Les croisiéristes, la préfecture, l’ARS et le COVID-19 en Martinique

Au nom de la vie, j’en appelle à notre responsabilité collective. Le COVID-19 est impalpable et pourtant présent dans nos foyers, sur des lits d’hôpitaux dépourvus de moyens, dans des ailes de réanimation et, hélas, à la morgue. La préfecture et l’ARS ont failli dans leurs missions et sont dépassées face à la tragédie qu’annonçait l’appétit des croisiéristes ayant importé la mort sur notre île.

 

           Humaine, humain résidant sur ce petit caillou que l’on aime qualifier d’île aux fleurs, au nom de la vie de tout un chacun, j’en appelle à notre responsabilité collective, mais surtout à votre responsabilité individuelle. Le COVID-19 est impalpable, et pourtant, il est déjà présent dans quelques uns de nos foyers, sur des lits d’hôpitaux dépourvus de moyens matériels et humains, dans des ailes de réanimation et, hélas, à la morgue. Les autorités, à savoir la préfecture et l’ARS ont failli dans leurs missions. C’est pour cela que des activistes ont tenté d’alerter la population, à plusieurs reprises, sur la tragédie qu’annonçait l’appétit pécuniaire des compagnies aériennes et des croisiéristes qui ont importé la mort sur notre lopin de roche volcanique. Du fait de l’insularité de notre petit territoire ultra-marin, nous avons exigé, aux prémices de l’expression de la pandémie en Europe, la fermeture des frontières aériennes et maritimes de la Martinique. Le samedi 29 février 2020, une action perpétrée à l’aéroport a suscité une vive polémique : un car de touristes en provenance de divers Etats Membres de l’Union européenne, prêts à embarquer sur le COSTA-MAGICA, a été bloqué sur l’autoroute pour éviter qu’ils n’embarquent à son bord. Bien que l’on puisse ne pas tomber d’accord sur la forme employée par les activistes, aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’ils/elles avaient raison sur le fond : nous avons alerté du danger, tous les tympans semblent être restés hermétiques à notre discours alarmiste, jusqu’à ce que ce que survienne la mort d’une patiente atteinte du COVID-19. Au sein du système capitaliste dans lequel nous évoluons, tout est prétexte pour gonfler son capital économique, y compris une pandémie dramatique qui a déjà causé plus de 7 000 morts aux quatre coins du globe. Après que les activistes se soient égosillés, faits gazés et matraqués à l’aéroport Aimé Césaire du Lamentin, de rares élus locaux, à savoir Didier Laguerre, Maire de Fort-de-France, et Francis Carole, Conseiller exécutif à la CTM, ont exigé dès le 11 mars 2020, l’arrêt immédiat de la saison des croisières en Martinique. Car, l’existence de deux cas de de COVID-19 a été révélé, le 5 mars 2020 par un communiqué de l’ARS de Martinique. De fait, la menace virale bien installée dans le froid occidental et asiatique semblait bien loin des tropiques, jusqu’à ce que les occidentaux, via les compagnies aériennes et les bateaux de croisière MSC et COSTA, ne l’importent en Martinique et en Guadeloupe. Les multinationales s’érigent, de par leur vénalité, et avec la complicité de l’Etat colonial français, en criminelles. En effet, suite au placement en quarantaine du « Diamond Princess », au port de Yokohama, le 27 février 2020, les réservations de croisières et des compagnies aériennes ont chuté de façon significative. De fait, pour contrer la psychose suscitée par les deux souches de COVID-19 et continuer à amasser des profits, au mépris de l’intégrité physique et psychique de leurs clients, les croisiéristes ont opéré des rabais jamais vus sur des croisières, dont le coût pouvait passer de 1200 à 29 euros par personne. Une femme de 86 ans est décédée dimanche 15 mars car celle-ci a été au contact de membres de sa famille ayant effectué une croisière quelques jours auparavant, lesquels ne présentaient pourtant aucuns symptômes du COVID-19 et n’ont pas été placés en quarantaine en dépit du risque de contamination auquel ils ont été exposés. 

Afin de ne pas faire souffler un vent de psychose aux relents de panique sur les cocotiers d’une colonie sous administration française, l’ARS et le Préfet de la Martinique ont minimisé la gravité de la crise sanitaire que nous traversons à l’échelle mondiale. Leur communication a été défaillante et en définitive inexistante puisqu’elle n’a pu avoir l’effet escompté : éviter ou, a minima, enrayer la propagation du COVID-19 sur le territoire martiniquais. Les mesures de distanciation sociale relevaient de l’inconcevable et le quotidien était encore fait, jusqu’à hier, d’embrassades, de grands rassemblements festifs en marge des élections municipales, d’arrivées de bateaux de croisière et, en définitive de la vie suivant son court et la de la contamination de dizaines, de centaines, puis de milliers de personnes. Des ami.e.s ont encore tapé à ma porte tout à l’heure, comme si les mesures de confinement concernaient les « autres », pas nous… L’ennemi, celui contre lequel « nous sommes en guerre » pour reprendre les termes martelés par notre monarque présidentiel lors de son allocution en date du lundi 16 mars 2020, est insidieux et, sans matraquage préventif, personne ne se prépare à lancer l’offensive à coups de gel hydro-alcoolique et de renoncement aux contacts physiques. La peur a fini par nous distancier, dans une certaine mesure, les uns des autres : les touristes blancs des antillais. Inutile de préciser que cela a été totalement inopérant puisque nombre de martiniquais.es ont embarqué à bord des bateaux de croisière susmentionnés : ils/elles sont aujourd’hui 846 a avoir été placé.e.s en quarantaine et en auto-confinement (sans aucun contrôle pour cette dernière catégorie). 

