France Insoumise: Voter le texte programmatique des européennes ?

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J'ai reçu un mail de la France Insoumise dans ma boîte ce matin. Je dois voter pour "le texte programmatique des européennes". Je m'applique consciencieusement à la lecture du texte, bien sûr, et je comprends que c'est toujours les sempiternels plan A et plan B qui nous sont proposés. Plan A, nous allons voir nos 28 partenaires et nous disons tout ce que nous avons sur le cœur et de quelle manière nous voyons la nouvelle Europe. Manque de bol, l'article 48 du Traité sur l'Union Européenne du 26 octobre 2012, qui consolide tous les traités,  précise bien que si "l'ampleur des modifications ne le justifie pas" elles peuvent être votées à la majorité simple (alinéa 3), mais autrement  elles sont "ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives." (alinéa 4)  

 

Faut-il expliquer ici par le menu les tractations épiques qui ont permis aux Etats signataires de plus en plus nombreux de construire l'Union Européenne depuis sa fondation ? Et soudain, les 28 se lèveraient d'un seul homme pour une "renégociation collective des traités",  pour une Europe, sinon anticapitaliste, qui s'occuperait bien davantage du bien-être de la grande majorité des  citoyens que celui des multinationales, des banquiers, des spéculateurs de tout poil ?  Il suffit de citer l'Allemagne pour calmer toutes les ardeurs. Enfin, pas celle de Mélenchon, qui a au moins imaginé qu'on courrait plus ou moins vite vers son plan B, " l'arme indispensable dans le rapport de force".  Alors, on y va la fleur au fusil,  "en s'exonérant des règles du pacte de stabilité et du traité budgétaire", en "refusant  d'appliquer le semestre européen", en reconnaissant "le droit à la désobéissance aux règles européennes…"

 

Ah, désobéir, c'est tout à fait possible, mais après ? C'est simple, en cas de non respect des règles que la France s'est engagée de respecter, les sanctions ne tarderaient pas à pleuvoir, allant de l'amende financière à l'exclusion du Conseil Européen. Ainsi, ce n'est qu'un exemple, si un pays qui a ratifié le TSCG,  traité budgétaire européen, ne le traduit pas dans son droit national, de lourdes sanctions financières peuvent lui être infligées. Tout ceci conduirait à des conflits plus ou moins violents et qui sait comment cela se traduirait ensuite au sein des peuples concernés ?

 

Rappelons quelques faits antisociaux de L'Union Européenne :

 - le TSCG impose aux pays un déficit inférieur à…0,5 % du PIB là où le traité de Maastricht réclamait 3 %. A quoi il faut ajouter l'interdiction de dépasser un taux d'endettement  de 60 %, ce qui conduit pratiquement à empêcher les Etats de faire des investissements sociaux importants (logements, hôpitaux, écoles, etc.).  

- L'Europe permet aux travailleurs, qui connaissent des disparités sociales profondes, de se concurrencer sauvagement.

-  L'Europe interdit aux Etats ce qu'elle interdit (théoriquement) aux entreprises, d'être en situation de monopole, ce qui réclame de casser les grands services publiques et de les offrir au marché à la découpe.

-  Les GOPE (Grandes Orientations de Politique Economique), sorte de feuille de route annuelle fixée par la Commission Européenne, qui n'est pas élue démocratiquement,  préconisent "la réduction du coût du travail", c'est-à-dire des salaires, ou encore de "poursuivre la mise en œuvre de la diminution prévue du taux nominal de l'impôt sur les sociétés", quand bien même, grâce à l'optimisation fiscale, les multinationales parviennent à soustraire à l'impôt, donc à la contribution sociale, des sommes très conséquentes (on parle de huit milliards au bas mot)  

etc. etc. la liste est longue.

 Pourquoi diable,  ne pas résoudre cette  douloureuse  équation, par une décision simple autorisée par l'article 50 de la constitution européenne, celle de quitter l'Union par volonté politique ? Y-a-t-il d'autres voies réalistes pour pouvoir, primo, recouvrer notre liberté souveraine en tant qu'Etat, et secundo, reconstruire une association de pays d'Europe, si elle est nécessaire, à la fois pour tous les enjeux sociaux, écologiques, ou encore face aux nouveaux défis économiques  face aux géants américain, chinois, et bientôt, indien.  Dans tous les cas, il y a une foultitude de règles européennes qui appauvrissent une grande partie des peuples, qui lui ôtent sa liberté de construire un avenir meilleur pour tous, et le texte programmatique de la France insoumise en rappelle bien des aspects et impulse une véritable dynamique de changement social. Le fond, donc, est passionnant, enthousiasmant, pour qui désire plus de justice sociale, d'engagement écologique, mais la forme, à savoir comment les Européens peuvent, ensemble, y parvenir, reste encore à approfondir et interroger.

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