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Billet de blog 1 mai 2014

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Du contrat politique!

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il faut vraiment que tout cela cesse, que tout cela change – sans slogans niais et univoquement communicationnel du mode : le changement, c'est... ? –, que toute cette pauvreté d'initiatives, d'actions, de réactions, de volontés politiques et de je ne sais quoi de nécessaire à créer, et qui doit inéluctablement venir, recouvre l'essence même de ce que doit être le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

Montesquieu nous renseignait qu'il ne faut pas beaucoup de probité pour qu'un gouvernement monarchique ou qu'un gouvernement despotique se maintienne, la force des lois dans l'un, le bras du prince toujours tendu dans l'autre, règlent et contiennent tout ; en revanche, dans un gouvernement populaire – il faut entendre "démocratique" –, il faut un ressort de plus qui est la vertu : il faut que le citoyen sache préférer l'intérêt public au sien propre...

Est-il, dès lors, besoin de préciser qu'un élu est inaliénablement un citoyen au même titre que ceux qui l'ont honoré de leurs choix de voix et mandaté contractuellement, et en confiance, sur un ensemble "programmatique" ? Quelle convenance a pu, à ce point, rendre possible une fracture telle – entre les élus et leurs mandants – qu'il se révèle un divorce relevant et surtout provenant d'un incompossible, à tous les étages, dans la façon de se définir l'objet originaire et immuable de la Politique ?

Il est intolérable que la Politique persiste à être cette grande scène de spectacle et de représentation où tantôt, par une agence de communication, est jeté, poussé dans l'arène, un poulain "viril"; tantôt, "moussé" par un sondage révélant une cote de popularité inédite, est propulsé un "mannequin" qui aura le rôle exclusif de séducteur-charmeur, de "magnétique" missionné pour hypnotiser – tel un diffuseur d'onguents –, détournant ainsi son regard, l' agora, dans la fin constante de la contenir, maintenir dans un ensemble chimérique : Manuel Valls est une erreur de casting, et bien pis, sa nomination, au poste de premier ministre, incarne la faute politique par excellence ! Un mois après, il persiste comme un lourd absurde...

Il est vital, par souci de nommer chien un chien, de faire tomber le masque transparent dont se vêtissent les "socialistes" pour encore se réclamer de gauche – ce qui peut se souligner comme demeurant une des plus grandes impostures du vingtième siècle –, et qui est ridicule et triste.

En réalité, ce sont, en association avec une certaine corporation pseudo "médiatico-scientifico-philosophique" dominante, les janissaires, les nouveaux cerbères, pour ne pas dire chiens de garde, au service indéfectible de la cause de l'enfer que constitue l'invasion néo-libérale permanente : la révolution conservatrice ou la restauration.

Comment considérer cet acharnement manifeste de vouloir remettre au goût du jour des politiques qui ont fait leurs preuves aporétique et néfaste ? Et quel est ce don – particulièrement français – de transposer des méthodes qui ont fini de montrer le cortège de désastres humains qu'elles convoient ?

La "troisième voie" est une vaste fumisterie au même titre que toutes ces théories nouvelles, pensées hors-les citoyens et contre eux, réfléchies, expérimentées puis rédigées par ceux qui les auront fait adopter comme "politique générale". Il est aisément devinable que celle de Manuel Valls est tout sauf émouvante par sa nouveauté.

La révolution conservatrice ou, une fois bien déguisée, la restauration pointe le bout de son nez, avec son arsenal de cercueils, habillée de formes "nouvelles" de domination, de techniques de manipulation – avec le concours du management, de l'enquête de marché, y compris d'opinions, du marketing, des médias via notamment la publicité commerciale, etc. –, dans des fins d'annihilation des acquis social, éducatif et démocratique.

Il y a comme une opposition qu'il est sain de délimiter et confronter : la résistance face à la réticence. La résistance des citoyens opposée à la réticence du néo-libéralisme (des conservateurs), matrice et "impulseur" de l'involution.

Par de multiples stratagèmes, le "conservatisme" infiltre le corps sociétal à en diffuser les virus – "les chevaux de Troie" – qui permettront que ses composants se désolidarisent par individualisation systémique et systématique, que son éducation ou sa "formation", par le modelage puis la modélisation, soit axée exclusivement sur l'unique aliénation des possibles futurs serviteurs (nos enfants) de la machine "désœuvrante" et "excluante", armée de "l'économie" indéfinie et indéfinissable, parce qu'impersonnelle et sournoise mais inclusivement pernicieuse : le néo-libéralisme.

