Les bancs grillagés d’Angoulême, un urbanisme fasciste aujourd’hui banalisé

Le scandale  des bancs grillagés d’Angoulême met en évidence de façon très opportune et jusqu’à l’absurde l’une des pratiques les plus scandaleuses d’un nouvel urbanisme fasciste

Le scandale  des bancs grillagés d’Angoulême met en évidence de façon très opportune et jusqu’à l’absurde l’une des pratiques les plus scandaleuses d’un nouvel urbanisme fasciste qui a tendance à se généraliser et à se banaliser dans l’espace public ainsi que dans les lieux d’attente des réseaux de transports du service public ( !) : gares SNCF, RATP et réseaux de transports urbain de province ( !)  comme des millions de voyageurs peuvent en témoigner en cette période de déplacement pour les fêtes de fin d'année.

Certains élus et responsables d’entreprises publiques se chargent ainsi, avec l’aide de designers douteux plus aptes à concevoir des instruments de torture ;  d’élargir de toutes les façons possibles la fracture sociale et l’exclusion des plus démunis aux lieux de rechercher des solutions positives.

Ces élus et responsables d’entreprises publiques compromettent également les conditions de vie des citadins  qui ne peuvent même plus s’asseoir correctement s’ils sont en situation d’attente ou s’ils veulent se reposer un instant.

On constate également un manque criant de lieux pour s'asseoir  dans l'espace publics, ce qui obligent de nombreuses personnes qui pic-niquent en ville entre midi et deux heures ne pouvant s'offrir le restaurant et doivent recourir à toute sorte de stratagèmes pour s'asseoir généralement de façon assez inconfortable.

Pour les partisans d'une marchandisation générale de la sociéte, le banc public présente un défaut majeur : s'asseoir au café se paie d'une consomation mais s'asseoir sur un banc public relève encore de la gratuité.

Ce billet se propose de mettre en évidence quelques recherches récentes d’urbanistes, de sociologue et même d’élus sur ce sujet

  1. 1.      L’inconfort urbain

Le Repos du Fakir sur son site Internet « esquisse une typologie de mobiliers urbains anti-sans-abri à Paris. La gestion technocratique de l'espace public considère les corps comme des objets qui gênent la régulation des flux. Les citoyens sont infantilisés, agressés par ces dispositifs anti-ergonomiques. L'espace est dégradant / dégradé. Aujourd'hui, l'espace public cesse d'être un espace partagé. Il incarne les violences des pouvoirs. ». (Gilles Paté, Stéphane Argillet, http://www.gilfakir.com/fakir.html

Ces mêmes auteurs ont réalisé une vidéo qui est accessible à l’adresse suivante : http://www.urbanews.fr/2013/12/06/37382-ville-rigide-ville-securitaire-quand-les-bancs-publics-crees-des-exclusions/

En 2009 le magazine rue 89 avait également publié un article lui aussi abondamment illustré intitulé : « Empêcher les SDF de s'asseoir : la ville ne manque pas d'idées » http://rue89.nouvelobs.com/photo-rue/2009/11/26/empecher-les-sdf-de-sasseoir-la-ville-ne-manque-pas-didees

On peut également approfondir la question grâce à deux excellentes études de géographie sociale :

avec Diane Bégard : Pour une apologie du banc public : essai sur le rôle des bancs publics dans l'espace public, mémoire de recherche en géographie sociale sous la direction de Yves Banny (2004-2005), version revue et corrigée 2009, Paris http://issuu.com/dianinette/docs/apologie2009?e=1180754/2690898

et avec Jennifer Barella : Habiller et habiter la ville durable, Les bancs publics dans le cas de la Ville de Genève, Maîtrise universitaire ès sciences en géographie, Août – 2014 mesoscaphe.unil.ch/igul/doc.php?id=TIGL-918.pdf

  1. 2.      L’adaptation de la société française au vieillissement de sa population

 Luc Broussy, Conseiller Général du Val d’Oise  et Maire-adjoint de Goussainville a réalisé dans le cadre de la Mission interministérielle pour l’adaptation de la société française au vieillissement de sa population un rapport intitulé « L’adaptation de la société au vieillissement de sa population : France année zéro » accessible sur le site de la Documentation française. Il convient de saluer ici la qualité de ce rapport et le travail de celles et ceux qui ont contribué à le réaliser. La question des bancs publics et des toilettes publiques y est développé p. 82 et 83 du document.

"La question du banc public est le symbole de ces nouveaux besoins. En 1953, Georges Brassens louait les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics. Dans les années 80, les élus les suppriment progressivement tant ils sont devenus des lieux essentiellement occupés par les SDF et autres vagabonds. Et quand ils sont maintenus, ils sont entrecoupés d’accoudoirs ou, pis, remplacés par des « appuis-fesses » dont le nom, horrible, est à la hauteur du confort... Quant à la nouvelle invention urbaine, elle s’appelle l’«assis-debout», ce siège, glissant, proprement impraticable pour la moindre personne âgée. L’«assis-debout », le meilleur moyen pour une personne âgée de se retrouver...couchée !

En 2005, lors d’un entretien avec un maire-adjoint du Pré St Gervais70, celui-ci m’indiquait reprendre l’installation des bancs publics après les avoir supprimés. Pour une simple raison : une personne âgée, en centre-ville, ne peut faire 800 mètres à pied pour chercher sa baguette de pain sans faire une pause ou sans avoir la possibilité d’en faire une.

« Les gens qui voient de travers pensent que les bancs verts qu'on voit sur les trottoirs sont faits pour les impotents ou les ventripotents» chantait Brassens. Pas totalement faux. Si on assiste actuellement à une véritable résurgence des bancs publics en milieu urbain, il n’en reste pas moins qu’ils seront demain particulièrement utiles pour un public vieillissant qui, sans être « impotent ou ventripotent » aura besoin de souffler. Voici encore une condition d’une mobilité autonome.

Cette problématique des bancs publics, on peut aisément la dupliquer pour toute une série d’autres éléments urbains : la création d’espaces verts, de parcs et de jardins ; la sécurisation des cheminements en centre-ville dans les « zones 30 » ; et...les toilettes publiques.

Parlons-en. A part les touristes et les SDF, qui fréquente les toilettes publiques installées dans la rue ? Pourtant, les toilettes publiques constituent un maillon essentiel d’un réseau piéton, et ce, en particulier pour les personnes âgées qui souffrent souvent d’incontinence. On estime que 15% des personnes âgées de 85 ans et plus souffrent d’incontinence urinaire. L’absence de WC peut représenter un frein à leurs sorties et à leurs déplacements. Cela est encore plus valable pour les personnes en fauteuil roulant qui ont besoin de toilettes adaptées. C’est pourquoi, malgré les problèmes d’entretien, de sécurité et de financement qui peuvent survenir, il est important, demain, d’élargir cette offre en veillant à ce qu’elle soit adaptée aux nécessités des piétons âgés. Et certaines villes moyennes qui n’en avaient pas l’habitude auront peut-être l’obligation, à l’avenir, d’y penser."

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"PROPOSITION

 Pour tout cela, il nous paraît essentiel de mettre en place des Orientations d’Aménagement et de Programmation (article L123-1-4 du Code de l’Urbanisme) comprenant des programmes visant à : l’installation de bancs, la création ou l’adaptation d’espaces verts, l’installation de toilettes publiques, la sécurisation des cheminements avec la mise en place de zones trente..."

 

 

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