Un bon petit groupe de jeunes, et moins jeunes, prêts à s’engager, à transformer les vieux réflexes et comportements du siècle dernier.
Et effectivement il reste des montagnes à gravir, des forteresses à abattre.
Quelle alternative, quels moyens, quel avenir ?
Être sur tous les fronts, car tout est lié. Et l’époque sent de plus en plus mauvais. Le futur emprunte dramatiquement le chemin du passé.
Toutes les commémorations, toutes les images d’archives, horribles, diffusées régulièrement sur les écrans, tous les plus jamais ça, ne servent à rien.
Les masses laborieuses semblent prêtes à écouter les sirènes de l’extrême droite et à repartir, comme en 40, espérant sauver leur petit bien-être. Tromperie du capital qui lui, veut sauver ses privilèges qui n’ont jamais, contrairement à ce que nous racontent les livres d’histoire, jamais été abolis…
Réveiller ceux qui se contentent d’être du bon côté de la terrible majorité silencieuse, complices de l’oppression, victimes de la propagande distillée à coup de promesses de confort matériel et illusoire.
Les trente glorieuses !! Pas pour tout le monde….
On va se battre : Prochaine cible, un entrepôt logistique.
Transports de marchandises venues du bout du monde, cadences infernales, nuit et jour, mépris pour les employés, pas mieux considérés que les robots peu à peu installés, et qui eux, ne paieront pas de cotisations sociales ni feront grève. Tout bénef !!
Alors, on va bloquer, tenter d’enrayer la machine, leur faire perdre des thunes. Y’a que ça qui compte, chez ceux qui comptent…
Trois heures, pas de lune, une belle nuit pour l’action.
Toutes les palettes sont empilées, les barrières neutralisées, les écharpes relevées, la détermination boostée, la journée peut commencer.
Et bien commencer, Rachel, dans ses bras, m’a serré.
Une heure. Une heure a suffi pour se retrouver face aux robocops. Nettement plus nombreux que nous. Et agressifs.
Pas de place à la négo. Pas de sommations.
Les détonations précèdent brièvement les grenades qui s’abattent sur nous. Un déluge. Un massacre. Les tirs tendus. Salopards !!
Pas le choix. Dégager, et vite. L’échec. La rage. La peur.
Je trouve la main de Rachel et la serre… Elle s’écroule !!
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Hébété, menotté, vidé...
Derrière le grillage des poulets, ça court dans tous les sens.
Les néons glaçants ont remplacé les lampadaires jaunâtres de la zone industrielle.
L’impression d’en être à ma 113ème cigarette sans dormir…
Le gout des lacrymos ne s’atténue pas.
Le corps de Rachel, figé, ne s’efface pas.
Mes larmes versées ne se tarissent pas.
Ma vie, brisée, va-t-elle s’arrêter là ?
Quarante huit heures de garde à vue réglementaire, le jour se lève.
Rachel n’est pas là, plus jamais là, comment la rejoindre ?
L’expresso bien serré me remet les idées en place.
On ne fait que passer, on le sait ; évident, tant que ce sont les autres !
J’ai peur. Peur de demain, de ce que je vais faire, ou de ce que je ne vais pas être capable de faire. Le temps est compté.
On vient surtout de me pourrir les dernières belles années que je pouvais espérer vivre positivement. L'obscurité est là, mon soleil éteint...
Je repense au petit gamin dans son monde tout gris. S’il avait su, n’aurait-il pas mieux fait d’aller se pendre direct au fond du garage ?
Affaire réglée, rapide et efficace…
Ça sert à quoi tout ça ?
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Du haut des calanques une vie s'est définitivement envolée...
L’urne vide pendouille au bout de mon bras inerte.
Un CIAO ! Sans retour celui-là, un adieu, un cri, un vide.
Ensemble pour toujours et à jamais plus, dix couillons couillonnes se serrant les unes contre les autres face à la mer, sans horizon.
Comme pour une dernière séquence obsolète de nos soirées passées à idéaliser ce monde fichu, boire des coups, préparer des actions, raconter des bêtises, et Rachel, pas la dernière, à rire bruyamment à nos délires. Une sacrée équipe, un petit clan, presque une famille.
Dix veuves et veufs, moi, un peu plus que les autres…