Coup d'État imminent au Pérou

Plus de trois semaines après les élections présidentielles au Pérou, bien que le candidat marxiste ait remporté le scrutin, aucun vainqueur n'a été déclaré officiellement. Le flou règne et les risques de coup d'État augmentent. Un article Kawsachun News.

Source : The Imminent Coup In Peru - Kawsachun News - 26 juin 2021

Les manœuvres juridiques et les retards, présentés par l'extrême-droite, rapprochent chaque jour un peu plus le Pérou d'un coup d'État. Cela fait 20 jours que les élections du 6 juin ont eu lieu au Pérou, et les autorités n'ont toujours pas proclamé le vainqueur, Pedro Castillo.

Selon la loi, le nouveau président doit être proclamé avant le 28 juillet, et si le flou persiste jusque-là, le processus électoral devra être annulé et le coup d'État sera entériné. 

Le candidat de gauche Pedro Castillo a remporté l'élection présidentielle au Pérou, obtenant 50,125 % des voix, soit 44 000 voix de plus que la candidate d'extrême droite Keiko Fujimori. Fujimori a présenté un certain nombre de motions visant à annuler les votes dans les provinces qui ont donné une victoire écrasante à Castillo, en invoquant l'existence "d'irrégularités". Ces motions ont été analysées et rejetées par les autorités électorales. Néanmoins, aucun vainqueur n'a été officiellement déclaré président élu. 

Keiko Fujimori Keiko Fujimori
Dans la rue, des officiers militaires à la retraite ont organisé des rassemblements à Lima pour demander un coup d'État afin d'empêcher Pedro Castillo de prêter serment. Cela fait suite à de nombreuses lettres demandant la même chose. Un grand nombre des législateurs du Congrès qui seront chargés d'élire un président après le 28 étaient présents à ces marches. 

Les autorités électorales du Pérou ont ensuite été frappées par une autre bombe provenant des partisans de Fujimori. Le jeudi 24 juin, des fuites de documents audio de Vladimiro Montesinos, le bras droit emprisonné de l'ancien dictateur Alberto Fujimori, ont révélé d'importantes tentatives d'ingérence de sa part dans le Tribunal national électoral (JNE) et une possible collusion avec l'ambassade des États-Unis.

Sur la bande audio qui a été divulguée aux médias on entend Montesinos donnant des instructions aux membres de l'équipe de Keiko Fujimori, les informant qu'un de ces amis a des relations avec trois membres du JNE et que cela devrait être exploité pour aider Fujimori. La remarque finale de Montesino sur l'audio est la suivante :

"Il n'y a pas d'autre moyen, il n'y a pas d'autre moyen parce que cela fait longtemps maintenant... sur la question de l'ambassade américaine... ils ont dû gérer cela différemment. Vous pouvez toujours faire le truc de l'ambassade, comme je vous l'explique... mais dites clairement au père [Alberto], ou à la fille [Keiko], comprenez, je ne sais pas à qui vous parlez... je ne veux pas être mouillé... nous essayons d'aider dans un but commun. Qu'est-ce que j'en retire ? Rien. Je ne suis pas intéressé et je ne vais jamais leur demander quoi que ce soit non plus, j'essaie juste d'aider parce que sinon ils sont foutus, la fille va finir en prison... c'est la situation, non ?".

Montesinos est actuellement en prison pour corruption et violations des droits de l'homme pendant la dictature de Fujimori et est détenu dans une base navale. La marine péruvienne a reconnu que Montesinos a bien passé des appels téléphoniques à la date en question, à un numéro enregistré au nom de sa femme, mais qu'une enquête est ouverte pour déterminer s'il a effectivement parlé avec les personnes non autorisées qui apparaissent dans le fichier audio.

Pedro Castillo Pedro Castillo
Alors que les forces qui soutiennent Keiko Fujimori font pression sur les autorités électorales, les partisans de Pedro Castillo se mobilisent également dans les rues de Lima et affirment qu'ils ne partiront pas tant que Castillo n'aura pas prêté serment comme président. 

La vice-présidente élue Dina Boluarte a dénoncé la tentative de coup d'État en cours de Fujimori, déclarant lors d'une conférence de presse vendredi : "Il y a une bande criminelle organisée qui travaille pour générer un coup d'État, en prétendant qu'il y a eu une fraude, ce qui a été totalement écarté."

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