2022, tous unis contre le capitalisme ?

2022 en commun, par ici le programme : https://www.2022encommun.fr/

  

2022-vraiment-en-commun

 Initiative ambitieuse, rafraîchissante, (nécessaire ?), mais je continue de penser qu'elle doit être établie sur la base d'un programme commun le plus clair possible. Nous avons entendu pendant des décennies des gouvernants défiler et proclamer chacun à sa manière "L'Europe doit être plus sociale" et à leur tour, les signataires de cet appel à l'Union des 1000 prétendus  écolos-socios anticapitalistes préconisent "une transformation de l’Union européenne" et affirment que "C’est d’un nouveau régime relationnel dont il est question." Vous êtes anticapitalistes, leur ai-je lancé, donc le message doit être radical, pas un ventre mou. Il faut s'engager à dénoncer l'austérité, la concurrence des travailleurs au sein de l'Europe, etc. et réclamer un autre traité, un traité social. Et pas seulement une vague idée de changer l'Europe.

 

Moi perso, je ne voudrais pas de grand traité, je voudrais la suppression de la propriété privée, mais je suis convaincu qu'il faudra passer par des étapes, alors je suis ouvert à la discussion de ces étapes. Et l'Europe n'est qu'un exemple des plus emblématiques de ce qui constitue, à mon sens, la base nécessaire avant toute négociation entre partageux qui disent vouloir réellement combattre le capitalisme. Idem pour la redistribution des richesses ou le partage du travail. Arrêtons les grandes phrases qui ont été prononcées par tous les pouvoirs. Arrêtons ! Il nous faut, c'est ma conviction encore, des engagements clairs et précis sur un certain nombre d'actions. On pourrait dire  : nous voudrions partager le travail de telle manière et la discussion s'ouvrirait sur tout ce qui existe comme réflexion sur le sujet pour décider en commun du comment. Je pense aussi qu'on ne peut se passer d'engagements clairs sur la manière dont le peuple, immédiatement, va reconquérir une partie d'une colossale spoliation qui l'empêche de prendre soin de sa santé, de son éducation, etc. : cette nouvelle base serait supprimer l'impôt sur la fortune, le CICE, la majeure partie des niches fiscales (pas si élargie, la base). A défaut d'un minimum d'engagement d'actions claires et précises démontrant une réelle conviction anticapitaliste, je ne signerai aucune charte d'union.

 


Et l'écologie, me direz-vous ? Certainement pas toutes les mises au pas forcées qui ôtent, au fur et à mesure, tout ce qui pollue le plus et obligerait les pauvres à s'équiper de matériel propre avec l'argent qu'ils n'ont pas. Car on entend déjà les sons de cloche de la voiture diesel et de la chaudière au fuel à la poubelle. Un plan très réjouissant pour les bobos, beaucoup moins pour les prolos. Les pauvres ont besoin de travailler, de se loger, de manger, de se soigner convenablement, d'avoir des plaisirs : en tout premier lieu, je n'accepterai aucun impératif écologique qui aggravera leur situation. Il n'y pas que les très très riches, qui peuvent contribuer d'avantage, mais tous ceux qui sont assez aisés pour aller tous les ans au ski et ailleurs en été, quand d'autres ne vont jamais en vacances (d'où l'importance des niches fiscales).
Ce projet d'union précise qu'il ne s'agit pas "de mettre sous le tapis nos différences et désaccords. Il est question de lier nos luttes et de coordonner nos stratégies, de se fédérer en demeurant nous-mêmes." Mais si demeurer moi-même c'est ne pas renoncer à un SMIC à 1800 euros net ? Si ne pas me trahir c'est la conviction qu'une partie de la dette envers les marchés est illégitime ? Je veux pouvoir décider d'une plateforme politique de base, avec, je le répète, des mesures très précises. Pas sur une longue litanie antilibérale, urgentiste et catastrophiste, fût-elle la plus émouvante possible.


J'ai vu que parmi les signataires, il y a Piketty, et je ne m'en étonne guère. Brillant, sympathique, une volonté réelle de... de quoi, d'ailleurs ? de réformer le capitalisme, pas de le combattre. Mais faisons l'avocat du diable, le mouvement Résilience Commune, qui est cité au début de la pétition a sur son site des contributions enrichissantes, militantes (https://www.resiliencecommune.fr/). Susan Georges a signé, (Attac, quand même) alors si Susan a signé...Clémentine Autain a signé... mais aussi Mathilde Imer de Démocratie Ouverte, qui comme beaucoup d'associations citoyennes ne prononcent jamais le mot anticapitalisme mais "cherche à améliorer le fonctionnement" de la "démocratie représentative" "par plus de transparence, de participation et de collaboration". C'est un "collectif non partisan", et c'est écrit en gras. C'est un peu la même chose dans pas mal de mouvements écologistes, comme Alternatiba, qui est un mouvement social (un poil) et écologique (à donf) et qui ne semble faire, d'après son site, que des actions de type écologique. Il y a Pierre Larrouturou, qui a dansé avec Gilles de Robien, Guillaume Pépy, Ségolène Royal, Benoît Hamon, Daniel Cohn-Bendit..on va s'arrêter là, parce que j'ai peur que la belle unité me pète sacrément à la gueule bien avant d'arriver à 1000. 

Mais peut-être ai-je tort. Peut-être que je me rendrai compte qu'ils veulent vraiment changer le monde et que, tous ensemble, sans gommer les diversités ou les désaccords, nous y arriverons.  El pueblo, unido... Chantons tous ensemble.

Signera, signera pas ?

 

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