Aérien : La maire écologiste de Poitiers a raison !

De Lyon à Bordeaux en passant par Grenoble ou Strasbourg, les nouveaux maires verts sont pris dans le feu des polémiques à vouloir oser faire de la politique autrement et surtout, mettre en application leur vision en matière d'écologie. La dernière polémique en date, nous vient de Poitiers.

Mise à jour lundi 06 avril 2021 à 22h53

Et une polémique de plus pour les écologistes. Après Bordeaux, Lyon et Strasbourg, c'est au tour de la mairie écologiste de Poitiers d'être sous le feu des critiques. En cause, cette fois-ci, les propos de la maire, Léonore Moncond'huy, sur l'aviation. Un extrait du conseil municipal de la ville, tenu lundi dernier, est remonté à la surface sur les réseaux sociaux en plein cœur du week-end de Pâques, explique LeHuffPost dans un article à lire ici.

La maire de Poitiers choque avec cette déclaration sur l'aviation © LeHuffPost

UNE POLEMIQUE DEPLACEE !

Quant à Poitiers, la jeune maire écologiste décide de ne plus subventionner (1) avec l'argent public une branche d'activité polluante, préférant financer des vacances à tous les enfants, la controverse enfle, Les Pros aviations ou réac d'un monde d'avant datant du siècle dernier, montent aux créneaux... Mais quand Wauquiez a supprimé quasiment la totalité des subventions aux associations environnementales ou lorsque le maire FN/RN de Fréjus, supprime toutes les aides pour des associations d'intérêt public, on n'a entendu personne. Deux poids deux mesures lorsqu'il s'agit de taper sur EELV.

REVUE DE PRESSE :

L'argumentation à critiquer le choix de la maire sur le fait qu'en privant (1) de subventions les associations de sports motorisés dont les aéroclubs de sa ville, cela équivaut à priver "une Asso qui fait des tours d'avions à des gosses handicapés, des heures de vol qui permettent aux pilotes de s'exercer pour éteindre des feux de forêts, de livrer des organes et ou faire des évacuations sanitaires[...]" C'est jouer sur le sentimentalisme culpabilisant qui est l'arbre qui cache la forêt.

© Léonore Moncond'huy

OSER METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT

La France est championne d'Europe du nombre d'aéroports. Il y en a trop !! – 

La France, championne d'Europe des aéroports régionaux La France, championne d'Europe des aéroports régionaux

Sur les quelque 460 aéroports régionaux que compte l'Union européenne, près d'un tiers se situent en France – La France, championne d'Europe des aéroports régionaux mais, un trop grand nombre d'entre eux ne sont pas rentables. Pour les autres pays d'Europe, le maillage territorial, beaucoup moins dense se réduit au strict nécessaire.

Si pour certains aéroports français, comme celui de Nice ou de Lyon-Saint-Exupéry qui s'appuient sur le tourisme, la manne économique est évidente, ce n'est pas le cas pour tous. En tout, l'Hexagone compte près de 160 aéroports. Selon Jean-Pierre Sauvage, président du Board of Airlines Represantative, sur les 84 aéroports de France métropolitaine qui exploitent des vols commerciaux, 66 se répartissent seulement 4,3% du trafic français. Et selon l'Echo touristique, les 40 plus petits aéroports ont un trafic moyen de 10.000 passagers par an. Ils ne sont donc pas rentables. ” – France Info

Des enjeux écologiques à prendre en considération

La crise du covid-19 a mis en difficulté le secteur aérien avec des chutes d'exploitation vertigineuses mettant sur la paille un certain nombre de compagnies. Les prévisions pour un retour à la normale, sont estimés pas avant 2025-2026, au meilleur des cas, selon les professionnels du même secteur.
Pour autant, oser s'attaquer à la question du maillage aéroportuaire français est plus que nécessaire face aux enjeux climatiques. La simple transformation écologique de la profession ne suffit pas. A un moment, il faut bien mettre les pieds dans le plat. Il ne s'agit pas de tout supprimer, mais il devient nécessaire d'oser s'attaquer à ce mythe : « L’aéroport est à l’élu local ce que la Rolex est à l’homme de 50 ans : si t’en as pas, c’est que t’as raté ton mandat ! » Restructurer et réduire le nombre d'aéroport et ou d'aérodrome doit être entrepris, tout en accompagnant le secteur pour ne pas laisser au bord de la route les employé.es trop souvent oublié par les entreprises restructurantes et l'Etat. Aujourd'hui, ce qui manque une fois encore c'est un vrai courage politique d'un système au ordre du CAC40 où l'écologie n'a d'intérêt que si elle peut le maintenir et rapporter de l'argent.

L'usage de l'argent public doit accompagner la transformation de notre société et non entretenir un monde d'avant tourner vers le siècle dernier

La mesure prise par la maire de Poitiers, Léonore Moncond'huy, de  ̶s̶u̶p̶p̶r̶i̶m̶e̶r̶  réduire (1) les subventions aux associations de sports motorisés de la ville, en raison de leur utilisation d'énergies fossiles, est un choix difficile mais nécessaire dans la priorité à donner dans l'utilisation de l'argent public face aux enjeux écologiques qui obligent à une vraie politique écologiste. Dans ce choix, même s'il peut paraître "dégueulasse", il doit être également l'occasion de poser l'amorce d'une réflexion plus profonde sur le maillage aéroportuaire français.

Face aux enjeux climatiques, la seule transformation écologique du secteur aérien ne va pas suffire ! © (Photo archives) La Nouvelle République Face aux enjeux climatiques, la seule transformation écologique du secteur aérien ne va pas suffire ! © (Photo archives) La Nouvelle République















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(1) INFO complémentaire :
Revenons aux faits : l'association "Aéroclub du Poitou" a vu sa subvention diminuer de 4000€ (4000 au lieu de 8000) sur un budget annuel de 337 000 € , soit - 1,1% ! ... L'ASPTT Vol Moteur voit sa subvention passer de 800 à 400€ quand le club omnisport de l'ASPTT, toutes sections confondues, a un budget de 761000€ et bénéficie de 46 500€ de subventions de la part de la mairie de Poitiers !

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