Avant toute chose, il est fondamental de poser le cadre théorique, dans lequel la réalité ultra-marine ne se modélise pas, car au rang des prérogatives du Préfet figurent la représentation de l’État et la communication. A ce titre, en tant que seul représentant de l’État dans le département « Il a la charge des intérêts nationaux, et assure la direction des services de l’État dans le département ou la région ». De plus, « le préfet de département a la charge de l’ordre public et de la protection des populations. Il dirige les opérations de secours. Il a donc un rôle essentiel dans la régulation des conflits et des tensions de toute sorte ainsi que dans la gestion des crises ». https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministere/Prefectures/Missions 

Pour ce qui est du Directeur de l’ARS, il « dispose d'un pilotage efficace des missions de l'agence grâce à un exécutif ayant une réelle autorité sur la définition et sur la mise en œuvre de la stratégie régionale de santé ; et faire vivre un solide dispositif de concertation avec tous ceux qui sont concernés par les décisions à prendre ». https://www.ars.sante.fr/la-gouvernance-des-agences-regionales-de-sante 

Face au silence des autorités étatiques qu’incarnent Stanislas Cazelles et Jérome Viguier, un climat anxiogène s’est substitué aux 163 micro-climats dont recèle la Martinique. De fait, le jeudi 12 mars 2020, un groupe de citoyen.ne.s martiniquais.es s’est rendu à l’ARS afin de désamorcer le conflit que génère la gestion du coronavirus par les autorités étatiques, entre ces dernières et la population martiniquaise, laquelle est extrêmement angoissée, tant du fait de la gestion lamentable et inhumaine de cette crise, que du fait du manque de transparence des autorités sanitaires et préfectorales sur les dispositifs mis en place pour lutter contre cette pandémie. Nous avons exigé de M. Jérôme Viguier, Directeur de l’ARS, qu’il nous reçoive, ce qu’il a accepté de faire durant une heure. Il reconnait que la communication a été médiocre et insuffisante. Nous avons voulu obtenir des réponses concrètes qui, sans être surprenantes au vu du système colonial français, mais il n’en demeure pas moins qu’elles sont tout bonnement scandalisantes au vu du nombre de mort.e.s qu’elles appelleront.  

Doléances formulées par des activistes auprès du Directeur de l'ARS Doléances formulées par des activistes auprès du Directeur de l'ARS

  • Monsieur Viguier dédramatise en alléguant que « seuls 5% des cas de COVID-19 sont graves et qu’il s’agit, dans 80% des cas, de formes bénignes » et compare le virus à une grippe tout ce qu’il y a de plus banal (d’où la faillite d’une campagne de prévention efficace). Dépassons le cynisme de ces propos afin de mettre en exergue que, si le taux de mortalité du virus est, en moyenne de 3,4%, il augmente sensiblement (6,1% en Italie) lorsque les services de santé sont saturés. Eu égard au caractère insulaire de notre île, et considérant que, comme dans le reste des départements d’outre-mer dont les frontières n’ont pas été fermées en temps voulu (du moins, fermées tout court) et que les mesures barrières n’ont pas été appliquées, la contamination risque de toucher entre 80 et 100% des martiniquais.e.s.
    Le scénario inévitable pour les départements d’outre-mer est le suivant, si et seulement si le Gouvernement n’agit pas avec sagacité et intelligence : le taux de mortalité va croitre de façon affolante dans lesdits territoires car, si le COVID-19 tue 10 fois plus que la grippe, le manque de moyens matériels et humains de nos centres hospitaliers est synonyme d’une tuerie de masse inévitable.


    Compte instagram : Jeremy_bcn (pdf, 7.2 MB)

 

  • Concernant les centres hospitaliers et leurs moyens matériels : Dans un rapport d’information de 2015 sur la santé en outre-mer, l’Assemblée nationale affirmait que « le système de santé des collectivités ultramarines comble progressivement son retard par rapport à l’Hexagone, mais reste marqué par des difficultés persistantes » (https://www.ligue-cancer.net/vivre/article/45017_cancer-en-outre-mer-si-loin-si-proche).

    Pour ce qui est du CHU, Jérôme VIGUIER nous annonce avoir débloqué des moyens pour le CHU qui déprogramme, tout comme la Clinique Saint-Paul, son activité non-essentielle (chirurgie plastique, prothèses de hanche, consultations externes…). Au 7ème étage du CHU, nous disposons de 10 lits de réanimation. L’hôpital de Trinité dispose de 4 lits de réanimation, d’un service d’urgences « afin de faire face » à la pandémie. À l’hôpital du Marin, une aile de 18 places peut être mobilisée. Le plan blanc vient d’être déclenché dans tous les hôpitaux de la Martinique ainsi que… « dans les EHPAD pour que les gens puissent trouver des points de chute » ce qui relève de la folie. Nous disposons également de salles de réveil. En outre, nous pouvons « monter à 50, 60, ou 70 lits de réanimation », pour une population de 371 000 personnes.  
    Le 11 mars, l’ARS a débloqué des moyens exceptionnels afin d’acheter « des respirateurs, des appareils pour mesurer la saturation de l’oxygène dans le sang etc » en revanche c’est « la guerre des masques maintenant parce que tout le monde en veut. Il n’y en a pas assez, à l’échelon national. On privilégie les professionnels de santé car ce sont eux qui nous soignerons quand on sera malade et s’ils sont par terre, ça sera la catastrophe, donc on va gérer une situation de pénurie. Hier, des éboueurs menaçaient de se mettre en grève car ils n’avaient pas de masques, et n’en auront pas car nous n’en avons pas assez. Ils étaient fabriqués en Chine et actuellement, 4 entreprises françaises en fabriquent à plein régime, mais avec une demande qui excède l’offre ». Le 12, il y avait 4 cas, et les autorités compétentes, à commencer par le préfet, auraient du prendre la décision de fermer les frontières maritimes et aériennes. Nous sommes le 17 et il y a désormais 16 cas avérés de contamination au COVID-19, dont l’un en réanimation, ainsi qu’au moins 80 cas de suspicions selon des personnels soignants du CHUM de la Meynard.

