Tir à vue

TRAJECTOIRES: Des tranches de vie banales...Ou pas!

                                                                        TIR A VUE

Des heures...Voilà maintenant des heures que je suis là, les coudes sur le rebord de la fenêtre, le menton calé dans les mains. Le dernier café est désormais bien loin. J'ai envie d'un café. Pourtant, je n'esquisse pas un geste. Mes yeux ne doivent, ne peuvent pas quitter la fenêtre d'en face. La quatrième en partant de la gauche. Mais qu'est ce qu'il fout! Rien ne bouge dans l'appartement. Et s'il n'était pas là? Du temps perdu.Non ce n'est pas possible. Il est là. Je suis sur de mes infos. Je l'aurai. Il va bien finir par se montrer.

Ha le salaud! Il dort pendant que je poireaute. Attends que je te piège mon pote, tu rigoleras moins tout à l'heure. J'ai tout mon temps. Tout est prêt. Comme moi! Prêt à fonctionner. Impatient que tu pointes le bout de ton nez à cette fenêtre qui demeure vide. Désespérément vide.

Drôle de métier que le mien, quand même. Pourtant aucune honte, aucun remord. Après tout, ceux qui ont affaire à moi se doutent bien qu'un jour ou l'autre ça risque de leur tomber dessus. Je suis là pour les surprendre, pour être le plus rapide. Je ne dois leur laisser AUCUNE CHANCE!!

J'appuie et...Hop!!

Ca y est, ça y est! La lumière vient de s'allumer et, oh joie, il est là. C'est bien lui qui déambule innocemment dans cette grande pièce luxueuse. Formidable! Sa chérie est là, elle aussi. Et vas y que je te serre, et vas y que je te bisouille. Un quart de seconde et je sais que c'est le moment idéal pour moi. Je suis immédiatement en position. Comme ils sont mignons tous les deux dans le viseur. Comme dans un film. Attention, c'est parti!

Je mitraille non stop. Tir à vue!!

Mon souffle s'est coupé automatiquement. Plus un geste excepté celui de mon index qui appuie, appuie, appuie....Aucune chance. Ils n'avaient aucune chance. J'exulte. Je viens de me le farcir, lui même, en compagnie de sa charmante maitresse. Mission accomplie. Je range tout, descend les escaliers quatre à quatre et me retrouve béat, devant un café bien mérité, serrant amoureusement mon Canon contre moi.

Putain! C'est au journal qu'ils vont être contents. La photo du mois!!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.