Jeudi 11 février 2016 a eu lieu à l'Université Lumière-Lyon II une mobilisation d'une vingtaine d'élèves à quoi s'en est suivie la réaction mégalomane de trop de la Présidence. Nous allons tout d'abord faire un bref retour sur les événements afin de poser le cadre. Ce Jeudi 11 février, une vingtaine d'étudiants de l'Université ont décidé de s'installer dans les locaux de la Présidence de l'Université, pour protester contre le refus de celle-ci d'accepter l'inscription d'étudiants sans papier. Il est à noter que cet acte s'en suit de plusieurs mois de négociations, durant lesquelles la Présidence s'est montrée de plus en plus ferme dans son refus. Le choix a été fait d'appeler les forces de l'ordre afin de déloger ces individus infâmes venus défendre la cause de quelques étudiants ne souhaitant que faire des études en France. Et c'est à partir de ce moment là que tout a dégénéré. Imaginez. Lyon-II est connue (du moins localement) pour être la facs des "coco", "gaucho"... Alors faire appel aux forces de l'ordre dans un contexte d'état d'urgence que la majorité de l'Université rejète, était-ce vraiment intelligent? Ainsi, la petite mobilisation d'une vingtaine d'élèves s'est transformée en un attroupement de 200 (selon "la police") à 350 (selon les manifestants) étudiants au milieu de l'Université. De plus, l'Université avait ce jour-là l'immense chance de recevoir le Prefet dans le cadre d'une conférence intituliée : "sécurité ou liberté: faut-il choisir?". Les étudiants ont voulu saisir cette occasion pour interpeller également la Préfecture, sachant que celle-ci et l'Université travaillent conjointement sur les questions de régularisation d'étudiants sans-papier. Il semble donc qu'il y ait une forme de logique. Cependant, la violence déclenchée (selon la Présidence) est aujourd'hui inexcusable. En effet, ces étudiants ont osé entré de force dans un amphithéâtre, et ont osé voler "avec violence" (mots de la Présidence) un trousseau de clés.
Le lendemain, tous les étudiants et personnels de Lyon-II ont eu le plaisir de recevoir un mail de la Présidence sur ces événements. La première réaction que nous avons eu à ce mail a été de l'étonnement, puisque dans un contexte, comme nous l'avons dit précédemment, de fortes tensions avec la Présidence, dans une Université aussi politisée que Lyon-II, prévenir l'ensemble des étudiants et des personnels d'un événement dont la grande majorité n'aurait pas entendu parler, semble illogique. En effet, l'effet probable de ce mail est un intérêt ou du moins une curiosité sur ces événements, et sur le pourquoi de ces derniers. La seconde réaction est liée au contenu. Il s'agit tout d'abord d'un mail de menaces, avec la répétition de termes issus du champ lexical de la violence. A cela s’ajoute une mise en scène du pouvoir policier et du recours qu’il en est fait, ce qui s’illustre par la récurrence de l’utilisation du terme “force publique”. Il y a de plus une mise en garde à toute tentative de mobilisation au sein de l'établissement comme le montre le passage suivant :
"Les faits ainsi établis nous paraissent d'une gravité extrême, propre à susciter la crainte de nouvelles agressions et de nouveaux actes d'entraves à la vie de l'établissement. Nous ne saurions tolérer que l’Université, ses personnels comme ses étudiants, mais aussi ses invités, soient otages de minorités violentes, quelles que soient les causes qu'ils avancent en justification de leur action. (…) C'est dans cette logique que la force publique a été réquisitionnée. Ce sera le cas autant de fois que nécessaire."
Enfin, il s’agit également d’un mail de propagande, dans le sens où il n’est nulle part indiquer le passif des négociations sur la question de la régularisation des étudiants sans papier et leur inscription au sein de l’Université. C’est également un mail de propagande faisant état de la toute-puissance d’une Présidence aujourd’hui discréditée par l’ensemble de l’Université (y compris le personnel bibliothécaire, oui oui ça va aussi loin).
Finalement ce mail ne représente qu’une nouvelle preuve de déconnexion totale entre la Présidence et le reste de l’Université, au travers de choix sécuritaires, au sein même d’une Université où l’on nous apprend justement que ce n’est pas par des lois et un système sécuritaires que nous allons réussir à guérir notre société, dans un contexte de remise en question d’un état d’urgence. Cherchez l’erreur. Il faut avouer que c’est l’incompréhension face à cette réaction, d’autant plus que la mandature se termine dans quelques semaines… Mais bien sûr ! La mandature de la Présidence se termine dans quelques semaines, et le choix est fait par cette dernière d’user de la force et de montrer son autorité lors de la venue du Préfet, coïncidence ? Il est vrai qu’il doit être frustrant de s’imaginer aller pointer à Pôle Emploi après avoir été Président d’Université, et qu’il vaut donc mieux préparer et assurer son avenir, quoi de mieux que de bonnes relations avec le Préfet ? Voilà où nous en sommes. Dans un lieu d’instruction, où l’on cherche justement à comprendre et à analyser le monde social, l’homme, l’humain, la communauté, vous, moi, nous tous, pour pouvoir justement l’améliorer, voilà ce qu’il en est. Finalement, la Présidence n’a juste cherché à repoussé une mobilisation, elle a fait un beau et magistral bras d’honneur à l’établissement qu’elle est pourtant censée présider.