              
    Les PSM DOM peuvent être mobilisés :

    Les postes sanitaires mobiles de premier niveau (PSM 1) et de deuxième niveau (PSM2), ainsi que les équipements logistiques associés (remorque, tente, lot radio…) ;
    Les équipements pour la prise en charge des victimes de risques NRBC (respirateurs, unité mobile de décontamination) ;
    Les équipements de protection aux risques NRBC des professionnels de santé et des personnels en charge de la protection de l’hôpital.
    source : http://circulaires.legifrance.gouv.fr/pdf/2018/11/cir_44088.pdf page 16/21
    « Nous disposons de stocks de médicaments (importants) car nous nous sommes projetés de temps en temps, pour accueillir des ressortissants haïtiens ou vénézuéliens, car à chaque fois c’est la Martinique qui est positionnée : nous sommes l’ARS de zone, et le centre hospitalier de zone. Nous avons des respirateurs de transport, donc ça peut suffire, on en a des dizaines, mais ce qu’on a acheté ce sont de grands respirateurs multi-options etc. Sur la capacité de réanimation, c’est pas notre inquiétude majeure, c’est le personnel soignant qui l’est, l’armement des lits, on ne manque pas de personnels si on les projète. On a deux projections à faire parallèlement : 1. si le nombre de malade augmente de manière très rapide et 2. si le personnel est malade. On peut chercher des renforts, mais le personnel soignant aura aussi son taux de malades, et c’est pour ça qu’on privilégie la distribution des masques aux soignants. Dans un des hôpitaux à Paris, une personne non identifiée comme porteuse du COVID-19 a infecté tout le monde, ils ont perdu une aile de réa entière. M. Viguier nous a informé que « pour l’instant, la Martinique et la Guadeloupe sont autonome et les deux ARS ont demandé le renfort du service de santé des armées qui a des moyens propres, ils en ont beaucoup en Guyane et peuvent les projeter chez nous, de façon à appuyer les territoires ».


  •         Sur les moyens humains : Il est fait appel à la réserve sanitaire, composée de retraité.e.s. Sont démarché.e.s : les étudiant.e.s en médecine, les élèves infirmier.e.s, les élèves infirmier.e.s anesthésistes. Toutes les forces mobilisables seront mobilisées selon M. Viguier, qui travaille en étroite collaboration avec l’ARS de Guadeloupe (privée de son CHU depuis mars 2018 suite à un incendie), « de façon à voir en fonction de l’île qui serait la plus touchée ou des moyens de renfort potentiels dont nous disposons ». En outre, « on a des moyens de réanimation qui peuvent être multipliés par trois. Il y a actuellement une réunion avec le Ministère de la Santé et des Solidarités pour tenter d’obtenir des moyens supplémentaires pour nos services de réanimation. Même si pour l’instant il ne se passe rien, la façon dont ça s’est passé en Italie, en France et en Chine, c’est que ça va très vite car quand on a un cas en réanimation, trois jours plus tard on en a trois ». En somme, comprenez que ça sera la catastrophe.
    D’autant plus que des personnels soignants envisagent de se mettre en arrêt maladie car ils ne se sentent pas en sécurité : des masques ne leur sont distribués que toutes les 12h alors même que leur durée de vie n’excède pas 4h. Autant dire que les mesures barrières censées préserver les personnels soignants d’une contamination au COVID-19 et, subséquemment la population d’une hécatombe, sont inutiles. Ils ne disposent pas non plus de lunettes de protection.
    Par ailleurs, les infirmier.e.s libéraux/libérales grognent dans la rue et lancent un appel à l’aide désespéré : elles et ils n’ont plus de masques.  Un article de Martinique 1ère fait état du fait qu’« Angélique Hillion, infirmière libérale, a posté un message audio sur les réseaux sociaux lundi 16 mars 2020, relayant les inquiétudes de la profession : Dans ce contexte de pandémie au niveau local, il faut savoir que les infirmiers libéraux ne sont pas protégés. On nous demande de soigner la population la plus à risque, sauf que nous n’avons pas de masques, plus de solutions hydro-alcooliques. L’ARS avaient mis à disposition de chaque professionnel libéral une boîte de 50 masques en pharmacie, mais le stock a rapidement été épuisé dans plusieurs officines. Personnellement j’ai parcouru 7 pharmacies sans succès. La majorité des collègues n’ont pas de masque, sachant qu’un masque chirurgical est "valable" 4 heures de temps...il faut donc en changer régulièrement (...). Nous sommes plus des vecteurs du virus à l’heure actuelle, que des soignants qui luttent contre sa propagation. Les infirmiers libéraux se demandent donc comment ils doivent agir » https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/coronavirus-infirmiers-liberaux-tres-exposes-equipes-martinique-812902.html.
    L’article poursuit « Emmanuel Macron a annoncé que les masques de protection seront prioritairement réservés au personnel de santé dont les infirmiers libéraux. Ce matériel devrait être disponible avant la fin de la semaine, dans les pharmacies de Martinique ». Or, 1 personne contaminée en contamine, à son tour, 2 ou 3. Nous sommes mardi et devons attendre la fin de semaine avant de pouvoir « lutter » à mains nues contre le COVID-19, dans des infrastructures insalubres, pleines de maladies nosocomiales, manquant cruellement de machines, de bras et de cerveaux. Dans un hôpital de Creil, une personne non identifiée comme porteuse du COVID-19 a été au contact des personnels soignants, justifiant ainsi la fermeture de l’hôpital, durant 14 jours : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/direct-covid-19-le-virus-touche-de-plus-en-plus-de-pays-le-monde-n-est-pas-pret-a-y-faire-face-selon-l-oms_3841703.html.
    •     Sur les personnes à risque : Dans les DOM, les populations sont extrêmement vieillissantes, et présentent souvent des facteurs de co-morbidité (cancers, diabète, insuffisance rénale, pathologies cardiaques, personnes immuno-déprimées). Cette catégorie de personnes présente un taux de morbidité de 18% face au COVID-19 contre 0,1% pour les enfants, vecteurs de contamination. Protéger les ainés passe « par la fermeture des maisons de retraite » selon le Directeur de l’ARS qui affirme, dans le même temps que les « EHPAD serviront de point de chute » pour les personnes malades. « Quand on fait de la santé publique il y a un équilibre à trouver entre une réaction qui n’est pas disproportionnée par rapport à un mal qui émane. Je vous rappelle que 98% des gens guérissent du COVID-19, les rechutes se comptent sur les doigts de la main. A l’échelle de la population il y a plus de cancers en France qu’en Martinique. Aujourd’hui il faut protéger les personnes âgées, les immuno-déprimées, les gens qui sortent de chimiothérapie, ces personnes peuvent se faire prescrire des masques par leur médecin traitant et aller en chercher en pharmacie quand elles sortent dehors ».

