Le parcours du combattu des enfants d'Outreau

Je me permets de publier une lettre écrite par la personne chez qui loge actuellement à titre gracieux Jojo, 3ème de la fratrie Delay , enfant martyr de l'affaire d'Outreau, et reconnu victime comme 11 autres enfants. On peut se poser bon nombre de questions quant à la raison réelle des obstacles rencontrés tout au long de leur chemin. Ce n'est plus un parcours du combattant mais un parcours du combattu.."On" voudrait pousser ces petits à la délinquance et à la rébéllion, on ne s'y prendrait pas autrement...Mais dans quel but?

Jojo, 3ème enfant de la fratrie Delay © Jojo-facebook Jojo, 3ème enfant de la fratrie Delay © Jojo-facebook

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Chère Amie,

 Je t'écris encore une lettre afin de me permettre d'évacuer mon ras le bol concernant la façon outrancière avec laquelle sont traités les petits.

 Je t'avais déjà expliqué les différentes difficultés concernant Jojo pour qu'il puisse reprendre des études ou s'inscrire dans une formation.

Il pourrait commencer un essai chez un artisan ce qui nous contraindrait à le conduire tous les jours à 3 heures 30 du matin et à la récupérer à 20 minutes de la maison.

Nous nous y engageons puisque c'est pour son bien.

 Toutefois, nous sommes dans une impasse : il ne peut toujours pas s'inscrire dans le centre de formation tant qu'il n'a pas ses 3 derniers bulletins scolaires.

 Rien de plus facile vas-tu me dire pour récupérer ces bulletins, un simple coup de fil au dernier établissement scolaire et les bulletins seront récupérés...

 Il n'en est rien.

 J'avais déjà contacté le tout dernier établissement scolaire de Jojo, où une personne très aimable m'avait dit être étonnée de trouver un dossier vide.

Je me suis donc tournée vers le foyer belge où le petit avait été envoyé – soit disant pour le protéger, (mais c'est incohérent puisqu'il avait été placé dans une famille d'accueil d'Outreau quand l'affaire a éclaté) . Après une hésitation qui peut se comprendre, la personne au téléphone m'a dit qu'elle allait en parler à qui de droit, mais au final, c'est une réponse négative qui nous a été donnée.

 Cela peut s'entendre encore une fois, aussi , il nous a paru normal que Jojo leur téléphone, d'autant plus qu'il est majeur.

 Quelle ne fut pas notre surprise quand la même personne lui a dit qu'elle ne lui communiquerait rien tant qu'il n'accompagnerait pas sa demande d'une autorisation écrite de la part de sa dernière référente. Bien que Jojo lui ait rappelé qu'il était majeur et que c'était bien son nom qui était porté sur le dossier en question, la personne a écourté l'appel téléphonique , se montrant désagréable, limite incorrecte, et a raccroché.

 Parallèlement, j'avais envoyé de la part des petits, un courriel par le biais du site internet du foyer, pour réclamer les dossiers. L'établissement a répondu par écrit encore une fois par la négative : pas d'autorisation écrite, pas de dossier.

 Jojo a essayé plusieurs fois de téléphoner à son ex-référente pour obtenir cette autorisation, Madame E. mais celle-ci reste injoignable.

 Mademoiselle B. quant à elle, bien que je ne lui avais rien demandé, m'avait faite savoir en juin, par l'intermédiaire de Madame F. qu'elle ne « s'occupait » plus des petits.

 Vers qui se tourner pour obtenir ces 3 malheureux bulletins scolaires ?

 La conseillère de la Mission Locale elle-même n'a pas pu les avoir. Par contre, Serge S. le responsable de l'établissement belge ne s'est pas gêné pour salir Jojo, le décrivant des pires adjectifs qui soient auprès de la conseillère de la Mission Locale.

 Excédés, nous avons donc réitéré notre demande du dossier scolaire auprès de la personne du CG qui a été indiquée aux petits pour qu'ils récupèrent leur dossier administratif.

 Celle-ci a envoyé à Jojo le seul bulletin scolaire dont dispose le CG, qui date du premier trimestre de l'année scolaire 2009-2010 et lui a répondu qu'il n'était pas utile d'avoir une autorisation écrite officielle de la part du CG puisqu'il était majeur !

 L'établissement belge refuse de délivrer les bulletins scolaires (même à la conseillère de la Mission Locale) sans autorisation écrite du CG et le CG se dédouane de ce courrier prétextant que Jojo est majeur et n'en a donc pas besoin.

 Vois-tu comme moi le désert dans lequel ces petits tournent en rond ? Pourquoi est-ce si difficile d'obtenir ce qui devrait déjà leur être restitué ?

 Il y a urgence à récupérer ces bulletins scolaires, car sans cela, Jojo ne peut pas s'inscrire sur un centre de formation  !

 Il est suffisamment malaisé que les petits n'aient pas été recensés, qu'ils n'aient pas fait leur journée nationale de l'appel à la défense, qu'ils ne puissent permettre aux médecins qui les suivent une consultation de leurs antécédents thérapeutiques, qu'ils ne puissent espérer entrer dans une administration quelconque car ils n'ont pas le brevet des collèges (ayant fait des études en Belgique), qu'ils aient à passer leur ASSR en s’inscrivant dans un Greta situé à une centaine de kilomètres de chez nous, alors que tous les autres collégiens de France et de Navarre l'obtiennent dans le cadre de leur scolarité sans qu'en plus ils aient à faire autant de démarches pour pouvoir s'inscrire dans un centre de formation professionnelle.

 Ce qui est aussi très choquant, c'est de constater que le CG n'a pas les bulletins scolaires de Jojo. Sa scolarité ne les intéressait donc pas ?

 Quand Myriam Badaoui, leur tortionnaire – non repentie- a suivi des formations pendant ces maigres années d'incarcération, a-t-elle eu pareilles difficultés pour s'inscrire ?

 Quand cette criminelle condamnée pour des monstruosités sans nom est sortie de prison, a-t-elle connu une insertion sociale aussi ardue que les petits qui sont ses victimes ?

 J'essaye avec objectivité de comprendre pourquoi un monstre notoire est accompagné à tous points de vue pour réapparaître aux yeux de la population « changé » par ses années de répression (alors que les propos tenus à Chérif et ses récentes actions vis à vis de lui démontrent qu'elle a empiré) , comme s'il fallait « oublier » ses abominations et lui laisser une seconde chance, alors que les petits n'ont pas droit à une première chance !!!

Quand je compare le traitement de faveur accordé à Myriam Badaoui et la façon dont on s'occupe des enfants qu'elle a massacrés, je ne vois que des incohérences dont le fondement me donne des frissons. Penses-tu à la même chose que moi ?

 Je t'embrasse

 

 

 

 

 

 

 

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