Monsieur le Premier Ministre,
Le 18 juillet, en présentant vos propositions pour le budget, vous avez souligné qu’il n’y avait pas de majorité à l’Assemblée nationale. Face à cette situation totalement inédite, il ne peut être qu’instructif de s’intéresser aux conséquences, sur le déficit budgétaire et la dette, des politiques conduites par les différentes majorités parlementaires et leurs gouvernements (1).
Ces 50 dernières années, la dette publique brute a connu une des plus fortes progressions — soit 18,9 points (de 41,4 à 60,3 % du PIB) — en 1996, avec un déficit budgétaire encore à 3,9 % du PIB. Or, 1996 était la dernière année de plein exercice de la majorité parlementaire élue de mars 1993 à juin 1997. Vous étiez alors, Monsieur le Premier Ministre, pleinement solidaire et responsable de cette politique puisque vous étiez Ministre de l’Éducation nationale.
À l’inverse, en 2001, avec la gauche plurielle élue de juin 1997 à juin 2002, et son gouvernement dirigé par le Premier ministre Lionel Jospin, la dette a baissé de 1,3 points (de 60,3 à 59 % du PIB). Le plus remarquable, c’est que cette année-là, le déficit budgétaire a été ramené à 1,4 % du PIB — soit le niveau le plus bas, et de loin, depuis 1981. Rien à voir avec le déficit prévu pour 2024 : 5,8 % du PIB.
La politique de la gauche plurielle, et de son gouvernement que j’ai soutenu en tant que député en votant tous les budgets, a sans doute trop souvent cédé sous la pression du libéralisme financier voulu par l’Europe, se privant ainsi de crédits publics supplémentaires. Il reste que sa grande efficacité dans la lutte contre le déficit budgétaire ne peut être que porteuse de quelques enseignements dans ce domaine.
Vous préconisez une politique de vérité, et vous précisez que la vérité doit être le critère qui guide l’action. Monsieur le Premier Ministre, vous devez donc tirer les leçons qui s’imposent de l’échec considérable, pour la dette publique et le déficit budgétaire, de la politique menée lorsque vous étiez au pouvoir. Vous ne pouvez, comme vous le proposez, poursuivre — en l’accentuant — une politique qui a généré une des plus fortes hausses de la dette publique de ces cinquante dernières années.
Renforcer cette politique d’austérité, comme vous le demande la Commission européenne dans différents courriers, ne peut qu’aggraver la situation. On ne stoppera le déficit budgétaire, comme vous le prétendez, qu’en stoppant immédiatement la politique de récession. Celle-ci est reçue par le peuple comme une politique d’agression contre ses acquis les plus essentiels.
Ce que le peuple français est en droit d’attendre, c’est une politique où l’argent public doit : privilégier la relance de la consommation des ménages ; cesser, en France comme en Europe, de financer les stratégies financières et spéculatives de grands groupes ; soutenir massivement la production dans des secteurs vitaux — la santé, le logement, l’alimentation, les transports...
C’est en répondant aux attentes du peuple que l’on construira une société équilibrée économiquement.Espérant que vous prendrez connaissance de mes observations, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Monsieur Pierre CARASSUS
Maire Honoraire de Vaux-le-Pénil
Conseiller Général de Seine-et-Marne de 1982 à 1994
Député de 1995 à 2002 – 3ème Circonscription de Seine-et-Marne
Copie de ce courrier est envoyé à Madame la Présidente de l’Assemblée Nationale, et aux Présidentes et Présidents de groupe de l’Assemblée Nationale.
(1) Informations contenues dans un document publié par Le Monde en mars 2024 : « Visualisez l’évolution de la dette et du déficit français depuis 1980 »