      Quelques données épidémiologiques :

      Concernant les maladies chroniques « de fortes disparités géographiques existent avec une prévalence particulièrement forte dans les départements d'outre-mer. Dans un avis en date du 17 octobre 2017, la commission nationale consultative des droits de l'homme relevait ainsi qu'« en Guadeloupe, 8,9 % de la population serait sous traitement pour diabète et 7,7 % en Martinique et Guyane » alors que « La Réunion est le département le plus touché par la maladie avec un taux de prévalence du diabète traité de 10,2 % » (Question écrite n° 05272 de M. François Bonhomme (Tarn-et-Garonne - Les Républicains) publiée dans le JO Sénat du 31/05/2018 - p. 2607). Réponse du Ministère des solidarités et de la santé publiée dans le JO Sénat du 30/08/2018 - page 4504 : « La prévalence du diabète traité pharmacologiquement est près du double dans les départements d'outre-mer par rapport à la moyenne nationale, à structure de population égale : entre 7,7 % et 10,2 %, contre 5 % au niveau national, en 2015. Comme en métropole, le diabète de type 2 représente plus de 90 % des cas de diabète ». Sur le plan sanitaire, la Martinique fait face à une forte prévalence des maladies chroniques (diabète de type 2, hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux et insuffisance rénale chronique terminale).

      Sur le vieillissement de la population: « La Martinique souffre, comme la Guadeloupe, d’un fort déficit de femmes âgées de 18 à 39 ans et d’hommes âgés de 20 à 40 ans. Ainsi, 21 % des Martiniquais sont âgés de 20 à 40 ans, contre 25 % en France hexagonale. Le vieillissement s’est fortement accéléré au cours des deux dernières décennies. En 1990, 68 % des Martiniquais avaient moins de 40 ans. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 45 % » (Estimations régionales et départementales d’incidence et de mortalité par cancers en France, 2007-2016 pp.11).
      En Martinique, la part des 60 ans et plus aura plus que doublé entre 2013 et 2030, passant de 17% à 36%. Elle sera de 34 % en Guadeloupe. La France hexagonale n’atteindra le taux de 33 % qu’en 2050. A La Réunion, les plus de 60 ans représentaient 14 % de la population en 2013, et leur nombre devrait doubler d’ici 2030. En 2050, la Martinique sera "le département le plus vieux de France", avec 42,3 % de la population qui aura plus de 65 ans. En Guadeloupe, les 65 ans représenteront 37,7% de la population (l’Obs avec l’AFP). 

      Concernant les cancers: « Le cancer de l’utérus est plus fréquent dans les DOM et en particulier en Guyane que dans l’Hexagone. Son taux d’incidence standardisé pour 100 000 femmes‐ années en 2012 est estimé à 36,6 en Guyane, 15,3 à La Réunion, 13,0 en Guadeloupe et 8,7 en Marti‐ nique, comparé à 6,8 dans l’Hexagone » (BAROMÈTRE DOM DE SANTÉ PUBLIQUE FRANCE 2014 DÉPISTAGE DU CANCER DU COL DE L’UTÉRUS). 
      « L’incidence toutes localisations cancéreuses confondues, actuellement plus faible en Martinique que dans l’Hexagone, est amenée à évoluer défavorablement en raison du vieillissement de la population mais aussi de l’augmentation de la prévalence de facteurs de risque liés au mode de vie (sédentarité, surpoids et obésité, consommation tabagique). Les actions menées sur ces facteurs de risque évitables seront essentielles pour aider à lutter contre une majorité de cancers ». (Estimations régionales et départementales d’incidence et de mortalité par cancers en France, 2007-2016 pp.12).


    •         Sur les mesures de contrôle aux frontières maritimes : « J’ai entendu dire que la Martinique fait moins que les autres, alors que c’est le territoire ultramarin français qui a fait le plus ». Cette affirmation est extrêmement inquiétante au vu de ce qui a été développé précédemment. M. Viguier estime qu’« on commence à gérer maintenant, nous ne sommes pas en retard, on a l’avantage de ne pas être dans la situation dans laquelle est l’Italie, la métropole, on a … Sur la mesure par exemple de contrôles de température à l’entrée sur le territoire martiniquais, elle est inefficace, mais… on a mis en place un dispositif de contrôle pour les croisiéristes qui se traduit par la distribution d’un questionnaire. Les USA ont fermé leurs frontières, mais ça n’est pas la décision qui a été prise dans le reste du monde, y’a le problème des croisières et c’est un sérieux problème, notamment celles des deux compagnies italiennes MSC et COSTA qui acheminent des passagers européens, en sachant que le continent européen est le plus touché par le COVID-19. Le bateau, que j’ai coincé au large, déchargeait des voitures. C’est l’ARS qui l’a bloqué car c’était un bateau chinois et qu’on avait un doute sur l’équipage quia pu débarquer après dépouillement des questionnaires qui ont été distribués aux membres de l’équipage. J’ai bloqué un autre bateau de croisière qui devait rester à St-Lucie et qui y a été refusé et, arrivé ici, une équipe est montée à bord pour effectuer des contrôles et ils ont pu accoster puisqu’aucun cas n’avait été décelé ». Vous souvenez-vous de l’octogénaire, décédée dimanche 15 mars, suite à un contact avec des membres de se famille ayant effectué une croisière, à bord d’un bateau sur lequel « aucun cas de COVID-19 n’a été décelé » ?

