Le contentieux Venezuela-Colombie: la drogue

Pour les journalistes qui veulent faire un véritable travail d'investigation sur les problématiques de la région, du grain à moudre ci-dessous à travers un article du média Misión Verdad, un media parmi tant d'autres -dont beaucoup d'opposition- existant au Venezuela...
  • "Le Venezuela représente-t-il un obstacle pour le trafic de drogue colombien ?

    Non seulement ce pays contrecarre les tentatives d'alignement géopolitique impulsées par les grandes corporations de la globalisation sous le couvert de l'administration Trump, mais il sabote aussi le marché du narcotrafic...

    Le récit dominant qui présente le Venezuela comme un pays phare dans le développement international du narcotrafic, occulte que la Colombie, en quelques années à peine, a augmenté de plus de 50% la superficie consacrée à la culture de la coca; l'ONU précise qu'elle est passée de 96 000 ha en 2015 à 146 000ha en 2016 ! C'est pourtant dans ce pays que la DEA (Agence étatsunienne anti-drogue) dit être à la pointe du combat contre le trafic de drogue !

    Une lutte fructueuse, et sans la DEA...

    Le général vénézuélien Juan Pedro Grillo Gonzalez, chef du Bureau National anti-drogue (ONA), précise qu'au même moment, et alors que les conventions avec la DEA étaient caduques depuis 2005, le Venezuela augmentait de 209,66% les saisies de drogue.

    Ce sont près de 110 parrains de la drogue ou liés au blanchiment d'argent qui ont été capturés depuis cette époque, entre autres : Diego Pérez Henao, Maximiliano Bonilla alias « el valenciano », les frères Hector et Nelson Buitrago Parada alias « Martin Llanos » et « Caballo », le colombien Daniel Barrera Barrera alias « el loco », et dont la capture à San Cristobal, état du Tachira, a motivé la reconnaissance et les remerciements du président colombien Juan Manuel Santos ; n'oublions pas non plus la détention de l'italien Genco Fara Vito, soupçonné d'être un membre de la mafia sicilienne Cosa Nostra.

    L'entrepreneur espagnol Rafael Rubén Nuñez Cencerrado, activement recherché en Espagne, a également été arrêté au Venezuela car il était accusé d'être lié aux parrains des principaux cartels colombiens de la drogue.

    Jorge Milton Cifuentes, alias « JJ » ou « Jota », recherché par les USA a été appréhendé, lui, dans l'état vénézuélien d'Anzoatégui ; le même sort a été réservé à Vasily Kotosky Villaroel Ramirez, fiché rouge par Interpol et les USA : c'était le financier clandestin et le recycleur des capitaux illicites du cartel mexicain de Sinaloa, dirigé par le très médiatisé parrain Joaquin « El Chapo » Guzman.

    Selon l'organisme onusien World Drug Report dans son rapport publié en 2016, le Venezuela a figuré parmi les 10 pays avec le plus fort taux de saisie de drogue au monde durant ces 8 dernières années ; le pays est par ailleurs au 6e rang des pays d'Amérique latine dans la lutte anti-drogue.

    En 2017, le Bureau vénézuélien anti-drogue a recensé 5 905 procédures liées à la répression du trafic de drogue, la saisie de 40 tonnes de substances illicites et la confiscation de 773 propriétés appartenant aux organisations mafieuses, ce qui représente un coup décisif porté par les forces de sécurité à cette activité . La corruption n'est pas en reste : de nombreux fonctionnaires des services portuaires et aéroportuaires ainsi que des membres de la Garde nationale Bolivarienne impliqués dans ces réseaux et activités ont été neutralisés.

    Quelles décisions stratégiques sous-tendent ces succès ?

    Le Venezuela a certes distendu, voire rompu, ses liens avec la DEA, mais le pays continue à respecter quelques 50 accords internationaux de répression contre les trafics de substances illicites avec près d'une quarantaine de pays; il collabore pleinement avec la Commission Interaméricaine sur le contrôle de l'abus des drogues, un organisme qui dépend de la OEA (Organisation des Etats américains), également avec la Commission onusienne sur les stupéfiants et enfin avec Interpol. Le Venezuela est partie prenante de la Convention des Nations Unies contre le trafic illégal de stupéfiants et de substances psychotropes, et de la Convention unique des Nations Unies sur les stupéfiants.

