleine figure en refermant ses volets au quatrième étage de son immeuble. Voir en particulier : https://www.mediapart.fr/journal/france/061218/gilets-jaunes-face-aux-violences-l-irresponsabilite-du-pouvoir
  4.  Il affirme que "la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires" ce qui reste à vérifier, et il ajoute "c'est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d'opinion, de conscience, de croyance ou d ephilosophie" alors qu'avec qu’avec les gouvernement Sarkozy, Hollande et Macron les libertés publiques sont sans cesse restreindre, d’abord sous prétexte de lutte contre le terrorisme et ensuite pour s’opposer toujours davantage au mouvement social. Et cette dégradation des libertés publiques qui était déjà dénoncée en 2007 et s'est considérablement accrue depuis à un point tel que c'est le droit de manifester lui même qui est remis en cause.  ( voir http://blog.syti.net/index.php?article=86 )

  5.  Macron affirme que « les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l’effort partagé par tous » confondant le virtuel et le réel et il généralise abusivement en ignorant complètement les chômeurs de longue durée puisqu’il suffit de « traverser la rue pour trouver du travail».
  6. Dans son premier thème portant sur les impôts il nous demande : « Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ? Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? » mais il se garde bien de nous demander quels recettes il faut créer puisque « Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises ». Mais si la procédure d’évaluation de ces mesures déjà prise était sincère il aurait dû écrire ; « nous ne reviendrons pas dans l’immédiat ». Et il poursuit : « Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? » alors que la suppression ou la réduction des services publics indispensables est déjà largement en cours et qu’il s’agirait simplement de financer des « besoins nouveaux ». Bien sûr l’évaluation relative à la pertinence des services publics et leur coût sera laissée à l’appréciation des fonctionnaires de Bercy ou à des parlementaires inféodés.
  7. Les questions sur le deuxième thème relatif à l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques sont tellement floues et inconsistante qu’elles en sont insignifiantes ou plutôt elle signifie que c’est bien là le point essentiel dont dépendent tous les autres et c’est le sujet qui aurait dû être posé en premier. Il faudra ensuite se reporter plus loin après la présentation du troisième thème sur « la transition écologique »pour que quelques questions plus précises soient posées dans un fourre-tout « démocratie et la citoyenneté – immigration – laicité » alors qu’elles concernent directement le deuxième thème.  
  8.  Le troisième thème est celui « la transition écologique » avec des questions du genre « Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? » alors qu’il faudrait s’interroger sur le modèle américain de la maison individuelle (et de la chaudière individuelle …), sur les principes d’un urbanisme qui génère et intensifie les besoins en déplacement, et sur les transports en commun ainsi que la gestion partagées des   moyens de déplacement individuel
  9. Sur le dernier thème fourre-tout de la « démocratie et la citoyenneté », il nous demande « quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? » mais comme d’habitude la question est orienté car pourquoi évoquer la « bonne dose de proportionnelle » en excluant la proportionnelle intégrale ? 

Sur l’immigration il demande « souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? » Comme le rappelle le journal Le Monde en date du 14 janvier , en juillet 2009, la commission sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration, présidée par Pierre Mazeaud, avait jugé face à la proposition de Sarkozyqu’« une politique de contingents migratoires limitatifs serait sans utilité réelle en matière d’immigration de travail, inefficace contre l’immigration irrégulière et, s’agissant des autres flux, incompatible avec nos principes constitutionnels et nos engagements européens et internationaux ».

Enfin tout débat sérieux aurait dû poser la question de l’interrelation des différents thèmes entre eux en particulier sur la question des services publics et de la « transition » écologique ainsi que celle de l’aménagement du territoire et l’aménagement urbain. Par ailleurs Macron a sans doute oublié l’alinéa 3 de l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont on célèbre cette année le 70 ème anniversaire et qui précise : « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale » (ce qui concerne également les retraites qui sont un salaire différé). Il aurait également dû poser la question du logement qui grève de façon importante le pouvoir d’achat que ce soit par les loyers ou par l’emprunt.

 

 

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