      Sur le COSTA-MAGICA, 5 cas étaient suspects et des italiens étaient à bord. Des prélèvements ont été réalisés par deux médecins de l’ARS ainsi qu’un médecin du SAMU. Si les tests sont négatifs on gérera avec des mesures de surveillance. Je n’ai pas autorité pour prendre la décision de fermer les frontières. Mais nous faisons remonter au pouvoir central qu’il est grand temps, vu les épisodes, surtout celui qu’on gère aujourd’hui, d’arrêter la saison des croisières. On a été entendu, le Président de la République va annoncer cet après midi, que les croisières de plus de 100 personnes seront interdites ». Autant dire que la situation restera inchangée et que nous ne parviendrons pas à endiguer la pandémie sur le sol martiniquais.


      costa-magica


      En vertu du principe de précaution, n’aurait-il pas été judicieux de placer ces personnes en quatorzaine ? Non, car selon M. Viguier « jusqu’à preuve du contraire ils ne sont pas malades,  et les libertés individuelles de ces personnes prévalent sur le principe de précaution ». Très bien, la liberté d’aller et venir, y compris lorsqu’elle est exercée sur un bateau de croisière (que l’on peut rebaptiser nid à microbes et à virus : http://www.leparisien.fr/societe/une-epidemie-de-gastro-touche-pres-de-500-personnes-a-bord-d-un-paquebot-de-croisiere-12-01-2019-7986960.php), et qu’elle met en danger la vie de milliers de personnes, il y a lieu de faire prévaloir le principe de précaution sur la liberté d’aller et venir. « On a pas d’argument pour les placer en quarantaine, ni à l’isolement. On a un centre de 200 places qui est déjà prévu pour accueillir les passagers s’il s’avère que les cas suspects à bord du bateau sont porteurs du virus. On a déjà envisagé le portage des repas ». Concrètement, si les prélèvements réalisés sur les personnes à bord du COSTA MAGICA sont négatifs, des consignes d’auto-surveillance seront données. Dans l’hypothèse où les cas sont positifs, on rentre dans un chantier que vous n’imaginez pas, c’est à dire qu’on a des capacités d’extraction et d’isolement sur la Martinique qui sont de 250 places et qui permettraient d’isoler les martiniquais. Et par contre, l’équipage sera confiné à l’intérieur du bateau, on évacuera les malades. L’un d’entre eux a un a un problème de détresse respiratoire ». 

 

    •                 Sur les mesures de contrôle aux frontières aériennes : « Un questionnaire est distribué à bord des avions, un message est diffusé dans l’avion, des gens de la croix rouge sont mobilisés à l’atterrissage pour prendre la température des passagers, bien que cette dernière mesure n’identifie que 8% des personnes malades. Sur les 4 cas qu’on a actuellement, la température de 3 des 4 personnes positives au COVID-19 avait pourtant été prise à l’aéroport. On fait l’enquête sur la partie martiniquaise et Paris fait l’enquête sur les cas contacts. On guérit du virus dans 98% des cas donc il faut aussi remettre l’église au milieu du village, c’est pas Ebola, ni le SIDA… Les italiens qui sont sur le COSTA MAGICA et sur le MSC sont en croisière depuis une semaine et n’ont révélé aucuns symptômes. On a du confinement qui est fait sur les cas contacts modérés à importants : deux types de cas contacts : il y a des cas contacts sur lesquels on a croisé quelqu’un (4) et d’autres sur lesquels il y a le plus grand risque de contamination, ce sont ceux dans lesquels on reste dans une atmosphère confinée, au moins 15 min et à moins d’un mètre cinquante d’une personne contaminée (2). On leur demande de contrôler leur température toutes les deux heures et de contacter le SAMU au moindre problème. Pour ce qui est des mesures de confinement massif, on s’est posé la question pour le bateau, y’a aussi des libertés individuelles, face à des gens qui ne sont pas malades et qui ont une probabilité très faibles d’avoir été confinées il n’y a pas lieu de leur imposer le confinement. Certes, les outre mer, de manière générale, sont assez préservées  du virus, à tel point qu’on se demande s’il n’y a pas un effet climat  et que justement il n’y aurait pas un impact saisonnier » (ce qui est faux selon le document de Fact-checkig publié par l’AFP). « 6 à 10 vols par jours ramènent 300 à 350 personnes et depuis que les croisières durent, il y a 3000 personnes qui descendent à chaque escale, donc des flux massifs de personnes existent depuis plusieurs semaines ». 
    •             Sur la conduite à adopter : Les mesures barrière (lavage des mains, jeter les mouchoirs, confinement TOTAL) sont importantes car la contamination est plus manuportée  qu’elle est respiratoire. Le 15 va opérer un tri.


    •                       Sur le COSTA MAGICA, ou la croisière de l’enfer :
       

« Pour l’instant les escales des bateaux à venir sont maintenues et le temps qu’on ait les résultats des tests, s’ils sont positifs, ils sont confinés à bord, si les test sont négatifs, le bateau n’aura pas le temps de faire descendre de touristes donc techniquement il n’y aura pas d’escale, le deuxième qui arrive demain il n’a pas de malades à bord, il a fait une croisière normale. Celui ci c’est la croisière de l’enfer. Ils sont tous sous tension, extrêmement inquiets, et même les gens du bateau appellent l’ARS. Ils se battent entre eux, se sont battus avec les italiens » et des vigiles ont violenté des voyageurs.

La décision a été prise, le vendredi 13 mars 2020, de placer une cinquantaine de guyanais en confinement collectif, dans les conditions indignes.

