Autour de moi, le silence

Ca fait plusieurs mois maintenant que je vois défiler les images de ces gueules cassées. Les larmes aux yeux, la boule au ventre, tandis qu’autour de moi, la vie continue, dans un silence assourdissant. Comme si rien n’avait changé. Comme si tout cela était normal. Un texte écrit en février, et toujours d'actualité. Autour de moi, c'est toujours le silence. Pour combien de temps encore ?

 © Bulles Jaunes © Bulles Jaunes

 Ca fait plusieurs mois maintenant que je vois défiler les images de ces gueules cassées. Les larmes aux yeux, la boule au ventre, tandis qu’autour de moi, la vie continue, dans un silence assourdissant. Comme si rien n’avait changé. Comme si tout cela était normal.

Car oui, pour beaucoup de gens désormais, il est devenu normal, en France, en 2019, de perdre un oeil ou une main. Simplement en manifestant.

Les verrous sautent les uns après les autres. Ce qui était inacceptable il y a encore 5 ans, devient tolérable aujourd’hui. Et même justifiable.

Jusqu’où faudra-t-il aller, combien de blessés faudra-t-il encore, pour que l’on se dise que ce n’est pas normal ?

Parmi ces manifestants, il y a des gens que je connais. Il y a surtout des gens que j’aime. Ces gens-là, demain, peuvent se retrouver avec un oeil en moins.

Et qu’est-ce qu’on leur dira alors ? Qu’ils l’avaient mérité ?

Ca en rassurera certains de se dire ça. Ils pourront continuer à dormir tranquille, puisqu’ils ne les connaissent pas. Puisque ce ne sont pas leurs amis, leurs parents, leurs frères, leurs sœurs, ou leurs enfants qui manifestent depuis plusieurs mois.

Je suis au-delà de la colère. Au-delà de la tristesse.
C’est une partie de moi, que j’ai perdue.

Autour de moi, c'est le silence.

Pour combien de temps encore ?

 

 

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