    En 2010 le Groupe des pays d'Amérique latine et des Caraïbes a souligné les efforts importants consentis par le gouvernement bolivarien : l'installation et le fonctionnement sur le territoire national de 10 radars a permis le contrôle de l'espace aérien, la destruction de pistes clandestines et a réduit considérablement tout trafic opéré par voie aérienne.

    Sur le plan de la répression une nouvelle loi organique anti-drogue a vu les peines de prison passer de 8 à 30 ans pour sanctionner le trafic clandestin de drogues et tous les délits annexes.

    Les politiques menées ont été telles que ce sont pas moins de 100 avions qui ont été neutralisés alors qu'ils violaient l'espace aérien vénézuélien pour mener à bien le trafic ; 30 d'entre eux l'ont été dans le cadre de la Loi de Contrôle et de Défense de l'intégrité de l'espace aérien votée en 2012. L'ensemble du dispositif législatif, technique et humain mis en œuvre a ainsi contribué considérablement à la neutralisation et à la dissuasion de toute opération de trafic via les airs.

    Ajoutons à cela les manœuvres conjointes des 4 corps de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) pour maintenir le pays libre de cultures prohibées. Des dizaines de laboratoires clandestins de traitement, proches de la frontière avec la Colombie, ont ainsi été démantelés : par exemple et concrètement, lors de l'opération « Tornade 2 » ce sont des installations et pas moins de 26 laboratoires clandestins qui ont été localisés à 700 mètres à peine de la frontière colombienne, sur le territoire de la commune Jesus Maria Semprun !

    Désinformer pour mieux jeter le discrédit sur le Venezuela...

    Les gouvernements étatsuniens successifs n'ont cessé de vilipender le Venezuela en accusant unilatéralement et injustement le pays et ses dirigeants de ne pas coopérer dans la guerre anti-drogues.

    La classe politique colombienne n'a pas été en reste puisqu'elle a redoublé d'accusations contre le Venezuela ; en prime la dernière campagne électorale colombienne a été marquée par des attaques frontales contre la Révolution bolivarienne. Cette caste politique a utilisé les difficultés économiques qui fragilisent le Venezuela comme rideau de fumée pour occulter les famines, assassinats politiques et des déplacements forcés de populations qui ont régulièrement lieu sur le propre territoire colombien; ces problèmes résultent de choix économiques qui bénéficient certes à l'élite sociale colombienne, mais surtout qui intègrent comme paramètres la production et l'exportation de drogues vers le premier pays consommateur au monde : les Etats-Unis !

    En novembre dernier, le président Maduro a sommé le président colombien Juan Manuel Santos d' « expliquer devant l'ONU et devant le monde pourquoi sous son gouvernement la production de cocaïne a augmenté significativement » et de s'interroger sur ce que diraient les Etats-Unis et l'Union Européenne si cette même augmentation de production avait eu lieu au Venezuela ! « Ils ne se tairaient sûrement pas, comme ils le font actuellement avec la Colombie ! »

    Parmi toutes les attaques portées contre le Venezula, qui vont depuis le blocus de fonds financiers, d'approvisionnements de médicaments ou d'aliments, jusqu'à l'embargo contre des sportifs vénézuéliens, a sournoisement germé et prospéré l'expression d' « Etat narco » pour parler du Venezuela ; l'objectif évident n'est autre que de délégitimer et nier les succès anti-drogues décrits plus hauts. Les chiffres parlent et mettent bien en évidence que les élites politico-sociales et financières des Etats-Unis et de Colombie ont un intérêt certain dans un business aussi rentable que le trafic de substances illicites. La demande aux Etats-Unis est importante et l'offre colombienne tout autant, mais les politiques menées avec succès par le Venezuela sont un réel obstacle qu'il faut éradiquer.

    Les dernières estimations soulignent que 80% de la drogue produite en Colombie passe désormais par le Pacifique, pour éviter les contrôles mis en place par le gouvernement vénézuélien dans sa zone maritime caribéenne. Même si l'échec de la lutte globale contre le trafic de drogue est toujours en débat, le Venezuela se protège de l'encombrant voisinage de cette usine mondiale de drogue qu'est devenue la Colombie. Il y a lieu d'éviter à tout prix que le discours mensonger contre le Venezuela ne prospère car c'est une intervention militaire, comme l'invasion du Panama en 1989, qui est à la clé : la vraie menace est là !"

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