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Un bidon d'eau de javel a été laissé à leur disposition pour qu'ils/elles puissent désinfecter les lieux Un bidon d'eau de javel a été laissé à leur disposition pour qu'ils/elles puissent désinfecter les lieux

 

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Voici le message qu’ont relayé lesdites personnes confinées au Vauclin, au CGOSH de la Pointe Faula : « Suite à la décision du Préfet de la Martinique M. Stanislas CAZELLES de mettre en quarantaine l’ensemble des passagers débarquant du navire de croisière COSTA MAGICA, environ 50 Guyanais ont été acheminés au CGOSH du Centre de Pointe Faula au Vauclin, Martinique. Sur 300 personnes seule une cinquantaine de personnes, dont une majorité de guyanais a été placée en zone de quarantaine ». Les autres ont été placées en auto-confinement, et seules les personnes ayant déclaré résider en Martinique ont pu échapper aux mesures de confinement collectives. Certaines ont, fallacieusement, allégué résider en Martinique alors qu’elles ne sont autres que des touristes irresponsables et égoïstes au possible, allant diner dans les restaurants des Trois-Ilets ou de Fort-de-France, dans lesquels, aux détours d’une conversation, elles se vantaient de provenir du COSTA MAGICA. 

« Sur les lieux: pas de bouteilles d’eau, pas de nourriture, pas de savons, pas de gels hydro-alcooliques, pas de produits de premières nécessités, pas de draps ni de serviettes propres ». Les personnes confinés, y compris des personnes âgées, des nourrissons et des enfants en bas âge n’avaient rien mangé depuis la veille au soir. Leur premier repas et leur premier verre d’eau leur a été servi à 15h30.

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« Face à cette crise sanitaire mondiale, le Préfet et l’ARS de la Martinique ont mis en place des mesures de confinement afin de limiter une éventuelle propagation du virus », ce que comprennent pertinemment les personnes faisant l’objet du confinement collectif. En revanche, ce qu’elles ne comprennent pas, c’est la rupture d’égalité qui existe entre Guyanais, métropolitains et Martiniquais, et l’inefficacité des mesures de sécurité prises par la préfecture et l’ARS puisque, soulignons que parmi les 846 personnes placées en auto-confinement, nombre d’entre elles ont fait leurs courses et ont côtoyé des martiniquais.es qu’elles ont potentiellement contaminé.e.s.
Par ailleurs « ces mesures vont au détriment de toute considération humaine » eu égard aux violations des droits fondamentaux qu’elles impliquent et au préjudice moral qu’elles causent aux personnes confinées. Fort heureusement, la solidarité des petites supérettes et des activistes leur a permis de recevoir plusieurs dons alimentaires (viande, viennoiseries, fruits et légumes) et de denrées de première nécessité, de jouets pour les enfants… « L’hébergement attribué était insalubre et propice au développement de maladies. La mise en danger, par les représentants de l’Etat, des personnes confinées parmi lesquelles des enfants en bas âge, des nourrissons et des personnes ayant besoin de soins médicaux urgents; est inadmissible. A cela s’ajoute un manque d’organisation entre les organismes mobilisés et la non transparence de la préfecture et de l’ARS de la Martinique ».

Un groupe de 12 Guyanais.es, composé de 8 adultes et de 4 mineurs a été rapatriée en Guyane, suite à la l’interpellation de leur député, Gabriel SERVILLE, de la mairesse de Cayenne, Laure Phinera Horth, du Sénateur Antoine Karam, du président de la CTG, Rodolphe ALEXANDRE, ainsi que de nombreux militant.e.s anonymes. Pour les 33 Guyanais.es resté.e.s sur place, les conditions de vie s'améliorent, bien que dorénavant, l'Etat refuse que les militants leur apportent des vivres. Cela passe désormais par la sous-préfète, laquelle est directement en contact avec eux/elles. 
Voici la question que posent, sans relâche, les personnes confinées : "A la fin du confinement, comment rentrerons chez nous ? Via un vol régulier Air France ou via un avion affrété par la Collectivité territoriale de Guyane ?". Cette question reste, à ce jour, sans réponse, bien que le Président de la CTG, Rodolphe Alexandre, se soit engagé à privilégier la seconde option. 


Aucun contrôle médical régulier (prise de température toutes les deux heures) n’a été mis en place, et les personnes confinées ont du laver (à l’eau de javel) leurs logements, par leurs propres moyens. Pour ce qui est des conditions de confinement, ils/elles sont 5 ou 6 par logement, ce qui est propice à la propagation du virus, et vide de sa substance le principe même du confinement.  Pourtant, la première réunion de crise a eu lieu le 25 février, à la préfecture, c’est au cours de celle-ci qu’à été construit le plan hébergement des victimes, au Vauclin. Le préfet reconnait que « Les conditions d’accueil étaient un peu sommaires… et que ses services « n’ont pas été parfaits »… Il serait peut-être idoine de présenter des excuses publiques à ces personnes confinées qui n’ont pu subvenir à leurs besoins que grâce à un système d’entraide, très bien ficelé d’ailleurs, entre ressortissants des « départements » d’Outre-Mer.

Grâce à la solidarité, la vie s'organise

 

 

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Dimanche 15 Mars, des activistes ont exigé du Préfet qu’il les reçoivent :

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Il reconnait qu’ils font « connaissance dans de mauvaises circonstances, suite aux événements du 29 février ayant eu lieu à l’aéroport », jour de sa prise de fonctions. Pourtant, nous avions sollicité la venue du Préfet et des services de l’ARS, mais nous avons eu droit à une orde de CRS qui n’ont cessé de gazer les militants, en plein visage, toute la journée durant. Les militant.e.s, endossant leur habit de citoyen.ne martiniquais.e, ont formulé des doléances, notamment quant aux mesures de confinement instaurées par la préfecture et l’ARS : « Les îles indépendantes autour de nous on pris des mesures drastiques qui leur ont permis de se prémunir de la situation de crise que nous vivons. Nous sommes des émissaires, nous voulons des réponses concrètes, vous faites une déclaration dans les médias car de cette réunion il en dépendra l’avenir de la Martinique, prenez une décision ce soir et la bonne. Votre prédécesseur a commis de nombreuses maladresses… Nous vous accueillons mais ne refaites pas les mêmes erreurs que Franck Robine. Quand on vit sur une île, fermer les frontières est impératif dans ce cas de figure, c’est une mise à mort de la population sinon… ».  

