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Billet de blog 2 févr. 2013

LE GRAND DOSSIER DE L'ULTRALIBERALISME, IX, Le Royaume-Uni : David Cameron (depuis le 11 mai 2010)

Camille Lefèvre
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INTRODUCTION
«  La société britannique est “brisée” (“a broken society”) et les Travaillistes, au pouvoir depuis 1997, n’y ont rien changé. Les problèmes éducatifs, la pauvreté infantile, les niveaux des inégalités sociales, la toxicomanie, l’alcoolisme des jeunes, ou encore les grossesses précoces sont des maux que la croissance économique n’a pas suffit à éradiquer entre 1997 et 2007.  »
http://www.lelabodesidees.fr/IMG/pdf_NA-4-LaboID-mars2011_1_.pdf
Les Conservateurs ont fait pire, nous allons le voir, et Cameron va introduire  dans l’idéologie ultra-libérale une brutalité sans fards, masquée souvent jusque-là par une rhétorique hypocrite et mensongère.
Selon une étude de la High Pay Commission, un groupe indépendant de recherche sur les hauts salaires au Royaume-Uni, les Britanniques n’ont jamais été aussi inégaux. L’écart des riches et des pauvres sujets de la reine Elisabeth II, aujourd’hui, est comparable à celui du temps de la Reine Victoria  qui a régné de 1837 à 1901, ou encore ceux de certains pays en développement, comme le souligne «  Deborah Hargreaves, présidente de la High Pay Commission, un groupe de recherche sur les hauts salaires lié à un centre de réflexion de centre-gauche. Certains patrons britanniques ont vu leurs revenus augmenter de 4.000% ces trente dernières années, tandis que les salaires étaient multipliés par quatre seulement pour les classes moyennes, professeurs ou policiers par exemple.  » (source  :  S.G (www.lepetitjournal.com/londres) jeudi 24 novembre 2011)
De quelle manière ce problème intéresse le gouvernement Cameron  ? On trouvera une partie de la réponse en rappelant que dix-huit sur vingt-trois ministres du gouvernement Cameron sont  millionnaires  :  c'est le Sunday Times qui l'affirme le 23 mai 2010. Pas un. Pas deux. Dix-huit.
 Le même journal donne des informations sidérantes, au premier rang desquelles il faut mentionner le poids en livres des mille personnes les plus riches du Royaume-Uni : 400 milliards de livres, près de 500 milliards d'euros. Mais ces aberrations choquantes ne troublent pas outre mesure une grande part de l'intelligentsia britannique, qui continue d'affirmer sa croyance dans le dogme du "trickle down"[effet de ruissellement], qui affirme que l'argent des riches, qui dépensent davantage, finit par ruisseler sur les classes moins favorisées. Nous sommes là dans la pure idéologie. Nous avons montré point par point que l'ultralibéralisme, depuis Thatcher, est source de maladies aigues  pour une grande partie de la population, tandis qu'une petite partie de celle-ci connaît une obésité croissante et indécente.
Avec Cameron, l'oligarchie va encore plus loin. Elle ne cache plus au petit peuple sa violence et son mépris  : le  pillage des richesses est sans vergogne, une paupérisation forcée de nombreux citoyens est rigoureusement orchestrée, sans parler des émeutes d’août 2011, voyons cela par le menu.
Dans le même temps, L'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) précise que la part du secteur financier a augmenté dans le PIB (Produit Intérieur Brut) de plus de 10 % depuis douze ans, pour représenter un tiers du total du PIB.  De son côté, le cabinet de conseil indépendant Tax Research UK estime dans une étude que la fraude à l’impôt sur les sociétés atteindrait 16 milliards de livres (18 milliards d’euros) chaque année, soit la moitié des sommes effectivement versées par les entreprises.

cameron thatcherisé © 

 INEGALITÉS

«  Nous sommes tous ensemble dans cette crise », a déclaré David Cameron, le premier ministre britannique, à ses concitoyens qui font face à un sévère programme d’austérité pour prix de la cupidité des banquiers. Ou encore "nous allons souffrir ensemble" dit le chancelier de l'Échiquier (ministre des Finances), George Osborne. Ni Osborne, ni Cameron, lui-même milliardaire et aussi très bien rétribué pour son job, ne souffriront en rien de la situation économique. Il en est autrement pour ceux, de plus en plus appauvris, à l’autre bout de l’échelle du bien-être en Grande-Bretagne. Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette semaine indique que les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres progressent plus en Grande-Bretagne que dans n’importe quel autre pays « avancé » depuis les années 1970. En 2008, le revenu annuel moyen des actifs les 10 % les plus riches était de 55 000 livres ou 63 000 euros, soit 12 fois plus que les 10 % d’actifs les moins bien payés, disposant d’un revenu moyen de 4 700 livres ou 5 400 euros. En 1985, sous Thatcher, le ratio était de 8. L’écart moyen dans tous les pays avancés était de 9 en 2008. Selon l’OCDE, le fossé s’est creusé en Grande-Bretagne à la suite de la floraison d’une classe de super-riches, associée à des revenus outranciers gagnés dans le secteur financier. La part des revenus nationaux empochés par les 1 % les plus riches a doublé, passant de 7,1 % en 1970 à 14,3 % en 2005. Souffrons-nous tous de la même façon face à la crise ? Assurément non, et certainement pas les plus pauvres, qui voient l’accès aux prestations sociales se resserrer de plus en plus. Ce qui donne toute sa force à l’argument exprimé par les Indignés représentant « les 99 % » qui manifestent actuellement devant la cathédrale de Saint-Paul à Londres et dans bien d’autres villes.  »
Par Peter Avis
http://www.humanite.fr/monde/au-pays-des-inegalites-485321
AUSTÉRITÉ