Il est évident que pour qu'une restauration aboutisse, il faut que le politique, l'élu intervienne, lui qui légifère, lui le mandataire qui, lorsque c'est le cas, trahi, avec un naturel déconcertant, ceux qu'il est sensé "servir" les intérêts en recourant continuellement à la politique de la peur, du bouc émissaire ; à la place de régler les problèmes urgent et réel inhérents à l'équilibre, l'entente et la cohésion intracommunautaire ("l'Europe") et extra-communautaire. De qui se moquent les élus de "l'Europe", particulièrement de la France, lorsqu'ils font valoir – alors qu'ils entretiennent les conditions des déséquilibres d'un dumping social, fiscal ou salarial – un nécessaire nivellement, par la bas, du coût du travail qui devient de plus en plus une injonction de rendement improbable ; si ce ne sont les citoyens qui les ont élus ?

L'urgence consiste désormais dans la capacité des citoyens à travailler, à créer les nouveaux outils de gestion, d'administration des biens commun et public, sans qu'il ne soit plus possible les connivence et consensus "fil permetteur" de la restauration. Il est aussi nécessaire qu'ils s'enquièrent de l'indispensable intrusion de réel, de la réalité dans les « concepts » abstraits qui régissent le fonctionnement de quelque système qu'il existe, et qu'ils s'attellent à la constitution de « process » de transmission, de diffusion de savoirs, par le prisme de l'art, de la culture, aiguiseurs de sens critiques, autres que ceux existants alliés de ce qu'il convient de nommer Léviathan.

Il en est même insupportable de se voir, systématiquement, proposer un "match" Rousseau vs Hobbes dont l'issue consacre toujours le second, parce qu'il faut être le meilleur, être un loup, être un requin, comme pour primer l'animalité, la bestialité au détriment de l'humanité. Rousseauiste ne saurait être un tort ou une tare ! Et si « il faudrait un peuple de dieux pour vivre dans une véritable démocratie », ne pas saisir l'allégorie du "savant-démiurge" serait : facilement tomber dans un déisme grégaire ! Un peuple de citoyens éduqués peut donc sembler aller dans le sens d'une telle acception .

L'éducation reste toujours l'enjeu dont disent se préoccuper les politiques et qui, malheureusement, n'est pour eux qu'un grand champ de manipulation, de normalisation et de moralisation d'un système qu'il serait, au contraire, judicieux et salutaire de refondre et refonder. Car : « on ne doit pas élever les enfants d'après l'état présent de l'espèce humaine, mais d'après un état meilleur » écrivait Kant dans son Traité de pédagogie.

C'est autour de la problématique de l'éducation que se joue l'avenir crucial de toute révolution. Ce ne sont pas les conservateurs qui miseront sur celle-ci à bon escient et/ou en bienveillance, bien au contraire, ils parieront sur l'aliénation et "l'abrutissement" du plus grand nombre pour, sans cesse, confisquer, s'approprier "l'enfant" issu de la seule valide et inéluctable, parce qu'un devenir intrinsèque et incompressible à l'humain : la révolution de la masse.

À la masse, il incombe désormais de réellement et efficacement se structurer pour s'intéresser et comprendre les mécanismes qui régissent leur existence afin d'en proposer d'autres correspondant aux attente et besoin réels. Non pas par la "convenance", non pas par "l'émulation", ni par "l'analogie" – ce sont des processus de ressemblance, de similitude propres au néo-libéralisme par la nécessité de lien et de contact indispensables à tout type de cooptation –, mais par la "sympathie" qui n'en nécessite aucun. Toutefois, pour qu'une pareille constitution réussisse, il faudrait un certain équilibre de celle-ci avec sa "figure jumelle" : "l'antipathie". C'est bien nourris de la "sympathie", mais dans "l'antipathie" du conservatisme, du néo-libéralisme, de la restauration, que les citoyens feront naître les conditions d'une révolution "irrécupérable".

Aussi, il serait éclairant de découvrir et /ou de redécouvrir Contre-feux de Bourdieu, tant son actualité est criante, dont voici le propos d'invitation à le lire : « Si j'ai pu me résoudre à rassembler pour la publication ces textes en grande partie inédits, c'est que j'ai le sentiment que les dangers contre lesquels ont été allumés les contre-feux dont ils voudraient perpétuer les effets ne sont ni ponctuels, ni occasionnels et que ces propos, s'ils sont plus exposés que les écrits méthodiquement contrôlés aux dissonances liées à la diversité des circonstances, pourront encore fournir des armes utiles à tous ceux qui s'efforcent de résister au fléau néo-libéral. »

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