Le retour de l'Anarchie

Noam Chomsky l'exprime très bien, “When something burst out [..], when anything breaks out, it typically has an anarchist flavor to it”

Noam Chomsky l'exprime très bien, “When something burst out [..], when anything breaks out, it typically has an anarchist flavor to it”

        Se référant dans cette phrase aux différents mouvements qui ont étayé notre histoire mondiale récente, “[...]La révolution espagnole, le mouvement Occupy, ou encore les indignados[...] », Noam Chomsky exprime clairement l’idée qu’un mouvement cherchant la fin d’une oppression, est par essence anarchiste, qu’il le soit consciemment ou non.

 

           Je ne sais pas ce que pense Noam Chomsky de ce nouveau mouvement porté par les Gilets Jaunes, mais pour moi il est très clair qu’une fois de plus, le désir d’anarchie est présent au sein du mouvement.

Au regard simplement des revendications démocratiques. Les gens manifestent clairement leur raz-le-bol face au manque de pouvoir décisionnel dont ils.elles disposent, ils.elles ne se sentent ni écouté.e.s ni entendu.e.s.

Le RIC (Referendum d’Initiative Citoyenne), proposition récemment portée par une très large majorité des gilets jaunes, est un outil qui rentre tout à fait dans la conception anarchiste. Un pouvoir de décision horizontal et entre les mains de tout le monde, au mépris clair de l’avis des élites, c’est à dire des opprimants.

La demande de réappropriation du pouvoir public, l’organisation sur un modèle horizontal des tâches et la mise en commun des décisions, le développement de l’autogestion en général, toutes ces valeurs ont été décrites par Proudhon dès le début du XIXème siècle.

            Pourtant, les quelques études sociologiques faites sur ce mouvement ont montré la présence d’un grand nombre de personnes non politisées. On note également la présence des deux « extrêmes » que sont les mouvements fascistes et royalistes, ainsi qu’une partie de l’extrême gauche égalitaire et libertaire. Mais malgré leurs visibilités, ces politisé.e.s n’en reste pas moins des groupuscules sans réel pouvoir décisionnel sur le mouvement.

Sans conscience de cette base anarchiste du mouvement, celleux qui agissent, ce sont celles et ceux qui s’étaient justement désolidarisé.e.s de la politique.

         Et c’est bel et bien de cette base apolitique que fleurit le plus souvent les valeurs anarchistes. Bien plus que celleux déjà « formaté.e.s » par des idées politiques partagées et revues mille fois, celles des militant.e.s, c’est bien souvent de celleux qui n’ont pour réfléchir que leurs expériences et propres réflexions sur la vie qu’elles.ils voient au jour le jour, que viennent les idées les plus libertaires. Car les idées libertaires sont avant tout des idées de fraternité immédiate, de reconnaissance de l’autre, celle.celui qui est avec moi dans la galère. C’est aussi remettre la solidarité au premier plan, et bien évidemment œuvrer à la reprise en main du pouvoir de chacun.

Le refus de l’autorité que l’on a pu entendre s’élever de plus en plus bruyamment ces derniers temps (à coups de « Macron démission ») découle lui, du simple constat d’une grande partie de la population que l’autorité confiée aux mains des dirigeant.e.s est aujourd’hui et depuis trop longtemps mal utilisée.

Dans ce mouvement des Gilets Jaunes, la pensée libertaire va encore plus loin puisque le constat est également fait que la seule manière de garder le contrôle par la base est de ne jamais confier un pouvoir de représentation à d’autres. La réflexion sur ce sujet a été poussée assez loin par un nombre assez élevé de personnes pour que l’idée même de démocratie représentative soit remise en cause.

Au fil des semaines, on a vu fleurir sur les rond-points, les parkings et dans les rues, des nouvelles formes d’ententes et de communication. Les gens cherchent de nouvelles façons de s’organiser, de régir la vie quotidienne et de prendre des décisions pour le commun.

Sans même chercher à se définir politiquement, le mouvement utilise déjà à certains endroits la dénomination anarchiste. A Commercy par exemple, certains qualifient désormais le mouvement de « municipalisme libertaire ».

Alain, Gilet Jaune de Commercy interrogé par Médiapart, résume même sans le savoir les principes fondateurs de l’anarchie : « « Il y avait un gars avec écrit sur son gilet “Heureux de voir qu’on est libre !” C’est pas mal, non ? Maintenant, il reste juste à écrire “Heureux de voir qu’on est égaux !”.

S’il fallait définir la pensée générale anarchiste, ce ne serait pas autre chose. La liberté assortie d’égalité. Pas seulement la liberté ou seulement l’égalité, mais bien ces deux valeurs qui ne peuvent réellement exister qu’ensemble.

A Commercy comme ailleurs en France (Saint-Nazaire, etc.) se développe aujourd’hui une volonté nouvelle de prendre les choses en main, de ne plus laisser les autres décider pour nous, et ça, c’est aussi profondément anarchiste.

        C’est donc aujourd’hui plus que jamais qu’il est important de lire Proudhon ou d’autres, comme le conseillait Édouard Jourdain sur France Culture ces derniers jours. Car, dit-il, « le mouvement Gilet Jaunes à quelque chose de Proudhien ».

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