Hausse du prix des énergies : l’Etat complice de l’enrichissement des fournisseurs !

Les hausses successives du prix des énergies pèsent de plus en plus sur les ménages français. Qu'une entreprise cherche à gagner de l'argent pour se développer, payer ses salariés... ce n'est pas le problème. Mais lorsque celle-ci commence à fabriquer des dividendes sur le dos de ses clients, ce n'est plus acceptable. Que fait l'Etat ? Pas grand-chose !

C’est un article de France Bleu sur comment réduire sa facture « Hausse du prix de l'énergie : comment faire baisser sa facture ? » qui m’a fait réagir tôt le matin de ce mardi 28 septembre 2021 (voir le tweet ici – capture ci-dessous).

capture d'écran © Bruno Dalpra capture d'écran © Bruno Dalpra

 

Selon mon expérience de contribuable payant l’énergie utilisée par mon foyer, la vraie question n’est pas de savoir comment faire baisser sa facture, même si dans l’urgence du moment, ce sont des conseils utiles, MAIS : comment l'État peut-il laisser les fournisseurs d'énergie s'enrichir ?

Ici, on se rend bien compte que la privatisation de ces entreprises, dans une mondialisation où le profit maximal est recherché, pénalise les foyers français.
Dire, par exemple que la France est dépendante de l’approvisionnement en gaz d’une ressource qu’elle ne possède quasiment pas pour justifier le fait que l’Etat ne peut pas freiner les fournisseurs d’énergie, est un peu trop facile.

PLUS 54% DE HAUSSES DEPUIS LE DEBUT DE L’ANNEE !

La succession des hausses d'énergie depuis le début de l'année représente plus 613 euros en moyenne sur l'année pour une famille de quatre personnes, soit 54% en plus sur leur facture, selon un reportage diffusé dans le journal du 20H de TF1 du 27 septembre. C'est énorme ! Ces hausses s’ajoutent à d’autres sans que l’inverse se produise (baisser les prix). Expliquer que c'est le contrecoup de la crise du covid, que la France ne maitrise pas toutes les énergies et qu'elle est donc dépendante de la fluctuation des marchés, notamment celui du gaz, ... blablabla ... STOP ! Et la précarité énergétique, on en parle ? On parle de ces familles qui sont obligées de couper leur chauffage en hiver et ou d'en limiter son utilisation pour pouvoir finir la fin de mois ?
Le rôle de l'information c'est aussi de pointer les incohérences, de dénoncer un système qui précarise des tranches de la population de plus en plus nombreuse, tout en les incitants à acheter des produits "inutiles" (portables, applications payantes, ...).

En attendant, ce même État verse des aides publiques, notamment pour dédommager des conséquences de la crise du covid, à ces entreprises du CAC40 qui disent ne pas faire autrement qu'augmenter les prix, alors que dans le même temps elles optimisent leurs revenus pour fabriquer des dividendes, source de profits sur le dos des contribuables au service de leurs actionnaires, pas forcément contribuables français et ou exilés fiscaux. #AlloBercy !

UN ETAT COMPLICE ET DES FOURNISSEURS D’ENERGIE QUI S’ENRICHISSENT SUR LE DOS DE LEURS CLIENTS.

L’économiste Maxime Combes que j’ai interpelé pour avoir son avis, membre d’ATTAC, engagé à dénoncer les incohérences de l’Etat vis-à-vis des entreprises du CAC40, conforte l’idée d’une connivence entre l’Etat Français et les fournisseurs d’énergie où l’un sait et ne fait rien ou presque et l’autre s’enrichit sans complexe.
Ce n’est pas l’annonce du gouvernement d’un chèque énergie supplémentant de 100 euros versé courant décembres aux familles modestes déjà bénéficiaires du chèque énergie(1) qui va adoucir la successions des hausses du prix de l’énergie.

 

les principaux fournisseurs d'énergie ont versé 9,55 milliards d’euros à leurs actionnaires (dividendes + rachats d'action) © Maxime Combes les principaux fournisseurs d'énergie ont versé 9,55 milliards d’euros à leurs actionnaires (dividendes + rachats d'action) © Maxime Combes

Maxime Combes explique que les principaux fournisseurs d'énergie ont versé 9,55 milliards d’euros à leurs actionnaires (dividendes + rachats d'action) : en prélevant à peine 10% de ce montant exorbitant, l'Etat pourrait verser 273 € à chacun des 3,5 millions de ménages en situation de précarité énergétique. 
Rien qui ne les empêcherait de survivre. En effet, au premier semestre 2021, les profits de ces fournisseurs d'énergie explosent(2) :

  • +11,5 milliards € pour Total Energies
  • +2,34 milliards € pour ENGIE
  • + 4,873 milliards € pour EDF

Quand les prix de l'énergie augmentent, leurs profits explosent.

