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Billet de blog 22 janvier 2014

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il m'habitait un grand enthousiasme à l'idée de signifier ce qu'était, dans ma conception, « faire intervention » puis, à cause d'une émotion ressentie à la lecture du propos qui commence le dernier essai d' Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes, je me suis résolu, ne pouvant que m'incliner devant pareille perception, à reprendre, pour mon compte, ses mots : « ...ce dont nous faisons l'expérience lorsque, pendant un débat, un participant prend la parole, et présente la situation débattue « un peu autrement », suscitant un léger temps d'arrêt. Ensuite, bien sûr, le débat reprend comme si de rien n'était, mais certains parmi ceux et celles qui écoutaient feront savoir plus tard qu'ils ont été touchés... »

Suis-je légitime pour intervenir? M'adresser à vous?

Dans tous les cas, je me légitime de penser et de dire qu'il n'y a aucune pertinence dans ce qu'il faille être expert dans un domaine, maîtriser parfaitement une chose, pour en parler. Attendre de maîtriser un sujet pour en parler n'aboutit-il pas au constat ironique (l'ironie étant la mère de toute vérité) de ce qu'il ne sera plus d'actualité une fois le temps de la « maîtrise » pris ?

Intervenir donc? Ou plutôt « portraiturer » tel un peintre- digne de ce nom - s'acharnant, s'efforçant à faire des portraits avant de se sentir prêt, digne d'aborder la couleur et faire du paysage... Cela participe d'une construction! Et construire est une affaire tellement périlleuse qu'elle exige et nécessite des collaborations, des interactions, des échanges. Construire n'est pas une petite affaire privée, cela ne peut se faire seul.

Mon propos s'inscrit donc dans une logique d'invitation. Il est celui d'un dunkerquois de 32 ans qui attend qu'il entre en collision avec d'autres propos dans le but, non pas qu'ils construisent malgré, mais grâce à la confrontation de multiple, de multitude, de multiplicité, même divergents.

C'est aussi parce que je veux être le co-auteur du « livre-dialogue » qui traitera du récit de la conquête, par les citoyens, des appareils qui interviennent dans leurs devenirs , que je me suis engagé au sein d'un mouvement politique local qui veut replacer le citoyen au départ du processus de la construction de la « cité ».

Il ira de soi que ce « livre-dialogue » devra incontestablement recueillir les interventions de toutes les ontologies qui, même rivales, se valent. D'où cette nécessité actuelle d'œuvrer collectivement dans le but de consolider ce qui se nie aisément de nos jours : la « culturaltérité ».

J'aurais pu être autre chose, d'un endroit autre, mais cela me paraît importer peu. J'étais dakarois, devenu dunkerquois sans pour autant cesser d'être ce que j'étais...C'est dire ce que l'on ne cesse de devenir dans l'existence! Et ce que l'on devient ne cesse de changer au fur et à mesure que l'on devient.

Il me semble fondamental et décisif que les citoyens se saisissent de la politique, de l'art, etc., donc de leurs vies, car ils se retrouvent dans des situations « d'appauvrissements » économique, social, culturel, éducatif, etc., de moins en moins tolérables; sans avoir de moyens d'action et de proposition.

Il est aussi curieux de constater que ce qui fait réagir, se révolter puis s'engager, soit dans le fait d'atteindre une limite.

Cela coïncide avec la théorie que je nomme de « l'élastique » : Ce n'est pas parce qu'une chose est élastique, qu'elle ne cède pas. Et tout ce qui est étirable cède à un niveau de traction qui lui excède. Un lien, même distendu, offre tous les possibles, tant qu'il ne cède pas.

Il est donc question de limite qui ne soit pas irrémédiable et insurmontable, jusqu'à nourrir un certain « fatalisme » en matière d'engagement, pour que puisse jaillir les nouvelles formes d'investissement du champ politique.

J'ai atteint ma limite de tolérable, puis, décidé de m'engager. Ce n'est pas que j'ai été dépourvu de conscience politique, mais seulement manqué d'opportunités.

Et cette opportunité récente, qui n'est pas opportuniste, est accompagnée par une intériorisation humaniste de longue date : je suis un humain, il me faut une cause pour défendre l'humanité, humanité qui, par déclinaison, est une citoyenneté, locale par transposition. Tel est le point de départ d'une conviction qui corrobore la nécessité qu'il faille s'inscrire dans des démarches horizontale et transversale, seules garantes d'un exercice démocratique optimal en matière de « faire de la politique ».

Ce qui fait front et révolution, c'est lorsque les dernières limites de tolérable atteintes, des uns, rejoignent les premières et les autres, des autres, pour constituer un ensemble. Ensemble majoritairement homogène, indéfectiblement et irréductiblement irrésistible à un inéluctable.

Inéluctable imprégné de travail rigoureux, inéluctable trempé et « fermenté » dans la culture, dans l'art, dans les sciences, le dialogue, la « culturaltérité » etc. Car nous savons ce qu'un ensemble irrationnel, irraisonné et surtout flatté de son « mauvais » ego, peut illustrer le profond odieux de l'humain.

Ainsi pourrait se terminer mon propos d'invitation à l'engagement ! Le souci étant d'être, du moins essayer, le plus bref possible...

Et de dire, pour finir, que l'emploi du « je », « moi » persiste à être un exercice qu'il m'est toujours éprouvant voire inadmissible de faire, mais cela se révèle fonctionner comme des portraits : ils permettent.

Hady, membre de Dunkerque en Mouvement;

soutien de PATRICE VERGRIETE

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