Prostitution : un rapport du Sénat

Le Sénat va examiner (quand ?) la loi contre la prostitution adoptée en première lecture par l'Assemblée Nationale le 4 décembre. Il a créé une « délégation » qui a publié son rapport (250 pages) :

http://www.senat.fr/rap/r13-590/r13-590.html

Ce rapport comporte des compte-rendus d'auditions de députées, de membres de comités divers, de sociologues, d'un commissaire de police, de responsables d'associations. Il propose 11 recommandations et une synthèse qui commente les auditions et explique les recommandations.

 La recommandation 1 stipule :La délégation souhaite que soient adoptées les dispositions de la proposition de loi concernant la pénalisation de l'achat d'actes sexuels et la responsabilisation des acheteurs.

 Ce rapport va donc malheureusement dans le sens liberticide de ce qui a été adopté par l'AN en décembre.

C'est cette recommandation particulière que je conteste, et pas l'aide au changement de métier pour les prostituées en exercice, ni la lutte contre les mafias, les réseaux et les violences qu'ils pratiquent. La prostitution de rue pourrait être avantageusement remplacée par une pratique officielle et discrète, en salons de « massage » et en appartements. Le statut d'autoentrepreneur s'y prête. La qualité du service y gagnerait (mais pas le moralisme imbécile qui nous impose moultes interdictions).

Autres recommandations.

Recommandation n° 2. - La délégation juge nécessaire l'abrogation du délit de racolage, indispensable à l'instauration de relations confiantes entre les personnes prostituées et la police, dans la logique de l'encouragement des personnes prostituées à s'engager dans un parcours de sortie.

Je n'ai rien contre cette recommandation (même si les « relations confiantes » avec la police me font rigoler), mais le commissaire auditionné est contre cette disposition ; voir mon commentaire complet sur mon blog :

http://antipenalisation.canalblog.com/archives/2014/06/26/30144674.html 

Recommandation n° 6. - La délégation souhaite que l'égalité entre les hommes et les femmes s'insère dans les programmes d'enseignement de l'école, du collège et du lycée, et dans toutes les disciplines.

« Dans les programmes de toutes les disciplines » : c'est évidemment grotesque. On faire bouffer à nos chers petits de l'égalité H/F comme on leur fait déjà bouffer des camps de concentration, du développement durable , de l'esclavage (atlantique bien sûr, pas question d'évoquer l'esclavagisme musulman), de la colonisation (qu'ils confondent avec l'esclavage) et autres dogmes politiquement corrects, plutôt que de leur faire apprendre des choses importantes : maths, français, physique, de l'histoire non biaisée par des vaines repentances à visées communautaristes etc.

Recommandation n° 7 : vous la trouverez dans le texte complet sur le site du Sénat. Ce sont les profs qui bouffer de l'ABCD de ce que vous savez. Comme si les leçons de morale ne suscitaient pas des réactions d'opposition. On va bien rigoler dans les lycées avec les « projets » sur la prostitution. Voyez ci-dessous la « perle » numéro 1.

Parmi les personnes auditionnées on ne trouve (évidemment) personne proposant de reconnaître les services sexuels comme des services à la personne aussi utiles que d'autres, ni aucun juriste qui aurait pu relever la contradiction flagrante entre les recommandations 1 et 2 ! Certaines personnes auditionnées ont exprimé des points de vue contraires aux opinions arrêtées par avance de la commission. Dans mon texte complet, je relève quelques unes ces contradictions.

Remarques générales.

 Malgré l'observation  faite à plusieurs reprises au cours des auditions que la prostituée ne « vend pas son corps » mais un service à la personne, les membres de la délégation reprennent systématiquement cette absurdité.

Perle numéro 1 : Sophie Avarguez, directrice du département de sociologie de l'Université de Perpignan :

« Notre étude [sur la prostitution en Catalogne et ses clients français] a intéressé une jeune artiste qui, avec le soutien du Conseil général, développe un projet dans une classe d'un lycée du département, pour mettre en place des outils pédagogiques et artistiques sur la prostitution. Le proviseur du lycée a proposé que l'année prochaine, tous les projets de classe du lycée soient consacrés à cette thématique. » 

Si c'est pas beau, ce « projet » ! Il va falloir remplacer l'ABCD que vous savez par l'ABCDP , et en faire profiter tous les lycées de France et de Navarre !

Le texte de synthèse.

Bien entendu Internet est dans le collimateur des fliquesses bien-pensantes. On apprend par le policier de la PJ que des sites de rencontres « coopèrent » déjà avec lui. Cela promet !

On trouve aussi cette fine observation :  « La délégation constate que la prostitution se caractérise, du côté de l'acheteur, par le malaise et le mal-être ! » 

Et alors ? Ces féministes veulent rendre les clients heureux malgré eux ! Elles n'ont pas compris que le « mal de vivre » est partout, et que l'on fait comme on peut, dans un monde de merde où l'on nous a jeté sans nous demander notre avis. Cigarette, drogue, sexe, accumulation de fric, recherche de pouvoir, création artistique, tout n'est que palliatif de l'Ennui

L'indispensable (sic) pénalisation de l'acheteur : effets préventifs et intérêt pédagogique (resic)  (p.48)

Plusieurs personnes auditionnées ont contesté cette mesure, sans effet.

« L'autre intérêt de la pénalisation est pédagogique ; il s'agit de poser une limite simple et de rappeler un principe essentiel : il n'est pas de tolérable qu'un être humain achète les services sexuels d'un autre être humain. »  Le mariage, c'est cela depuis des siècles !

« Cette valeur pédagogique de la loi est suffisamment importante en soi pour justifier la mise en oeuvre de la pénalisation du client en France. »

La liberté des relations entre adultes consentants, elles (et les châtrés qui les suivent) s'en foutent. Il faut se méfier par dessus tout des gens qui veulent éduquer les autres, produire « un homme nouveau » et faire triompher "l'empire du Bien" comme le disait Ph. Muray.

Conclusion : Ce rapport contient des comptes-rendus d'auditions intéressants, mais qui n'ont pas modifié les préjugés bien-pensants pompeusement affirmés sous couvert « d'éthique » et de « valeurs structurantes ». Malgré plusieurs observations, la commission persiste à maintenir l'équation fausse :

prostitution = commerce du corps = violence = indignité humaine.

L'indignité vient des conditions d'exercice du métier, imposées par les abolitionnistes.

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