Shell et les dessous de l'Arctique

En matière de gaz et de pétrole non conventionnels, Shell est incontournable. Etats-Unis, Canada, Algérie, Chine, Australie, Argentine et bientôt l'Arctique. Oui l'Arctique, cette contrée lointaine et glacée où vivent des ours polaires, des renards polaires et des otaries.

En matière de gaz et de pétrole non conventionnels, Shell est incontournable. Etats-Unis, Canada, Algérie, Chine, Australie, Argentine et bientôt l'Arctique. Oui l'Arctique, cette contrée lointaine et glacée où vivent des ours polaires, des renards polaires et des otaries.

Mais loin ne veut pas dire insignifiant. L'Arctique (tout comme l'Antarctique d'ailleurs) est un régulateur à la fois du niveau des océans mais aussi de la température globale de la planète. La masse glacière, qui par ailleurs a déjà perdu 45% de sa surface à la fin de l'été depuis 1979, agit comme miroir et renvoie les rayons du soleil dans l'espace. Mieux encore, le permafrost - croûte glacière qui recouvre jusqu'à 10 millions de km2 sur tout le grand nord - recouvre l'équivalent de 70 années d'émissions de carbonne. La fonte des glaces souterraines relâche de grandes quantités de méthane et pourrait, à l'avenir, entraîner un réchauffement accéléré de la planète.

Autant dire que la fonte de cette croûte, qui est déjà largement entamée, pourrait devenir une véritable bombe climatique. En dépit de nombreuses mobilisations et une prise de conscience populaire de plus en plus accrue sur les questions du réchauffement climatique, Shell est sur le point d'entreprendre le forage de l'Arctique.

Shell, Obama et l'Arctique

Malgré des problèmes techniques survenus en 2012, Shell a réussi à avancer dans sa conquète de l'Arctique - nouvel eldorado d'énergies fossiles avec un potentiel de 13% des ressources pétrolières mondiales et 30% des ressources gazières mondiales non-explorées.

En avril 2015, Washington a pris la présidence tournante du Conseil de l'Arctique ( Canada, Etats-Unis, Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Islande et Russie) qui promeut la coopération sur l'environnement et sur l'exploitation à la fois gazière et pétrolière de la région, notamment.

Si les Etats-Unis avaient mis l'accent sur la défense de l'environnement lors de ce Conseil, l'administration Obama a finalement cédé et donné le feu vert à Shell en mai 2015. Une opération rendue possible par des connivences troublantes de membres clés du gouvernement : Sally Jewell et Ernest J.Moniz.

Nommée Secrétaire à l'intérieur des Etats-Unis par Obama le 6 février 2013, Sally Jewell a validé l'autorisation d'exploitation de gaz et de pétrole dans la mer de Chukchi et a donc permis à Shell d'avancer dans les négociations pour forer l'Arctique.

Comment ne pas soupçonner Mme Jewell de favoriser les firmes gazières et pétrolières - Shell en tête - au détriment de l'environnement lorsque l'on sait qu'elle a commencé sa carrière à Mobil Oil Corp (ex-Exxon Mobil) en tant qu'ingénieur pétrolier. Mme Jewell a continué dans le domaine, notamment sur des plateformes pétrolières et gazières en Oklahoma mais a également travaillé au bureau d'exploration et de production de gaz et de pétrole à Denver avant d'être recrutée par l'administration Obama.

Ernest J.Moniz, lui, Secrétaire à l'énergie de l'administration Obama, a été l'un des directeurs et fondateurs du MIT Energy Initiative, think-tank américain pro-fracturation hydraulique - se félicitant de l'investissement de certaines firmes (dont Shell) dans l'avenir du gaz non conventionnel en Arctique.

Le lobyisme se porte bien aux Etats-Unis et le lancement de l'exploitation de puits de gaz et de pétrole non conventionnels est imminent, Shell ayant déjà installé sa plateforme.

La sauvegarde de l'Arctique paraît ainsi largement compromise aujourd'hui au vue des négociations en cours. Certaines organisations non-gouvernementales et toute une partie de la communauté scientifique continuent, malgré tout, de tirer la sonnette d'alarme. Le risque d'une catastrophe écologique telle qu'une marée noire est pleinement envisageable. 

 

Si vous vous sentez concernés, signez la pétition de Greenpeace "Save the Arctic", ici

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