Le résultat de tout cela est une Assemblée Générale organisée le Lundi 15 février au sein même de l’Université, en espérant qu’elle regroupe, qu’elle mobilise, et qu’on arrête enfin de se faire diriger par des autorités policées et policières. Par contre, dans le contexte politique, social et économique qui est le nôtre, je ne suis pas sûre que chercher à endiguer un mouvement étudiant soit la meilleure des solutions lorsque l'on veut pérenniser et assurer un ordre social établi...
NB : Voici ci-joint le mail en question
Communiqué de la Présidence - Vendredi 12 février 2016
Hier, jeudi 11 février, notre université a de nouveau été l'objet d'une intrusion violente dont il est nécessaire de restituer le déroulé et d'établir la gravité.
Dès le matin, les locaux de la Présidence ont été envahis par un groupe d’une vingtaine d’individus se réclamant d’un mouvement « Collectif étudiants étrangers » et exigeant une rencontre avec le Président pour obtenir l’inscription immédiate de personnes sans papiers. Ce collectif avait déjà été reçu la semaine dernière par le Vice-Président en charge de la formation, qui avait proposé une démarche bienveillante et sérieuse d'examen des dossiers en question. Revenu sans demande de rendez-vous, le groupe s'est imposé dans les locaux de la Présidence, contraignant le personnel administratif à faire appel aux membres de l'équipe présidentielle présents sur les lieux pour tenter d'apaiser les tensions. Le dialogue engagé en présence de trois Vice-Présidents s'est conclu par l’engagement réitéré que les personnes en question verraient leur dossier étudié par les commissions pédagogiques ad hoc, et la garantie d’un rendez-vous destiné à étudier des solutions plus durables. Il a ensuite été demandé au groupe de se retirer. Face à son refus, après 1h30 d’échanges, le groupe a été averti que la réquisition de la force publique serait la seule issue et qu’elle engendrerait la fin des négociations. Face à la détermination des occupants, la réquisition a été engagée, tout en essayant de négocier le départ volontaire du groupe. Après plus de deux heures d'occupation, le groupe s’est décidé à quitter les lieux sans qu’intervienne la force publique.
S'en est suivi une manifestation dans l’enceinte de l’université qui a progressivement pris de l'ampleur au cours de l’après-midi. En effet, devait se tenir à partir de 17h30 une conférence portant sur le thème « Sécurité ou liberté : faut-il choisir ? », organisée par le Barreau de Lyon, en lien avec l’UFR de Droit et de Science politique, la presse étant conviée. La venue du Préfet ayant été annoncée sur les réseaux sociaux, le collectif s’est emparé de cette probable présence pour créer une nouvelle situation de confrontation. Au cours de la préparation technique de la conférence, alors que les agents de notre établissement fermaient les accès à la Cour d’honneur, des manifestants se sont rués sur les portes afin de forcer le passage, volant avec violence un trousseau de clefs de l’université. Nous déplorons solennellement ce nouveau coup de force, tentant la reproduction de la situation de 2013 sur les mêmes lieux, avec la même violence, les mêmes individus, les mêmes conséquences : plusieurs de nos agents aux urgences hospitalières et un vol, nous contraignant à une seconde réquisition de la force publique.
Les manifestants, près de 200, ayant envahi le Grand Amphithéâtre, la présidence du Barreau de Lyon a décidé d’annuler la conférence, regrettant que ne puisse se tenir un débat libre sur un sujet aussi important. Conscients que le dispositif des forces de l’ordre se mettait en place, les occupants de l’amphithéâtre ont décidé de l’évacuer.
Les faits ainsi établis nous paraissent d'une gravité extrême, propre à susciter la crainte de nouvelles agressions et de nouveaux actes d'entraves à la vie de l'établissement. Nous ne saurions tolérer que l’Université, ses personnels comme ses étudiants, mais aussi ses invités, soient otages de minorités violentes, quelles que soient les causes qu'ils avancent en justification de leur action.
Nous nous sommes engagés devant notre communauté à ne tolérer aucune violence sur les campus. C'est dans cette logique que la force publique a été réquisitionnée. Ce sera le cas autant de fois que nécessaire. De même, les plaintes seront déposées, nos six agents brutalisés, certains victimes de coups, recevront tout le soutien voulu dans leurs démarches légitimes, et les étudiants identifiés comme violents seront convoqués devant le conseil de discipline.
Nous comptons sur une communauté solidaire, capable de défendre les valeurs qui sont les nôtres : tolérance, esprit de dialogue et respect des personnes.