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Billet de blog 28 nov. 2010

l'or nègre - chapitres 18 et 19 : missions Sadiola, tournage

Camille de Vitry
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  1. Missions Sadiola

Sébastien Godinot effectue une mission à Sadiola en janvier 2003, au cours de laquelle il rencontre l’incontournable Birama Samaké, le coordinateur environnemental et social de la SEMOS. Lequel déclare :

« Si on distribue le rapport [environnemental] aux gens, le lendemain je mets ma main à couper que tu le retrouveras pour vendre des beignets ». Birama Samaké tient à préciser au sujet de cette citation que « ce n'était qu'une sorte de métaphore et une manière imagée pour souligner le taux d’illettrisme élevé des populations qui entraverait une exploitation rationnelle des documents qu'on doit leur transmettre ».

Subtile métaphore.

Le flux d'informations est continu entre ONG et partenaires - au sein du réseau qui se ramifie chaque jour.

Nous apprenons ainsi que Roland Michelitsch, de l’Extractive Industries Review (sorte de police interne de la Banque Mondiale, largement dépourvue de personnel et de moyens) doit visiter Sadiola un jour ou deux en février 2003. Je le contacte, lui propose de tourner mon documentaire sur Sadiola en sa présence ; et l’engage vivement à rencontrer les populations locales. Il est aussitôt d’accord, sous réserve que son emploi du temps le lui permette. M'interroge, cherche à obtenir le maximum d’informations sur messources. Puis - le 7 janvier, in extremis - m’apprend que son emploi du temps ne lui permettra finalement pas de se rendre à Sadiola ; et qu’il a transmis mes courriers à la direction de la SEMOS…

Mauvaise nouvelle.

Cette fois, quelle sotte !

Pour moi c’est trop tard. Tout est planifié. Le 9 janvier 2003 je transmets à mes anciens contacts SEMOS - dont Birama Samaké - un scénario de circonstances, visant à obtenir le maximum d’informations environnementales : “Sadiola, un développement exemplaire”- et demande les autorisations de tournage nécessaires.

Pas de réponse.

  1. Tournage

En février 2003 j’y retourne, cette fois très informée (trop peut-être : j’ai même un peu peur), avec une “vraie” équipe. Autant pour la qualité de la prise de sons et de vues, pour ma crédibilité de réalisatrice, que… pour ma protection rapprochée : Claude Nay, ingénieur du son, et Julien Berger, cadreur, sortent de l’école. Ils ont dix ans de moins que moi, débutent, travaillent bénévolement. Nous partageons l’aventure, la promiscuité quasi-permanente – ô combien de nuits à trois dans le même lit ! – et le bénéfice du film ; éternellement nul à ce jour.

ÀBamako nous rencontrons le député à la Commission des Mines, Tiémoko Dembele. Il attire notre attention sur le cas de Syama (une autre mine d’or malienne) « qui, une fois l'exploitation du minerai arrêtée... la mine ayant été abandonnée, le cyanure a constitué un lac artificiel... et, avec les pluies d'hivernage, déborde donc pollue les eaux souterraines et les eaux deruissellement.

Et nous sommes arrivés même à un constat, comme quoi les populations de lalocalité sont en train de mourir tout doucement. »

Certes.

« Que fait l’État Malien ?

- Heu…Je m’en occupe tout de suite. »

Il se lève, salue précipitamment l’équipe « jeune et dynamique » et sort.

Dans les couloirs reculés de l’Assemblée un témoin plus confidentiel complète : la réhabilitation de la mine de Syama n’est qu’un projet à l’heure actuelle. Elle sera financée par l’État Malien, empruntant auprès de ses bailleurs de fonds habituels –Banque Mondiale, FMI ; ou bien elle n’aura pas lieu.

Le bénéfice est privé, le préjudice est public.

Malin !

Parvenus à Kayes, sur l’internet je vérifie les similitudes entre Syama etSadiola : même type de minerai (oxydé puis sulfuré) exploité selon le même processus de traitement…

Ici encore, le financement originel fut largement catalysé par la BanqueMondiale - le risque financier est donc public également.

Toujours sur la base de garanties environnementales.

Quelle blague, ces garanties ! Qui les vérifie ?

Le samedi 1er février 2003, à peine descendus du camion de Kayes à Sadiola nous sommes accueillis par le maire et deux de ses adjoints. Coïncidence : le conseil communal doit se tenir dans quelques heures. Le temps de poser les bagages et préparer le matériel.

Les représentants communaux expriment leur anxiété face à l'utilisation massive de cyanure pour traiter le minerai, à l'absence de revêtement du bassin de boues…

« C'est donner peu d'importance à notre vie !

- Comme des animaux. »

Les Anciens disent leur suspicion: « Il faut se méfier de ce que nous prépare la cuisinière [la Banque Mondiale], refuser ses plats empoisonnés ! »

Et leur incrédulité. Le Vieux assène fermement : « Ça ne sert à rien de donner le savoir à un peureux, puisqu’il a peur de ce qu’il sait. ». Qu’on se le dise.

Je n’ai plus qu’à attraper mon courage !

Les jours suivants nous tentons d’approcher la SEMOS.

Nous traînons dans l'attente morne d'une réponse inexistante. Nous palpons l’air de Sadiola ; les inquiétudes et les colères des villageois, des ouvriers ; l’ambiance corrompue où « Tous, ici, c’est la SEMOS… même les prostituées ! » (dixit le chef de gendarmerie de Sadiola).

Nous vérifions les premiers cas d’ouvriers invalides ou décédés - d'après les témoignages recueillis en France.

Voilà des hommes qui ne peuvent plus qu'attendre la mort et se fier à Dieu.

Leur résignation est terrible.

« Nous voulons savoir la vérité sur nous-mêmes. Nous allons les pousser au mur ! » s’emballe Sambala Makalou, 1eradjoint au maire. La Commune s’engage résolument à nos côtés. Le 4 février, le maire Balla Sissoko approuve, tamponne et signe notre demande de visite à la SEMOS.

Enfin le 6 février 2003, recueillis dès l’Hôtel de Ville en Toyota nous pénétrons l’univers clos et barbelé de la SEMOS.

Nous sommes armés d’un micro et d’une caméra.

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