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Billet de blog 20 sept. 2022

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Du passé...

Alors comme ça, on ne s'enfuit jamais. Jamais complètement ?

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Même la lumière est terne...

Tellement longtemps que je ne suis plus venu...Tellement !

Un zombi. J'avance sur le sol gras, sous le ciel gris, glissant sous les nuages grondants, bon gré mal gré. Toujours connu ça dans le coin.

J'avais presque oublié, enterré tout ça, effacé... Je m'étais promis....Plus jamais !!

Puis la lettre. Ses mots. Son écriture. Son "je t'aime"... Fais chier !!!

Alors comme ça, on ne s'enfuit jamais. Jamais complètement ?

Comme une tempête. Un gros coup de vent qui ferait ressurgir les petits cailloux pointus, ensevelis sous des couches de poussières au fil des ans.

Mes semelles que je pensais assez épaisses, ne suffiront pas à éviter les coupures. Je vais devoir avancer à rebours, sur le chemin torturé et tranchant. Mais je reviens, elle me le demande....Pire, elle me l'impose, elle me connait, elle sait. le lien.

On avait un pacte. Ou plutôt, ELLE avait juré : "C'est pour la vie, tu es à moi, on ne peut pas, on ne pourra jamais nous séparer". Encore écrit dans sa dernière missive, en lettres capitales...J'avais feint d'oublier, il y a si longtemps.

Le chantage. Le chantage à l'enfant... Il y a belle lurette qu'il n'est plus, l'enfant.

Je redécouvre ces rues, les maisons alignées, toutes semblables, les façades grises et tristes. Le ciel libère ses premières gouttes, à peine une heure que je suis arrivé. Non rien n'a changé, mes souvenirs ne mentaient pas. La placette, face à la maison, a conservé les deux mêmes bancs aux lattes grignotées par l'humidité. L'enfant y slalomait sur son petit vélo rouge. Il riait....Oui, il riait.....

Sous mon ciré, recroquevillé comme un naufragé, je fixe les fenêtres aux volets clos, délabrés. Des images s'amoncellent peu à peu dans ma mémoire que je pensais vide, comme cette vielle bâtisse.

Combien de temps à vivre serein, sans questions, sans conflits ? Combien d'années avant que l'histoire ne dérape ?

Une erreur. Un dysfonctionnement. Une mauvaise blague du destin.

Notre histoire n'aurait jamais du être. Elle avait décidé. J'étais sa chose, programmé pour lui obéir. Naïf et innocent, j'avais suivi le mouvement, j'avais obtempéré, j'avais cru à l'histoire qu'elle me vendait. J'avais tout gobé. Son amour, nos liens indéfectibles, indestructibles. En fait, dérisoires, platement fonctionnels, dénués de sens.

Dieu, disait elle, Dieu nous a réunis, Dieu est amour....Elle se le gardait précieusement son amour. Elle ne l'a jamais partagé, du moins, pas avec moi. Mais je ne l'ai pas compris de suite. Dieu n'existait pas, l'amour était invisible, mais il fallait faire comme si. Un théâtre de marionnettes dont elle tenait les fils, fermement. 

Alors, j'ai coupé. Arraché plutôt. La fuite...Partir, loin, vite, définitivement. Chercher, réapprendre, exister. J'ai bien failli me perdre ; je me suis accroché à des chimères, persuadé à chaque fois que c'était la bonne. Un parcours de montagnes russes ; toujours plus exaltant qu'un chemin plat vers un horizon inaccessible. Mais au final, le même vide, la blessure, invisible, mais qui est là, profonde et tenace. La plaie que tu ne peux, que tu ne veux montrer à personne. Éternellement seul...

Et la question : Est elle la seule coupable ?...

D'où ce retour ? Vaincu par ce énième courrier ? Ce pli que je n'ai pas jeté direct dans la corbeille, que j'ai ouvert sans une hésitation. Un pressentiment, le faux espoir d'enfin mettre les choses à plat ? La revoir et confirmer que je n'avais pas le choix, au mieux que j'avais opté pour le bon ? Espérer l’électrochoc, l'aveu, la libération ?... La lumière ??? 

Peut être parce que ce courrier était posté de l’hôpital ?

"Rien de grave" précisait elle... Encore un coup tordu dans l'espoir de me faire plier, ou pleurer. Chaque mot, soigneusement choisi, j'en étais certain, exhalait un parfum d'emprise. Avec succès. J'étais venu. J'avais répondu à l'appel. Des dizaines d'années de silence, d'oubli, réduites à néant, d'un simple clic sur le site SNCF. Et merde, j'avais cédé...

...La pluie s’arrête. le déclic pour décoller du banc, direction hôpital. Quelques centaines de mètres, plus pesants que les centaines de kilomètres parcourus pour revenir dans cette ville, à tout jamais sombre. Seul les néons d'un bar de quartier laissent entrevoir la possibilité d'une vie sur le parcours. Non !! Je ne m'arrête pas. Je continue, mu par une volonté salvatrice. Il ne manquerait plus que j'arrive dans un état second. Le stress suffira amplement... Le parking... Le chemin piétonnier, vaguement éclairé par des spots solaires, guère plus lumineux que le décor ambiant. Puis le flash !! Le blanc percutant du hall. Aucun doute sur l'issue du parcours. Bienvenue en enfer !!

La jeune femme, derrière le comptoir vitré, m'invite à approcher. Moi ? Ben oui, Moi !! Trop tard pour reculer :

"Bonjour, je viens voir Madame Duval. Elle a été admise il y a huit jours mais je n'ai pas son numéro de chambre

- Un instant, je vous dis ça de suite.

-Merci."

Chambre 615... Quinze secondes de face à face, blême, devant le miroir de l’ascenseur. J'enfile le long couloir. J'y suis. Juste un petit toc toc et......Je sens une présence, juste dans mon dos. Demi tour. Un type, stéthoscope autour du coup, bras croisés :

" Bonjour, vous êtes bien Monsieur Duval ?

- Oui mais...

- Madame Duval nous a énormément parlé de vous, je vous ai reconnu de suite."

Le toubib se colle à vingt centimètres de mon visage. Il a une voix douce, apaisante :

" Monsieur Duval.... je suis vraiment désolé. Votre maman est décédée ce matin à 7 heures. Toutes mes condoléances......"

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