Barbès Café ou l’histoire d’un enracinement, par Naïma Yahi, co-auteur et conseiller historique

Le Barbès Café est un spectacle généreux : chacun des artistes qui le porte le fait avec cœur et talent, au service d’une seule et même cause : raconter l’enracinement des Maghrébins en France. Comme l’a rappelé Rabah Mezouane, nombreux sont les artistes talentueux qui ont composé ce panthéon de la chanson de « Lghorba » autrement dit de l’exil.
Imaginé et créé par Méziane Azaïche, programmateur pionnier et inlassable défenseur de ce patrimoine, le Barbès Café est avant tout un cadeau fait à toutes les générations venues de tous les horizons. Quoi de plus beau en effet que d’appréhender la poésie de l’intime de ces aventuriers de l’exil ? De ces hommes et de ces femmes qui ont contribué à notre mémoire collective et ont laissé en héritage cette trace sensible de leur installation en France ?
Quand l’équipe du Cabaret Sauvage m’a invité à participer à l’aventure, je ne pouvais que m’enthousiasmer pour l’esprit « cabaret » : celui d’un lieu magique permettant de magnifier cette création originale tout en lui offrant ce supplément d'âme qui ne manquera pas de ravir ces lieux de tournée qui ont déjà commencé l’accueillir.
Mêler l’histoire socio-politique qui ne fait pas l’impasse sur la décolonisation à l’histoire culturelle qui démontre la mobilisation des artistes-chanteurs au cours des principales séquences de l’histoire de France : c’est le défi musical de notre spectacle.
Vous pourrez ainsi (re-)découvrir des images d’archives de la télévision française ou des actualités qui reviennent sur des moments d’espoirs (comme l’indépendance de l’Algérie) ou des moments de lutte (comme la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983). Cette trame historique trouve toujours son pendant musical rappelant ainsi la portée politique mais aussi la beauté de ce répertoire.
Si très tôt les artistes prennent fait et cause pour l’indépendance à l’instar de Slimane Azem, le thème de l’exil sans retour ou celui du déracinement hantent la chanson maghrébine en France. La mythique Maison Blanche de Cheikh el Hasnaoui ou le titre Li Rah Ouella (celui qui va et vient) du crooner Dahmane El Harrachi vont tantôt nous décrire les villages désertés pour la France et tantôt conclure à l’échec inexorable de celui qui choisit l’exil.
Mais Barbès Café est aussi un spectacle joyeux et plein de fraicheur. Il revisite avec talent les titres qui nous font danser depuis des décennies comme l’irremplaçable Cheikha Rimitti ou le fabuleux Sidi Hbibi de Salim Halali. Enfin, Barbès Café est un spectacle où l’émotion vous étreint à chaque instant : le souvenir d’Alger sur une reprise du monument Lili Boniche en constitue l’un des sommets.
Le fil narratif du spectacle est porté par la truculente Lucette, concubine de Mouloud et patronne du Café. Elle vous fera découvrir cet univers du bistrot bien connu des immigrés mais plus largement des ouvriers ou la chaleur humaine et les rires côtoient les larmes et les doutes du déracinement. En définitive, venez découvrir un bout de notre histoire commune. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.