Petite analyse d'un modèle agricole obsolète: l'élevage intensif

Le réchauffement climatique étant ce qu'il est, plusieurs ONG appellent la population à faire quelques concessions ou, en tout cas, à se donner quelques petits défis du quotidien comme efforts mutuels pour ne pas dépasser les 2 fameux degrés celsius d'ici 2020. 

Le réchauffement climatique étant ce qu'il est, plusieurs ONG appellent la population à faire quelques concessions ou, en tout cas, à se donner quelques petits défis du quotidien comme efforts mutuels pour ne pas dépasser les 2 fameux degrés celsius d'ici 2020

L'exemple parfait de ces petits défis serait de manger moins de viande. Quoi de plus naturel de se demander d'où vient le steak ou la cuisse de poulet qui se trouve dans notre assiette? Et pour cause, aujourd'hui, la viande pollue, la viande défriche les forêts, bref la viande n'est que souffrance.

Dans cet Atlas de la viande, dossier complet sur l'impact écologique, social et économique de la viande industrielle, Heinrich Böll Stiftung (en partenariat avec Amis de la Terre Europe) met en évidence le besoin pressant d'ouvrir les yeux sur l'élevage intensif des animaux que l'on mange. Depuis des décennies la souffrance animal, l'impact écologique et sociétal tentent d'être balayés par des publicités où les vaches et les poules - presque humaines - ont l'air joyeux. Mais aujourd'hui, dans un monde où les consciences se réveillent, l'élevage industriel devient un modèle dépassé.

Un système alimentaire de plus en plus contrôlé par une poignée de multinationales

En effet, le monde de l'agro-alimentaire niant l'écologie et la souffrance animale ne cesse de produire une viande bourrée d'antibiotiques, d'hormones et de pesticides. Paradoxalement, le nombre d'éleveurs ne cessent de baisser alors que la production de viande est en constante augmentation. Selon le rapport, "entre 1992 et 2009, le nombre d’éleveurs de porcs aux États-Unis a diminué de 70  %, tandis que la population porcine n’a pas bougé. Durant la même période, le nombre de porcs vendus par une ferme est passé de 945 à 8 400 par an. Et le poids d’un animal à l’abattage est passé de 67 kg dans les années 1970, à environ 100 kg aujourd’hui."

 

Crédits: L'Atlas de la viande

 Crédits: L'Atlas de la viande

Mais alors qui se partage le morceau?

En 2013, Shuanghui International Ltd (aujourd'hui renommé WH Group Limited), actionnaire de la plus grande firme agro-alimentaire chinoise a racheté le plus grand producteur de viande porcine aux Etats-Unis, Smithfield Food. Dans le même temps, JBS SA - firme de viande bovine basée au Brésil - est devenue le plus grand producteur de viande bovine au monde en rachetant, à la fin des années 2000, des entreprises productrices de steaks et de volailles aux Etats-Unis, en Europe, en Australie et au Brésil. Le rapport ajoute que cette même firme est devenue, par ailleurs, le plus grand producteur mondial de volailles en s'offrant Seara Brazil en 2013, une antenne de la société jusqu'alors rivale, Marfrig Alimentos SA.

"JBS fait partie des dix premières compagnies internationales d’alimentation et de boisson au monde, avec des ventes de produits alimentaires s’élevant, en 2012, à 38,7 milliards de dollars, plus que ceux des principaux acteurs mondiaux de l’alimentation, comme Unilever, Cargill et Danone."

 Crédits: L'Atlas de la viande

Par ailleurs, les firmes de l'agro-alimentaires cherchent de plus en plus à faire des économies d'échelle, entendez par là une production plus efficace à moindre coût: parquer plus d'animaux et les "traîter" le plus rapidement possible. Pour donner un exemple concret de la production de viande industrialisée, JBS abat par jour 85 000 bovins, 70 000 porcs et 12 millions de poulets qui sont ensuite redistribués dans 150 pays.

Plus globalement, voici le nombre d'animaux abattus dans le monde en 2011:

  Crédits: L'Atlas de la viande

L'industrie mondiale de la viande est également sujette à l'instabilité du marché des céréales fourragères, au rôle des biocarburants sur le prix du soja et du maïs et à la volatilité du prix des engrais. Goldman Sachs (banque d'investissement et géant du commerce des matières premières) a ainsi pris sa part du marché en ayant été un entremetteur clé dans le rachat de Smithfield par Shuanghui. "On estime que Goldman Sachs aurait, en 2012, engrangé 1,25 milliard de dollars grâce au commerce de matières premières". La concentration de la main mise sur le marché mondial de la viande engendre donc un potentiel de profit inimaginable pour les multinationales et les actionnaires tout en réduisant à néant les petits producteurs tout comme le choix des consommateurs.

Que trouvons nous au supermarché et dans les fast food?

La viande est devenue un aliment du quotidien. Et pour cause, les supermarchés proposent des barquettes de viande pré-emballées et à prix très compétitif. Pour que ces articles gardent une fraîcheur apparente, la viande est emballée sous vide, les barquettes étant remplies au préalable d'un gaz riche en oxygen pour que la viande conserve sa belle couleur rouge, et ce pendant plusieurs jours. Les supermarchés ont, là aussi, réussi à s'imposer. "Les chaînes de supermarchés comme Walmart aux États-Unis, Carrefour en France, Tesco au Royaume-Uni et Métro en Allemagne sont en train de conquérir le monde". Les chaînes de supermarchés imposent les prix aux fournisseurs et provoquent périodiquement des scandales sanitaires. En Europe, le dernier en date a été celui de la viande de cheval vendue sous l'étiquetage "viande bovine". Il en est de même pour les fast food, Mac Donald's et KFC en tête. "KFC a dû faire face, fin 2012 et début 2013, à deux cas différents de contamination de viande de volaille par des antibiotiques, provoquant une chute de 10  % du volume d’affaires. Les ventes de McDonalds ont également diminué. Et toutes les grandes chaînes ont été touchées en 2014 par le scandale Husi Food (falsification d’étiquettes et commercialisation de viande périmées)".

La libéralisation du marché, notamment avec l'accord transatlantique (TTIP ou TAFTA) menace tout en pan des politiques agricoles en Europe, que ce soit la règlementation de l'industrie mondiale de viande en passant par l'étiquetage à la protection de l'environnement tout comme le bien être animal et les questions de santé publique.

Alors que faire?

Aujourd'hui, la surconsommation de viande est à l'origine de cette industrialisation de l'élevage. Partout dans le monde, la classe moyenne urbaine des pays occidentaux mais également des pays émergents tels que la Chine et l'Inde consomment une quantité de viande bien trop importante. Il n'est pas question de faire l'apologie du végétarisme mais plutôt de promouvoir une consommation raisonnée tout en privilégiant les petits producteurs locaux ayant des animaux élevés en pâturage. Le modèle agro-alimentaire est clairement dépassé de nos jours et les gouvernements se doivent de changer de cap en résistant aux lobbies agricoles, certes puissants mais non élus démocratiquement. L'Europe et les Etats-Unis devraient montrer qu'une agriculture éthiquement, écologiquement et socialement viable est possible tout comme nécessaire.

 

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(Cet article n'est pas une synthèse exhaustive de l'Atlas de la viande, si vous voulez aller plus loin, vous pouvez accéder au rapport ici)

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