Le Préfet avoue « J’ai bien le sentiment que la balle est dans mon camp, je crois que la meilleure protection contre ce que vous nommez la colonialité du pouvoir c’est justement qu’on soit dans un système national et que ça ne soit pas le gouverneur, qui, dans son coin, décide. L’histoire a montré que lorsqu’un gouverneur décide seul dans son coin, ça ne fonctionne pas, donc j’assume totalement d’être dans un plan global et d’avoir des ministres auquel je rends compte et qui me donnent des instructions et des marges de manœuvre … Les gens sont ils encore dans l’ignorance ? ». 

« Oui car vous avez été si laxistes que les gens ne prennent pas la menace au sérieux », sentiment que partage le préfet. L’un des représentants syndical du personnel soignant soutient que « Le guide n’est pas respecté : à Trinité un patient a été hospitalisé et a été au contact de 19 personnels soignants et, personne n’a osé leur dire que ce patient était infecté, donc nous avons 19 agents dans la tourmente. Nous constatons que nos collègues exercent toujours, ils ne sont pas en congés maladie. Le personnel est aux abois, il y a déjà une vive tension au sein des hôpitaux, comment peut-on envoyer des masques en Chine et ne pas en envoyer dans les Outre-Mer ? » Deux masques sont présentés au préfet, qui se contente de lâcher un « ouais »  sourd et consterné… « Il n’est pas normal qu’une infirmière garde son masque 12h alors même que les masques ne sont plus efficaces après 3h, il n’est pas normal que nous n’ayons plus de masques. 

Comment faire pour gérer la femme qui est décédée dimanche dernier ? Ces agents là n’ont pas reçu de formation d’hygiène adaptée à la situation ! J’ai appelé mon Directeur général adjoint  afin de lui dire qu’il était hors de question que mes 54 agents y aillent, ils auraient du être formés à la gestion du COVID-19 en amont, par sur le tar. C’est lorsque l’on a un décès que l’on décide de faire une formation. Comment l’ARS peut-elle se permettre d’être aussi irresponsable? Je veux que mes collègues soient formés aux décès des personnes atteintes par le COVID-19 et les que les pompes funèbres le soient également. Cette dame est décédée, on la met à la morgue du CHU, nous n’avons que 17 casiers, cette dame doit être mise en cercueil, dans une boite fermée. A-t-on réquisitionné deux ou trois organisations de pompes funèbres pour s’occuper du volet décès qui se profile déjà ? ». 

Le Préfet, l’air grave prévient qu’il « Ne faut pas présumer de nos forces et je pense que nous en avons peu, donc je partage votre sentiment sur le fait que nous ne sommes pas prêt… Je ne joue pas au matador sur le sujet, ma communication est assez humble depuis le début, car je sais que nous nous sommes (que vous nous avez) considérablement exposés au COVID-19 avec ces affaires de croisière. Comme vous, je suis inquiets … On a un système insulaire donc il faudra compter sur nous mêmes, vous ne nous ferez pas dire que l’on peut dormir tranquille et qu’on a la baguette magique, soyez rassurés on a la solution, vous ne m’entendrez jamais dire ça et je ne l’ai jamais dit, depuis le début. Nous découvrons la forme de la maladie et ses modes de transmission au fil de l’eau, les solutions qui ont marché ou non chez les autres. Il y un plan renfort de l’hôpital, un plan nombreuses victimes, un plan épidémie, mais les plans sont des plans… ». M. Stanislas Cazelles reconnait qu’à propos de l’hôpital, « sur la formation des personnels, sur la gestion des corps » il n’est pas en mesure de nous apporter de précisions » car il n’aurait « pas plus de réponse que » nous. Il est préoccupé quant au fait de savoir si nous disposons « d'entrepôts frigorifiques, de chambres funéraires en taille suffisante pour les grandes catastrophes. Il faut qu’on creuse ».

Sur les frontières :  Les croisières de plus de 100 passagers ont été suspendues. Le préfet s’est engagé à se pencher sur le cas des « croisières restantes » et « s’il faut dire à des bateaux provenant de pays pas sérieux ou des bateaux poubelles de rembourser chemin, on les arrêtera. J’ai la possibilité de faire plus strict que les mesures nationales prises par le Président de la République, on appliquera des interdictions casuistiques ».
D’ailleurs, en comptant le personnel des bateaux de croisière, nous sommes à plus de 100 passagers, mais le Préfet préfère relativiser car nous avions d’énormes bateaux de 3 000 ou 4 000 personnes » qui débarquaient plusieurs fois par semaines au port de Fort-de-France. « On a interdit le mouillage, les débarquements aux Trois-ilets, au Marin, ils viennent tous à Fort-de-France. Le Club Med a annoncé 200 passagers français et veulent venir lundi » ce avec quoi il est d’accord s’il a « la liste des avions qui viennent les chercher. Ils vont accoster et repartir, c’est un cordon sanitaire » qui nécessite « d’être au point sur le fait de savoir si les chauffeurs de bus suivent une procédure de décontamination des bus ». 

Le Préfet confie que « l’affaire des 800 confinés est un de nos points de fragilité ». La Ministre des transports a annoncé la fin des grands vols internationaux longue distance (au cas par cas) « on gardera quelques vols car nous n’arriverons pas à fermer complètement les territoires ». Ce soir, il « reçoit le directeur général de l’aéroport et les compagnies aériennes pour décliner, avec eux, et strictement, cette règle, il n’y aura pas une règle plus souple pour l’outre mer. Les vols Paris - Fort-de-France seront moins fréquents. C’est la fin des déplacements d’agrément et de confort, c’est fini. Les déplacements strictement professionnels sont maintenus et les famille séparées ayant besoin de se retrouver pourront le faire. ». 