Le programme d'austérité du gouvernement Cameron est de grande ampleur, pour économiser près de 100 milliards d'euros d'ici à 2015, en amputant, en particulier, 20, 5 milliards dans le budget des prestations sociales et 41 milliards dans le budget du service public. La TVA a été relevée à 20 %, l’inflation ne cesse de progresser (+5,2% en 2011), les loyers ne font qu’augmenter dans les villes, des paramètres qui désignent  une société qui fabrique de plus en plus de pauvres et d’exclus.
Cette austérité pourrait faire plonger d’ici dix ans à peine moins de la moitié de la population des enfants dans une pauvreté relative ou absolue, 900.000 en 2014, selon les prévisions du très sérieux Institut d’études fiscales (Institute for Fiscal Studies). Ce qui est certain, c’est qu’un peu plus de  trois  millions de d’entre eux vivront dans la pauvreté dès 2013. Ce qui n’empêche pas le journal Le Monde de qualifier cette austérité de «  juste  » (22/10/10, source Le Monde Diplomatique, juin 2011).
Un grand nombre de familles sont contraintes à des arbitrages difficiles,  tant leur budget ne peut assurer normalement des conditions de vie décente. Pour demeurer dans leur logement, plus d’un tiers des familles avec enfants ont rogné leur budget alimentation, et même la classe moyenne ne peut plus se payer un appartement dans 55 % des villes britanniques, selon l’association Shelter.   

© 

 
 CHÔMAGE, PRÉCARITÉ

L’austérité aggrave le chômage, et dans les six prochaines années, le secteur public, devrait accuser la perte de 700  000 postes, tandis que dans le secteur  privé, perdra entre 500.000 et  1.600.000  postes. Plus d’un jeune sur cinq (16-24 ans) sont sans emploi, soit 21, 9 % des chômeurs. Ces Neet (Not in Education, Employment or Training) ont dépassé  le million en septembre 2011.
Le taux de chômage s’élevait  à 8,4% à fin novembre 2011, s’ajoutant à des emplois de plus en plus précarisés  : licenciements parfois immédiats ou avec un préavis très court, période d’essai qui peut aller jusqu’à deux ans avec licenciement pur et sec de l’employeur, travail à mi-temps, ou quelques heures par semaine, astreinte permanente imposée par les contrats  «  zéro-heure » (zero hour contrat), en particulier dans certaines chaînes de fast-foods ou dans les banques, Le salarié doit demeurer disponible en permanence, prêt à être appelé par son employeur à tout moment pour un temps de travail décidé par ce dernier.  
Cette fragmentation de plus en plus grande des temps de travail et d’inactivité, en plus de fragiliser, stresser, appauvrir des individus, est aussi un outil efficace de plus pour masquer la réalité du chômage réel, quand on sait que quelques heures de travail ici ou là permettent de sortir un chômeur des statistiques (une heure  travaillée dans la semaine suffit depuis Blair  !), alors qu’il est sans emploi plus des trois quarts du temps et qu’il ne peut cumuler ainsi un nombre suffisant d’heures de travail qui lui donnerait droit à des indemnités.
Qui a dit  : esclavage moderne  ?
A    SUIVRE
Sources textes :
 -    http://www.ires.fr/images/files/Chronique/Chroniques90a99/C97-0special.pdf
-    http://www.npa2009.org/content/du-nord-au-sud-de-la-plan%C3%A8te-la-dette-dans-tous-ses-%C3%A9tats-2%C3%A8me-partie-face-%C3%A0-la-dette-au-nor
-    http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?page=forum&id_article=1153&id_forum=673
Sources images :
- http://redrag1.blogspot.fr/2011/03/red-rag-lets-do-time-warp-again.html
- http://mediadarlings.net/2012/10/22/lies-damned-lies-doing-a-number-on-the-latest-job-figures/     
  

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