La Gravité. Ou l'art de tomber juste.
La banlieue française. Des vieux dealers et des plus jeunes. Un affrontement pour un territoire. Un décès dramatique en ouverture de film. Encore.
Mais cette fois ci, exit Les Misérables, Banlieusards et Athéna.
Bienvenue à Kill Bill rencontrant Forrest Gump qui court sans savoir où aller. Le tout pendant que des planètes s’alignent mystérieusement annonçant de grands changements à venir. Car dans ce film la gravité n’est pas celle de la vie nous poussant à toujours plus de sérieux et de compréhension des enjeux sociétaux, mais celle de la Terre que Newton décrit en voulant se faire une compote.
Cédric Ido, le réalisateur, aussi scénariste de la magnifique minisérie Oussekine, nous livre un film de genre entre horreur et fantastique qui réussit à ne pas être juste « un film sur la banlieue » et qui chatouille l'afro-futurisme.
Le film met un scène un affrontement générationnel. Trois adultes, amis d’enfance, chacun avec un talent et une ambition particulière, vont devoir faire face aux nouveaux caïds du quartier dans une ambiance maîtrisée et pesante à souhait. Car la jeunesse s’est constituée en un groupe de rônins (des samouraïs sans maîtres) et semble avoir bénéficié d’une réduction collective chez le coiffeur du coin. A l’inverse de nos trois héros bloqués dans d’anciens schémas, les jeunes dealent et cherchent le contrôle du territoire dans un but semi-philanthropique: afin de réparer les ascenseurs et d’améliorer les espaces verts. Le tout est magnifiquement orchestré : mise en place d’un suspens efficace grâce au bouleversement annoncé, touches d’humour parsemées avec intelligence et combats boum-boum pan-pan. Des combats dont les chorégraphies sont pensées et exécutées au couteau. Les scènes de couloir sont magnifiques et n'ont rien à envier à celles de Old Boy ou de la série Daredevil. Cela n’empêche pas nos héros peu supers de rester humain à l’image du personnage de Crimson Bolt dans le Super de James Gunn. La bande originale colle et les couleurs changeantes, ressortent et s’harmonisent avec l’évolution du ciel. C’est un produit pop.
Bien sûr le film n’est pas parfait. Les amateurs de science-fiction resteront peut-être sur leur faim et certains ressorts auraient pu mériter d’être plus exploités. On regrettera également le manque de personnages féminins, le peu présent étant encore reléguées au sein du foyer. Néanmoins le film est sans prétention et rempli son rôle et ce qui semble être son ambition : divertir.
Les dernières grosses productions qui nous montraient la banlieue nous laissaient deux options. Se complaire dans un républicanisme black-blanc-beur en train de réciter le Corbeau et le Renard ou se montrer sous un jour où même l’extrême-droite y trouvait son compte. Nos frontières étaient la police française et notre horizon les concours d’éloquences. Même à travers les comédies certains ne trouvent comme solution que de nous (re)mettre face aux institutions pour un résultat inégal, parfois fin, parfois lourdingue. Ici d’État il n’y a pas. Et c’est tant mieux. La seule frontière, le seul empêchement est celui de la gravité. Et l’on a juste envie de s’asseoir et de manger du pop-corn. Si la réalisation évite les écueils des films représentant la banlieue, nous n’éviterons pas les écueils de la critique et nous pensons évidemment à Jordan Peele. Mais à l’inverse de Get Out ou Us, le propos ici n’est pas politique. Nous nous rapprochons plus de la gratuité de Nope et de cette menace venue du ciel servie avec du fun en prime. Et c’est ici que s’arrête la comparaison. Car maintenant nous n'avons plus besoin de regarder vers l'Amérique pour imaginer nos histoires et les mettre sur grand écran. Cédric Ido ouvre la voie pour le grand public et ce d’une manière rafraichissante. La Gravité est un divertissement au propos tellement simple qu'il nous en apparait novateur. La banlieue n'est plus un personnage avalant ses protagonistes mais seulement un décor. Nous ne sommes pas le sujet mais les sujets. D'une aventure à la fois banale et extraordinaire. Ça fait du bien, merci Cédric Ido.