Rien ne justifie que les rentes de situation que les énergéticiens tirent de l'augmentation des prix finissent dans les poches de leurs actionnaires. Les services fournis par l'énergie sont un bien commun et ils devraient être protégés des logiques de rentabilité financière.

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L’ENRICHISSEMENT DES ENTREPRISES DU CAC40 AU CŒUR DU PROBLEME !

Dans un rapport intitulé « Allô Bercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 »(3), publié en octobre 2020, en attente de celui de 2021, l’Observatoire des multinationales met en évidence les multiples sources d’aides publiques directes et indirectes dont bénéficient les grands groupes français depuis le début de la pandémie de COVID-19. Toutes les firmes du CAC40, qu’elles versent des dividendes ou suppriment des emplois, reçoivent plusieurs formes d’aides, a minimas indirects, de la part des pouvoirs publics. Et contrairement aux annonces gouvernementales, ces aides n’ont absolument aucune contrepartie.

Ici, l’Observatoire des multinationales démontre que l’enrichissement des entreprises du CAC40 se fait sur le dos des Français (du point de vue de la France) avec la complicité de l’Etat. Qu'une entreprise cherche à gagner de l'argent pour se développer, payer ses salariés... ce n'est pas le problème. Mais lorsque celle-ci commence à fabriquer des dividendes sur le dos de ses clients pour servir ses propres intérêts actionnariaux de manière disproportionné, ce n'est plus acceptable. Et que fait l'Etat ? Pas grand-chose. C’est gravissime ! 

Les services fournis par l'énergie sont un bien commun et ils devraient être protégés des logiques de rentabilité financière, pour reprendre les propos de Maxime Combes.


(2) Les données sont les augmentations du résultat net par rapport à la même période (premier semestre) de l'année 2020. Elles peuvent donc être supérieures aux profits nets, puisque ces groupes ont annoncé des pertes en 2020.


(1) Réaction du CSF Bas-Rhin à l'aide supplémentaire que l'Etat veut proposer : "une goutte d'eau dans l'océan" pour l'association qui réagit dans un communiqué : voir le texte ici ou là :

Le gouvernement a annoncé qu’un chèque énergie supplémentaire de 100 euros allait être versé courant décembre aux familles modestes déjà bénéficiaires du chèque énergie. L’objectif annoncé est d’aider ces familles à supporter la flambée actuelle des prix de l’énergie, mais un rapide calcul nous permet de constater que ces 100 euros ne sont pas suffisants… L’énergie, bien essentiel pour se chauffer, se nourrir et vivre dignement va devenir un produit de luxe pour les familles modestes qu’on entend aider à sortir la tête de l’eau grâce à des « mesurettes » …

Les tarifs réglementés de vente (TRV) du gaz ont augmenté de près de 10 % au 1er juillet, puis de 5,3 % au 1er août. Les TRV de l’électricité, bien que moins spectaculaires, ont eux aussi augmenté : 1,6 % en février dernier et 0,5 % en août. Surtout, la hausse va se poursuivre et même devenir spectaculaire en 2022 pour l’électricité. Le prix du mégawattheure était de 46 euros en moyenne en 2020, alors que le prix du mégawattheure pour fourniture en 2022 approche les 80 euros, soit une hausse de presque 50 %. En 2022, on estime en moyenne ce poids supplémentaire sur le portefeuille des familles à 150 euros sur l’année pour l’électricité, le chiffre devant être sensiblement le même pour le gaz.

L’aide de 100 euros annoncée par le gouvernement ne permettra donc pas d’éponger la flambée des prix de l’énergie pour les familles les plus modestes qui sont déjà suffisamment prises à la gorge… Elles devront payer toujours plus cher leur énergie, quand par ailleurs le prix des denrées alimentaires augmente aussi fortement. Pour rappel, le montant du chèque énergie est en moyenne de 150 euros par an, soit à peine autour de 13 euros par mois. L’enquête sur le chèque énergie réalisée par la CSF avait déjà relevé pendant 2 ans que cette aide était très insuffisante pour lutter contre la précarité énergétique de près de 5 millions de ménages ! Ce « coup de pouce » de 100 euros par an dont se félicite le gouvernement n’est rien de plus qu’une goutte d’eau dans l’océan… La CSF exige des mesures bien plus fortes pour éviter que les conditions de vie des familles ne se dégradent encore plus avec l'arrivée de la saison froide !


(3) Allô Bercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40
– édition octobre 2020

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