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Billet de blog 26 mai 2022

A quoi sommes-nous sensibles ?

La mort des non Occidentaux semble invisible. Qu’ils soient Syriens, Afghans, Nord Africains, du Moyen Orient, d’Asie... Ils sont comme fantomatiques, presque coupables d’effleurer notre champ de vision.

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La mort des Occidentaux nous touche. Même anonymes énumérés en chiffres lors de soirées COVID. Même dans une guerre fratricide entre Russes et Ukrainiens. Même dans une école de village au fin fond de l’Amérique.

La mort des non Occidentaux semble invisible. Qu’ils soient Syriens, Afghans, Nord Africains, du Moyen Orient, d’Asie... Qu’ils se perdent dans ces fosses communes que sont devenues la Méditerranée et la Manche que personne n’ira fouiller. Qu’ils s’asphyxient dans des conteneurs, des camions, des bateaux. Qu’ils périssent de froid, de faim, de mauvais traitements, de brutalité.

Quelle est la différence ? Est-ce que nos médias sont un miroir où nous ne reconnaissons que ceux qui nous ressemblent ? Est-ce que seuls les Occidentaux ont les moyens de crier leurs morts ? Est-ce que les non Occidentaux devraient s’excuser de nous déranger avec leur misère pour nous laisser nous lamenter sur nos seules plaies ? Est-ce que ces réfugiés économiques, climatiques, politiques font apparaître de façon flagrante nos propres excès et nous donnent mauvaise conscience ?

Il y a une évidence, toutes les morts ne sont pas égales dans ce monde, beaucoup sont comme fantomatiques, presque coupables d’effleurer notre champ de vision. Ne venons pas parler d’universalité, de fraternité, d’humanité, tant elles sont réservées à un cercle restreint de bénéficiaires.

L’époque est à la sécheresse, climatique, émotionnelle, philosophique, politique, industrielle, dramatique. Cette catastrophe n’a rien de naturel. Elle est décadence, déchéance, abandon. Un jour sûrement, il sera trop tard pour avouer notre égoïsme, notre cruauté, notre cynisme.

L’Occident se lave les mains de l’état du monde, tant il est dépassé par sa propre capacité d’autodestruction. Alors il s’apitoie sur lui-même. Plus jamais ça, il faut faire quelque chose. Les plus anciens connaissent bien ces vœux pieux. L’impuissance infernale de l’accumulation du laisser-faire des dégradations successives tétanise toute initiative pour inverser le cours des choses.

Prendre conscience de nous corriger, de stopper la fuite en avant et de changer notre attitude est inévitable. Nous vivons tous sur la même planète. Passons de la sensibilité à la lucidité, sauf à nous croire immortels. Être vivant est une responsabilité collective.

D’où ils sont, les anges s’interrogent sur notre santé mentale et se désespèrent de l’espèce humaine. Leur verdict est prêt, c’est de nous envoyer sur la Lune et sur Mars, sans scaphandre. Le trajet sera mis à profit pour les regrets et l’introspection. Laissant derrière nous la planète bleue de colère. Nous réaliserons, trop tard, que le paradis, à l’origine, était sur terre.            

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