Encore un rendez vous pour rien...A coup sûr... Deux ans de pratique forgent l'intuition et la résignation.
Des mois que je traverse la rue ; la ville ; le département. Des semaines et des semaines que je n'ai pas vu mes gosses.
Alors ? Trop vieux, épuisé, la peau tannée, les dents abimées, le regard éteint ?
Je suis rentré tôt à l’hôtel. Social l’hôtel... Enfin on m'a bien fait comprendre que je devais m'estimer privilégié, voir heureux qu'il y ait une place. Un mec qui ne bosse plus, depuis tout ce temps...Vous comprenez ?
Ça coute cher tout ça... La même phrase employée par mon patron, quand il nous a remplacé par les machines.
Deux par chambres. l'odeur de transpi et de moisi, l'odeur de précarité. L'autre, comme un miroir...
Alors je suis descendu, salle commune, le réfectoire. Treize heures. L'heure de la bonne parole. De la vérité autorisée. De la propagande.
Tous, comme des tournesols tournés vers la lumière rectangulaire, hypnotisés par la douce et rassurante voix du larbin de service :
Aujourd'hui, pas de pollution, pas d'embouteillages, mais une file de vingt bagnoles à la queue leu leu, juste pour transporter un seul gars et sa dulcinée. Peut être qu'elle ne serait pas partie Chantal si je lui avais concoctée une petite virée de ce genre ?
Et puis, l'arrivée à Paname, toutes les rues bouclées, compliquant le quotidien des gens qui vont bosser. Juste pour un vieux riche qui a tout son temps, vu qu'il n'a jamais trimé. Quelques obligations protocolaires, et la vie de rentier dans un château où pourraient loger quelques dizaines de familles. ( En même temps, il n'y a pas que lui, et sans être roi...)
Bon après...Normalement, on a droit, hypocritement, au réchauffement climatique. Et bien non, pas aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est la fête à neuneu (oui, neuneu, notre petit apprenti dictateur, qui penche dangereusement à droite).
Aujourd'hui est un jour formidable qui va voir évoluer pas moins de dix huit jets au dessus de la capitale. Avec les fumigènes et tout et tout...Je ne connais pas le bilan carbone exact, mais je pense que je suis petit joueur avec ma vieille Renault cinq ( que je conduis sans assurance les jours où je peux mettre un peu d'essence, vu ma situation). Et les prix qui grimpent, qui grimpent !
Et oui, l'inflation, bien entendu. Les prix alimentaires, les restos du cœur, la bouffe de merde faute de moyens...
Ah, tiens, monsieur brushing nous parle du repas de ce soir. Non non pas pour nous. Nous, on se contente de le payer, le petit dîner entre amis, garanti sans produits LIDL. D'autant plus que j'ai l'impression qu'il a beaucoup d'amis ce monarque. Cent soixante d'après les organisateurs, et cent soixante d'après la préfecture. Tiens pour une fois ils sont d'accord ! Il y a des personnalités diverses, nous annonce le cravaté propre sur lui. Des hommes politiques (pas tous), des patrons (des grands, pas des petits), des sportifs et des sportives ( haut niveau uniquement), des actrices et acteurs que j'aime j'aimais bien....
Et tous les autres ? Les moyens, les petits, les "Arianne Lavrilleux", les lanceurs d'alertes, tous les riens qui ont du mal à boucler les faims de mois.
Niet !! Et fermez la, sinon : Matraques, LBD, amendes, section anti terroriste, et prison. Et voilà !! Quelque chose à ajouter ?
Et là, je sens que je m'énerve...Comme d'habitude devant l'écran... Je suis maso. Je sais que je me fais du mal, et j'y reviens sans cesse, comme un drogué....
Cerise sur le gâteau ( pas celui de Pierre Hermé), les réactions de mes concitoyens, en deux mots, finissent de m'achever !
Tous conquis par cette belle histoire de faste, de prestige, la grandeur de la France, une rencontre historique, un pognon de dingue !!
Même dans la salle, la plupart ébahis, subjugués par les images. Pas choqués un instant, engloutissant frénétiquement leur pizza surgelée.
La servitude volontaire...Trop forts les riches...Ils n'ont pas tort, en fait, ça fonctionne à merveille !
J'ai la nausée....
Je vomis toute ma pizza royale...
Beurk !!!