Quelles mesures seront prises pour dépister les voyageurs, hormis la prise de température ? M. Cazelles nous répond que « C’est ça l’hypothèse de travail, c’est confiner tous les arrivants 14 jours, ça n’est pas décidé car on est pas certain, je préférerai qu’on limite les entrées plutôt que de croire qu’on va confiner les gens à leur arrivée ». Car, « la prise de température semble être une meilleure idée au port qu’à l’aéroport, d’autant plus qu’ils ne restent que 24h au port et donc s’ils sont contaminants, toussent, crachent, ont de la fièvre, ils restent sur le bateau ». Ces mesures ne permettent pas d‘intercepter les passagers qui prenaient du paracétamol, par anticipation, pour pouvoir faire escale en Martinique.  Mais le préfet « ne pleurera pas de l’irresponsabilité collective des gens ». Je pleure de l’irresponsabilité du préfet.

Guilaine Sabine a un père âgé et, « sa servante a voyagé à bord de l’un des paquebots litigieux, est rentrée dimanche et était chez mon père le lendemain ». L’ARS ne communique pas ou mal sur le fait que les personnes étant au contact des personnes âgées ou des personnes fragiles peuvent obtenir un arrêt maladie de 20 jours, indemnisés. « La servante de mon père n’est pas condamnable, elle est ignorante, où est le protocole que l’ARS est censé fournir ? ». 

Monsieur Cazelles souhaite que nous l’aidions à responsabiliser les personnes confinées à domicile, à prôner la solidarité et la fraternité autour de nous. Tous les jours une cellule de 20 fonctionnaire appelle les 846 personnes confinées, au bénéfice desquelles aucun système de portage de repas n’a été mis en place. Du fait de la peur d’être cotnaminé.e.s, certain.e.s voisin.e.s refusent de venir en aide aux personnes ayant voyagé sur un bateau COSTA ou MSC. Le Préfet en appelle à la responsabilité et au sens commun de chacun : nous devons aider nos voisins en allant faire leurs courses s’ils ne sont pas en mesure de le faire, car refuser, c’est prendre le risque qu’ils bravent les mesures d’auto-confinement et qu’ils contaminent d’autres personnes. Faire des courses au bénéfice de quelqu’un d’autre, les déposer devant sa porte n’est pas grand chose, et pourtant, je crois qu’il est question d’un geste solidaire pouvant épargner de nombreuses vies. Certes, il doit revenir aux autorités municipales et aux pouvoirs publics d’organiser le portage de repas de ces personnes, mais si nous attendons que les autorités étatiques nous viennent en aide, nous aurons le temps de décéder, deux fois plutôt qu’une. 


Lors de la campagne électorale des candidats, dans le cadre du premier tour des élections municipales (qu’il était juste fou de maintenir, soit dit en passant), ceux-ci ont été à même de claironner, à l’aide de voitures et de mégaphones, dans tous les quartiers de la Martinique, toute la journée durant. Ne pourrait-on pas songer à mobiliser ces équipements, aux fins de diffusions d’annonces, afin d’encourager la solidarité dans les quartiers ? Il faut encore demander à celles et ceux qui sont confiné.e.s d’être responsables. Hier encore, confie le Préfet « une journaliste de Martinique 1ère radio embrassait ses collègues. Je suis allé à une veillée, 600 personnes s’embrassaient… ». Tout cela est la preuve de l’échec de la préfecture et de l’ARS en matière de communication sur le COVID-19. La meilleure protection reste les mesures barrières consistant à se laver les mains, à tousser/éternuer dans son coude, à éviter tout contact physique avec qui que ce soit, à garder une distance de sécurité d’un mètre cinquante entre chaque personne, à se CONFINER TOTALEMENT POUR 15 JOURS MINIMUM, à ne se déplacer qu’en cas d’extrême urgence ou de première nécessité (courses, soins).

L’échange touche à sa fin et M. Stanislas Cazelles soutient « travailler pour le pays, qu’il n’y ait pas de doutes. Le fait que nous sommes dans un système global, c’est la garantie des libertés ».

Le Lundi 16 mars, à 20h00, soit le lendemain de l’entrevue susvisée avec M. Cazelles, les « préfets de Guadeloupe et de Martinique communiquent sur l'application des mesures gouvernementales aux restrictions du transport aérien.

1/ Les vols d'agrément (tourisme, visites amicales, participation à une cérémonie familiale...) à destination de la Guadeloupe et de la Martinique seront interdits dans les 48 heures.

A compter de cette date ne seront plus autorisés que les transports pour le regroupement des familles avec enfants ou personnes à charge (étudiants, personnes dépendantes...), aux obligations professionnelles strictement nécessaires pour la continuité des services essentiels et aux impératifs sanitaires. Les compagnies aériennes s'assureront du respect de ces conditions.

Les personnes arrivant en Guadeloupe et en Martinique seront soumises aux restrictions de circulation imposées à toute la population. 

2/ Au départ de la Guadeloupe et de la Martinique, les vols vers l'hexagone seront maintenus jusqu'à dimanche minuit. 

Les capacités de transport seront ensuite réduites aux mêmes trois critères que pour les vols vers ces territoires. 

3/ La continuité aérienne entre les 5 territoires français (Saint Martin, Saint Barthélemy, Guadeloupe, Martinique, Guyane) sera réduite aux mêmes trois critères ».

 

Vous l’aurez compris : il est primordial de RESTER CHEZ VOUS, de vous LAVER LES MAINS REGULIEREMENT, et de PRENDRE SOIN DES PERSONNES QUI VOUS ENTOURENT (en respectant les mesures de distanciation sociale : aucun contact physique n’est permis), VEILLEZ AUX PERSONNES FRAGILES ET/OU ISOLEES SANS LES METTRE EN DANGER.

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