En passant par les Etats-unis nord-américains

C'était la première fois. Me voilà de retour d'un bref passage par New York où je me rendais pour exposer certains de mes travaux artistiques. C'était la première fois que je me rendais dans cet Etat qui crée tant de fantasmes, tant d'idées préconçues et, il faut l'admettre, j'y prenais ma part. Comment la machine hollywoodienne transforme t'elle les esprits et construit-elle des mondes qui n'existent pas ou, du moins, qui ne sont pas réels. J'ai pris ma part de découverte et, d'un oeil vierge, me suis confronté, sans vraiment l'avoir envisagé, à la réalité de ce que sont les Etats-unis nord-américains.

Les préparatifs

Tout commence en France, en Guadeloupe plus précisément, ce petit bout de France qui n'intéresse pas grand monde dans l'Hexagone... Mais c'est une autre histoire. Après avoir pu bénéficier de l'efficacité redoutable des services de ma Mairie, la commune de Sainte-Anne, ainsi que la Sous-préfecture de Pointe-A-Pitre, j'ai pu obtenir, en une petite quinzaine seulement et gratuitement, le fameux passeport biométrique indispensable à quiconque souhaiterait avoir l'honneur de fouler le sol américain. En effet, mon vieux passeport de 2006 n'était pas suffisamment sécurisé au yeux de la Customs and Border Protection (CBP), équivalent fédéral de notre police aux frontières. Soit.

L'agent municipal de Sainte-Anne a eu l'amabilité de me prévenir qu'il me faudrait, en plus de ce document ultra sécurisé, m'enregistrer sur un site internet, l'Electronic System for Travel Authorization (ESTA) (https://esta.cbp.dhs.gov/esta/esta.html). Evidemment, ce formulaire en ligne est en anglais exclusivement et on demande au formulant d'apposer sa coche pour affirmer qu'il a bien tout compris de ce qu'on lui raconte dans la langue de l'empire. On y renseigne, en plus de nombre d'informations personnelles sans garantie d'accès ou de rectification, des réponses à des question du style : “are you seeking entry to engage in criminal or immoral activities?” ce qui pourrait se traduire par “essayez vous d'entrer – sur le territoire des Etats-Unis nord-américains (EUNA) - pour y commettre des activités criminelles ou immorales”. Au delà de la difficulté à évaluer ce qui, du point de vue de la CBP relève de l'immoralité, il est peu probable qu'un criminel en devenir réponde honnêtement à cette question. J'apprends ensuite que l'ESTA est payant depuis une loi signée par le président Obama en 2010, la Travel Promotion Act (TPA) dont on pourrait tenter la traduction suivante : Loi sur la promotion des voyages, curieuse façon d'encourager au voyage que de faire payer un ticket d'entrée. Le prix de 14 US Dollars acquitté, me voilà parti.

L'entrée sur le territoire

Après un passage par Saint-Martin, pays très accueillant y compris dans sa partie hollandaise, je me présente donc au contrôle de la CBP au Miami International Airport (MIA). J'y découvre une file d'attente absolument gigantesque dont je publie ici une photo prise en contradiction avec les consignes données par la CBP qui ne sont pas particulièrement respectées par ailleurs. Disposant de plus de deux heures avant ma correspondance pour New York, je prends mon mal en patience convaincu de l'efficacité des services d'un grand pays comme les EUNA. Mal m'en a pris car j'ai fini par manquer ma correspondance et devoir prendre un avion plus tard dans la journée. Il s'en est fallu de peu que je paie un hôtel de ma poche. Cette situation est d'autant plus angoissante à mesure que l'heure du vol approche que l'utilisation des téléphones mobiles est interdite dans la file et qu'il est donc impossible de prévenir la compagnie aérienne du retard pris.

File d'attente au bureau de l’immigration. File d'attente au bureau de l’immigration.

Toutefois, la CBP, chose inimaginable en France, affiche ostensiblement la cause de cette situation. Des panneaux rappellent, à chaque virage de la queue, que pour cause de réduction du budget fédéral, le personnel de la CBP a été réduit et que l'attente sera longue malgré les efforts fournis par les officiers en charge des contrôles. Peut-être certaine administrations françaises devraient-elles recourir à ce type de panneau en ces temps d'austérité.

Panneau d'information de la police aux frontières Panneau d'information de la police aux frontières

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après un contrôle simple et courtois, me voilà donc officiellement autorisé à fouler le sol des EUAN.

La pauvreté

Même si d'apparence les EUNA sont un pays des plus développés, certaines scènes sont difficiles à avaler. A New York, en face de l'hôtel où se tenait l'exposition, j'ai pris la photo, malheureusement de mon téléphone portable d'où la mauvaise qualité, ce cet homme d'une soixantaine d'années faisant les poubelles. Cette scène se voit malheureusement de plus en plus dans les rues de Paris également et la pauvreté de nos anciens a semble t'il traversé l'océan atlantique. Toutefois, une scène est impossible chez nous. Je n'ai pas eu l'occasion de prendre des photos, pour des raisons de respect de la vie privé notamment, mais le nombre de personnes d'un grand âge travaillant encore est follement inquiétant. La scène qui m'a le plus touché s'est passé au retour, à l'aéroport de Miami. Un homme, qui affichait 75 ans au minimum, plié par l'âge et entendant à peine ce qu'on lui disait, tenait un kiosque à journaux. Il peinait à mettre en rayon de simples sachets de bonbons, en particulier ceux dont les crochets se trouvaient les plus hauts. Appuyé sur son comptoir, il tentait, tant bien que mal, de servir avec gentillesse les rares clients qui se présentaient à son échoppe. Lorsque je lui ai demandé la monnaie en pièces sur un billet de 5 US dollars, il m'a répondu n'avoir pas encaissé suffisamment aujourd'hui pour me donner la monnaie sur plus de 1 US dollars. Quand on sait qu'aux EUNA, la majeur partie du salaire vient des pourboires, on imagine la difficulté de cet homme pour vivre la fin de sa vie. L'avancé d'une société doit pouvoir se mesurer au sort qu'elle fait à ses vieux, cela en dit long sur les EUNA.

De retour sur le territoire de la République française avec, je dois l'avouer un certain soulagement, j'allume la télévision pour prendre les nouvelles nationales que j'avais laissé de côté pendant une grosse semaine. François HOLLANDE entame une nouvelle réforme des retraites avec un nouvel allongement de la durée de cotisation...

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