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Billet de blog 12 mai 2012

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Lettre ouverte à François HOLLANDE, président de la République

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cher Monsieur Hollande, Monsieur le Président de la République, votre élection fut pour nous une immense joie et un espoir pleinement assouvi pour lesquels, après les avoir fortement ressentis puis fêtés, nous « opposons » et vous adressons quelques propos; étant entendu que nos félicitations restent, au préalable, les plus profondes et sincères...

Nous sommes des citoyens et, puisse que nous sommes des citoyens, il nous faut une cause pour défendre la cause des citoyens!

A l'heure où « l'involution » des États, c'est-à-dire leur régression vers le répressif au détriment de leurs fonctions sociales, éducation, santé, etc.,dans quasi tous les pays du monde, a fait un chemin multi-décennal (due à la réussite de la révolution conservatrice), vous voici élu président de l'un des peuples les plus avant-gardistes; donc avec lequel vous allez devoir mener, jusqu'à aboutissement, sa nécessaire révolution. Pour cela, ne doutant pas que vous le sachiez (il y a toujours quelque chose de bon de rappeler), il faut définir ce qui est en jeu, d'ultime et de décisif, dans votre quinquennat.

L'enjeu? Et nous faisons appel à Pierre Bourdieu ( nous l'évoquerons encore, tellement il avait posé le bon diagnostic!) : «... c'est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des « experts », style Banque mondiale ou FMI, qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan, « les marchés financiers », et qui n'entendent pas négocier, mais « expliquer »; il faut rompre avec la nouvelle foi en l'inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme; il faut inventer les nouvelles formes d'un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment (ce peut être la tâche des experts), mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser. ».

Et est-il nécessaire de rappeler que de tels propos furent tenus il y a (bientôt) 17 ans, contre, et en soutien de ceux qui étaient contre, l'austérité que voulait, déjà, légitimer Alain Juppé...

Il est acceptable qu'il puisse subsister un certain « conflit de rôle » entre votre fait énarque (donc technocrate) et ce que vous êtes (ou nous serions-nous trompés?) socialiste et, avant tout, de gauche; mais l'urgence du monde, et particulièrement de la France, ne réside pas dans une tentative de conciliation du « marché financier » criminel et des peuples aux abois et précaires; mais, de facto, dans une prise de position claire dans ce que, avec le peuple, vous lui rendiez ce qu'on lui a dérobé : ses services publics, son éducation, sa santé, son agriculture, son travail, etc.

Vous savez aussi, mieux que nous, que le processus (de lent glissement) de maquillage et de positivation, qu'on nous vend sous la bannière d' « inévitabilité », de termes autrefois référents, se poursuit inlassablement : ainsi derrière les termes « forces vives de la nation » se cache patronat (dont le cynisme et la mesquinerie n'ont nullement régressés, bien au contraire), le terme « dégraissage » a supplanté celui de débauchage si bien qu'on qualifie de « courageux » des plans sociaux d'entreprises (pourtant « en bonne santé »); et sous le couvercle de « flexibilité », nous découvrons tout un cortège de régression d'acquis sociaux : travail précaire, de nuit, heures supplémentaires prétendument « défiscalisées », etc.; etc.

Aujourd'hui, plus que jamais, vous serez la cible favorite des marchés car : «...les gouvernements de gauche étant évidemment particulièrement menacés parce qu'ils suscitent la suspicion des marchés financiers (un gouvernement de droite qui fait une politique peu conforme aux idéaux du FMI est moins en danger qu'un gouvernement de gauche, même s'il fait une politique conforme aux idéaux du FMI). ».

Aussi, nous est-il important de vous demander le sens de ce que vous nommez « politique de croissance »? Est-ce une sorte de « cheval de Troyes » que vous ferez entrer dans ce pays? Que pensez-vous de l'arrivée imminente (« inévitable »), annoncée par les financiers, d'un nouveau type de contrats qui auront pour rôle essentiel : la mise à mort du CDI? Résisterez-vous?

Une armée de charognards se mobilise depuis bien longtemps, ayant même anticipé votre élection, pour mettre en œuvre, de plus en plus, des moyens de pressions auxquelles, pensent-ils, vous ne résisterez jamais...

Votre salut? La Jeunesse.

Et vous qui aimez vous targuer de vous enquérir de la Jeunesse, d'en faire une priorité, sachez qu'elle vous le rend bien ; et que c 'est nous ( parmi lesquels, et au plus grand nombre), des jeunes qui nous mettons au courant, et qui le sommes, aussi, aux aguets et à la page de ce qui se trame de plus destructeur et d'anéantissant pour les citoyens, et par les mêmes, toujours les mêmes : « les saigneurs à blanc de peuples ». Une jeunesse, ou du moins une partie, qui ne veut plus rester passive ni fataliste ; mais actrice de son devenir qui ne pourra se réaliser sans elle.

Votre participation active serait, dans ce sens, et sans lésiner, d'investir dans son éducation, son éducation, son éducation, puis dans son instruction ; parce que, et cette jeunesse le rendra à elle-même et aux générations qui suivront, l'Histoire montre que partout où les peuples, en particulier les jeunes, ont été instruits et éduqués, du plus haut degrés possible, il a régné moins de haine, de bêtise, de xénophobie, etc.

Votre chance? Que le Front de Gauche ait du « poids » au prochain parlement ( à l'assemblée nationale), parce que la Gauche n'a toujours été forte que plurielle ; et surtout qu'il représenterait le bras « armé » dont vous avez besoin pour faire face et front aux « envahisseurs du monde » qui ne sont que mieux armés et organisés. « Envahisseurs du monde », donc de la France, mais plus généralement de l'Europe : car nous n'allions pas vous quitter sans vous parler un peu d'Europe. Une réorientation de l'Europe est tellement nécessaire et urgente qu'il faille prôner (et obtenir) une uniformisation des salaires (vers le haut bien sûr), des impôts et taxes ; pour ainsi en finir avec ce mensonge, qui n'a que trop duré, qui fait le terreau des nationalismes et xénophobies partout dans la communauté. Mensonge qui est : laisser entendre que les travailleurs européens sont concurrencés par (ou que par) des travailleurs extra-communautaires, alors que près de 70% des échanges économiques des nations européennes s'établissent avec d'autres pays européens ; laissant libre cours au dumping social intra-européens. Ainsi, sans doute par des manœuvres politiciennes, se retrouvent bouc émissaire les étrangers extra-européens (africains, noirs ou maghrébins, asiatiques, etc.).

De fait, et ce sera notre dernier propos (avant un prochain), il est de votre devoir, Monsieur le Président, de vous rompre à la tâche immense, de redresser la France mais aussi l'Europe, que sera votre quinquennat ; et recevez nos encouragements ainsi que notre souhait que vous ayiez une majorité parlementaire confortable et plurielle qui vous permette.

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