De quoi "autisme" est-il le nom ?

"L'autisme, c'est ...", "Non! L'autisme, c'est ...", "Pffff! Meuh non ! L'autisme c'est...", "Mais enfin, arrêtez de dire n'importe quoi ! On sait bien que la communauté scientifique internationale est consensuellement d'accord pour définir l'autisme comme étant...", "Consensus... communauté scientifique... moi je suis autiste et qui mieux qu'un autiste peut dire ce qu'est l'autisme, hein ? " ...

 

Arf...qui n'a jamais assisté ou même participé à ce genre d'échanges résumés dans le chapô qui démontrent, si encore nécessaire, que ce qui est nommé "autisme", personne ne sait ce que c'est ni ce qui le cause !

Et qu'en toute logique, tout substantif qui en est dérivé tel que "autiste" ou "autistique", n'a aucun sens.

Seuls les mots "autisme", "autiste", "autistique" existent qui, bien qu'employés à outrance aujourd'hui pour désigner tout et n'importe quoi ou, plus grave, discriminer l'autre à partir de sa différence, n'expriment en fait que les propres fantasmes sur cet autre de ces autoproclamés "sachants/spécialistes/experts de ce qui est nommé "autisme" "  pendant que les "machines à étiqueter du sujet" que sont le DSM IV-TR et 5 et l'ICD-10 et 11 ("draft") ne parlent que de "spectre" dans lequel une psychiatrie soit-disant "scientifique" alors qu'elle n'est que "statistique", hallucine chaque jour davantage de "troubles" qui vont de "trouble A" à... "inverse de trouble A" !

 

 C'est pourquoi il est urgent et important de revenir à la réalité en rappelant que :

- le terme "autisme" résulte d'une amputation du terme "autoérotisme" créé par le sexologue Havelock Ellis  et ensuite repris par Freud [1] d'abord en 1899 dans sa correspondance avec Fliess puis en 1905 dans la première édition de "Trois essais sur la théorie de la sexualité" 

 - c'est Eugen Bleuler qui, en 1911, a procédé à cette amputation du terme "autoérotisme" en lui enlevant " éros" [2], révélant du même coup son ambivalence à l'égard de ce que Freud venait de démontrer et qu'il exposait dès l'édition première de ses "Trois essais sur la théorie de la sexualité", à savoir : la sexualité humaine existe dès l'enfance mais en tant que "disposition perverse polymorphe" tant que les fonctions génitales ne sont pas établies, c'est-à-dire au moins jusqu'à la puberté si le développement libidinal du bébé devenant enfant puis adolescent n'est pas ... empêché  ! 

Bref, "autisme" est donc le nom de... rien.

Alors y'en a marre de ces gens qui, s'autoproclamant "sachants/experts en autisme" à tout bout de champ et à toute heure,  s'autorisent à t'expliquer et même à te dicter ce que tu dois penser, dire et faire au sujet de ce qui est nommé "autisme" qui est le nom de rien !!!

Mais surtout, y'en a marre de ces gens qui, s'autoproclamant "sachants/experts en autisme" à tout bout de champ et à toute heure, s'autorisent à te dicter ce que tu dois penser, dire et surtout... infliger à celles et ceux qu'ils disent "autistes" alors que cela n'a aucun sens [3] !!!

Marre !!!

 

"Au lieu de leur apprendre à parler, apprenons à nous taire !"

(Fernand Deligny, au sujet des dizotistes)

 

En clair :  foutez-nous la paix,  nous ne vous demandons que de nous écouter !

 

Bruno Jean PALARD

Frouzins, 22 octobre 2016

 

[1] Le mot auto-érotisme (ou autoérotisme) a été employé par Havelock Ellis pour la première fois dans un article publié en 1898 : "Auto-erotism : A psychological study, Alien. Neurol., 19, 260.

Freud l’emploie pour la première fois dans sa lettre à Fliess n°228 du 9-12-1899,  intégralement reproduite aux pages 494 à 496 de : "Sigmund Freud - Lettres à Wilhelm Fliess - 1887-1904 - Edition complète" - PUF - 10/2006 et le reprend, pour le développer et le distinguer de l'acception d'Havelock Ellis qu'il juge "trop large", en p. 104 et suivantes de ses "Trois essais sur la théorie de la sexualité" - NRF Gallimard "Connaissance de l'inconscient " Trad. fr. de Philippe Koeppel - 1987

[2] Dans son texte princeps " Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien (1911), édit. "Dementia praecox ou Groupe des schizophrénies", Editeur : Coédition GREC/EPEL, 1993, Eugen Bleuler précise p.112 que ce qu'il nomme autisme "[l'autisme]est à peu près la même chose que ce que Freud appelle autoérotisme».

 [3] D'où les néologismes "ditotiste", "dizotistes" et "ditezotistes"  dont explications quant au pourquoi de leur création données ci-après :

Le mot "ditotiste" est un néologisme que j'ai créé à partir de ce que j'ai observé dans les nombreuses situations de la vie quotidienne où un sujet énonce un dire à propos de l'être d'un autre sujet que lui-même ("être" entendu en tant que "étant").

Exemple :

Sujet A dit : "Sujet B est autiste" .

Nous avons bien Sujet B qui est dit "autiste"  par Sujet A.

Sujet B est ditotiste...si vous lisez "dit autiste" en faisant la liaison entre "dit" et "autiste", bien sûr.

Voilà, vous avez maintenant la réponse à la question "qu'est-ce qu'un ditotiste ?".

Les formes déclinées de ce mot en fonction du genre et du nombre sont : "ditotiste" pour "dite autiste" , "dizotistes" pour "dits autistes" et "ditezotistes" pour "dites autistes".

 

Edit du 24 octobre 2016 :

Comme indiqué dans mon commentaire de ce jour, je recommande vivement la lecture critique de cette thèse de doctorat en psychologie, en particulier du chapitre "I. LA PRÉHISTOIRE DU SIGNIFIANT L’AUTISME : UNE QUERELLE DES SUBSTANTIFS OU UNE QUESTION DE FOND ?" ainsi que celle de la bibliographie sur laquelle elle prend appui, thèse réalisée par Janis Gailis en 2010 et dont voici les références :

  • Janis Gailis. Concept de l'autisme bleulerien dans la logique freudienne de l'alienation et de la separation. Psychology. Universite Rennes 2; Universite Europeenne de Bretagne, 2010. French. <NNT : 2010REN20019>. <tel-00597420>

Cette thèse est consultable et téléchargeable gratuitement au format pdf à l'adresse suivante :

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00597420

 

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