Il reste encore beaucoup à faire pour sauver l'Arctique

28 septembre 2015, les ONG environnementales crient victoire. La raison? Shell renonce à forer l'Arctique à plus de 2000 mètres sous l'eau, et ce malgré l'autorisation donnée par le gouvernement américain en août dernier. La firme pétrolière a déclaré que la quantité de gaz et de pétrole était insuffisante dans cette zone au large de l'Alaska. L'investissement de ce projet d'envergure a coûté, à ce jour, 7 milliards de dollars à la firme. Une autre cause a fait plier le géant pétrolier: la pression populaire, à coup de pétitions et de nombreuses manifestations, menées par plusieurs ONG et plateformes collaboratives a été spectaculaire.

Aurora, la mascotte devenue célèbre après une marche pour sauver l'Arctique à Londres, a donc eu raison de Shell qui visait l'exploitation du gisement "Burger" en Alaska.

Mais qu'en est-il des autres gisements offshore et des autres firmes? Shell n'est pas la seule compagnie à partir à la conquête de l'Arctique, loin de là.

En 2014, Exxon Mobil et Rosneft (l'une des plus grande compagnie pétrolière russe dont BP détient 20% du capital) ont commencé à exploiter la mer de Barents et à explorer la mer de Kara, au large de la Russie -  malgré de nombreuses sanctions internationales et d'actions directes de Greenpeace. Au cours de la même année, ExonMobil abandonne le projet pour cause de sanctions prononcées par le gouvernement américain empêchant les compagnies américaines de coopérer avec leurs homologues russes. Selon une source de Reuters, Rosneft a ainsi repoussé le forage dans la mer de Kara à 2016 pour une production commerciale effective en 2020. Rosneft (dont le président n'est autre qu'Igor Setchin, proche conseiller de Poutine et considéré comme l'une des figures les plus influentes de Russie) a déjà 50 licences sur des gisements offshore en Arctique. Par ailleurs, toujours selon cette source, cette même firme recherche activement d'autres plateformes dans le monde. Chine, Corée du Sud, Atlantique Nord: la compagnie est prête à mettre le nez un peu partout dans le monde, et ce malgré des températures extrêmes - pourvu qu'elle trouve un endroit à forer. 

L'exploitation de l'Arctique russe ne s'arrête pas là. Gazprom Neft (branche pétrolière du géant gazier russe) possède à ce jour 40 licences sur des gisements offshore. En 2014, la compagnie avait déjà extrait et expédié 70 000 tonnes de pétrole non-conventionnel du puits de forage basé à Prirazlomnaïa. Greenpeace avait, à cette époque, mené une action contre l'exploitation de ce gisement. Certains de ses activistes avaient été accusés de piraterie et mis en prison par le gouvernement russe puis relâchés.

En 2014 encore, Gazprom Neft - qui prévoit d'explorer des plateformes offshore dans la mer de Kara en 2018 et dans la mer de Barents en 2019 - s'allie avec Lukoil (autre grande compagnie pétrolière russe) pour récupérer des gisements dans la mer de Barents contre l'hégémonie de Rosneft. Par ailleurs, Novatek (firme russe également) entrera aussi dans la course en 2018.

Une "fausse" compétition se joue donc entre les quatre plus grandes compagnies pétrolières russes. En annoncant la fin du monopole gazier et pétrolier de Gazprom, Poutine mène la danse et place ses pions pour conserver sa place dans la course énergétique mondiale.

Le combat citoyen contre Shell s'est soldé par une belle victoire, certes, mais il reste encore beaucoup à faire pour sauver l'Arctique.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.