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Billet de blog 26 oct. 2016

Grèce: Et là, j'ai découvert l'industrie de la misère

La Caravane sud consacrait une partie de son convoi pour le transport de fournitures aux structures qui prennent en charge les migrants. Ce vendredi, nous nous sommes rendus dans 2 camps gérés par les ONG. Cette année, l'accès aux camps est bien plus rude, les entrées bien plus confidentielles.

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Ceux qui ont visité les camps, l'an dernier, ont pu le faire grâce aux accès rendus possibles par les bénévoles présents et impliqués. Chacun pouvait juger des actions mises en oeuvre et des manques. Les initiatives se construisaient selon ces constats, souvent par des structures ou des participants complètement bénévoles : soutien scolaire, délivrance et organisation de repas, recherche de solutions pour améliorer le cadre de vie...

Rendez-vous au plus vieux camp gouvernemental.

Le camp d'Eleonas, au milieu d'une zone industrielle agonisante © Carole Reckinger

Nous arrivons au premier camp, celui d'Eleonas. Il se situe dans une vieille zone industrielle depuis août 2015, probablement sur une parcelle municipale réquisitionnée, anciennement terrain-vague comme en témoigne la photo "Google Street" datant de 2014.

Les bâtiments environnants sont abandonnés ou prêts à l'être, symbole d'un développement passé comme en témoigne la photo de Carole Reckinger, ci-contre.

Google connait bien le camp : le GPS nous y amène rapidement, à moins de 15 minutes du centre-ville d'Athènes. Je reste stationné dans la rue pendant que le reste des chauffeurs de la Caravane Sud se renseigne pour accéder au camp afin d'y distribuer quelques biens. J'observe les allers-venues des migrants, facilement reconnaissables par leur look et les sacs recyclables qu'ils transportent. Je suis du regard des hommes, à l'allure plus nonchalante que celle des femmes et des enfants, se rendant dans le café avoisinant probablement pour y boire du thé d'après ce que j'aperçois.

On accepte que nous entrions avec les fourgons. Les interlocuteurs anglophones qui nous accueillent ne prennent pas la peine de se présenter. On devine qu'ils sont encadrants, employés par une des fameuses ONG dont chacune occupe un des bungalows modulaires ("Algeco") accolés au mur de clôture. Auprès d'eux, aucune de nos questions quant aux besoins, à l'organisation en place ou aux activités qui sont proposées aux migrants, ne trouve sa place.

Des mobil-homes de fortunes, alignés en rang d'oignons composent le camp d'Eleonas © Alkis Konstantinidis

Une impression ? L'absence de convivialité, aussi bien par rapport au lieu qu'aux échanges avec les salariés qui encadrent le camp. Un malaise quant au sentiment d'opacité. Mais aussi l'ennui. Ennui qu'on perçoit dans l'attitude des occupants du camp, comme si à part manger, fumer et dormir, il n'y avait rien à faire.

L'aménagement austère du camp, avec des mobil-homes en rang d'oignon, n'agrémente guère le décor.

Nous faisons l'effort d'ouvrir nos fourgons aux animateurs qui se sont approchés de nous. A leur demande, nous ouvrons plusieurs cartons pour qu'ils choisissent ce qui les intéresse.

Nous sommes repartis du camp seulement après un quart d'heure de présence.

Direction le camp d'Elliniko pour retrouver notre contact.

Le hall de l'ancien aéroport athénien d'Ellinoko, hébergeant désormais les bureaux d'une ONG au rez-de-chaussée. © Jocelyn Garcia

On s'est dit qu'en ayant une interlocutrice qui a travaillé dans les camps et qui dispose d'une accréditation pour l'accès, nous aurions plus de facilité pour cerner l'organisation et les activités qui y sont organisées. Mais les choses ont changé.

Depuis le plan global conclu par l'Europe avec la Turquie, les camps ont été repris en main par les seules ONG.

Mai 2016 : dans la banlieue d'Athènes, l'ancien aéroport Elliniko a été transformé en trois stades sportifs pour les Jeux Olympiques en 2004. Les infrastructures sont maintenant utilisés pour accueillir les hommes, les femmes et les enfants qui ont fui leur pays. © MSF

Terminées les initiatives des volontaires, finies les visites impromptues ! Désormais, une obligation préalablement validée, plusieurs semaines plus tôt, est impérative pour prétendre à se rendre et visiter un camp dans les détails. Nous sommes reçus par la Directrice du site qui nous explique ce qui se déroule sous le chapiteau extérieur. Plusieurs salariés de l'ONG sont assis devant un ordinateur, sur lequel une liste d'email est affichée. Devant eux, des migrants qui viennent se renseigner pour connaitre l'évolution de leur statut et donc de leur avenir. Nous n'aurons pas accès aux espaces d'hébergement, vraisemblablement composées de tentes d'après ce que des témoins nous ont dit.

Nous obtenons très peu d'information sur le fonctionnement du camp. Les enfants sont ceux qui sont le plus visibles. Ils s'amusent au ballon sur l'ancien parking de l'aéroport reconverti.

Avec les autres chauffeurs de la Caravane Sud, nous continuons à bavarder sur ce parking. Mais on nous suggère de manière relativement insistant, de regagner la sortie. Fatigués par une journée éreintante, c'est avec désinvolture que nous quittons le périmètre du camp avant de revenir en centre-ville.

Aussi perturbé que frustré par ces rencontres ? Qu'importe : j'apprends que la crise migratoire va finalement profiter à l'économie grecque.

En rentrant à l'hôtel, je tombe sur un reportage d'Euronews de la veille, qui explique que la crise migratoire profite à l'économie grecque. C'est le comble, la double peine pour moi. Comment peut-on trouver un bénéfice à la crise migratoire ? Veut-on me faire croire que c'est grâce à cet afflux migratoire incontrôlé que l'économie grecque va être sauvée ?

Puis, je m'interroge sur ce constat et je fais le lien avec ce que j'ai vu cet après-midi. Effectivement, on peut facilement imaginer que les ONG puissent devenir créatrice d'emploi local. Mais à quoi sont finalement consacrés les budgets lorsqu'on aperçoit les conditions d'accueil non adaptées à des êtres humains ? Comment interpréter le souhait de clandestinité sur les activités à l'intérieur des camps ? Pourquoi les bénévoles ne sont plus acceptés pour participer à la vie des camps ? Pourquoi a-t-on supprimé les modes de fonctionnements avec des prises de décision démocratiques sur un mode d'horizontalité ?

Face à ces questions, je ne peux m'empêcher de penser aux écrits de Julien SALINGUE qui, dans son ouvrage "La Palestine des ONG : entre résistance et collaboration", qui dénonce le rôle illégitime des associations, disposant de financements institutionnels.

...Et de constater, navré, qu'on trouve, ici aussi, le rôle des associations à but non-lucratif, ONG, comme sous-traitant de l'Etat.

Jocelyn.

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