Squats d'Athènes pour migrants : la Grèce résiste

Les vans se sont vidés petit à petit des matériels médicaux. Il reste les marchandises collectées pour soutenir les structures autogérées, qualifiées de squats par leur initiateurs. Nos contacts nous permettent de rencontrer les squats de Notara 26, City Plaza et l'ancien internat Yasmin.

Yannis & Maud du collectif tarnais ANEPOS (lire leur blog ici) nous ont organisé un rendez-vous afin de respecter le fonctionnement du squat. De nombreuses conditions ont été mises en place par l'équipe autogestionnaire de ce squat, occupant de manière tolérée mais illégale, l'ancien bâtiment du ministère du travail. Parmi les conditions particulières pour l'acceptation de marchandises et de dons extérieurs, c'est par exemple, n'établir le rendez-vous qu'en s'étant assuré de la concertation préalable de l'équipe d'organisation de l'établissement. Aussi, pour garantir l'intégrité des membres organisateurs, aucun contact téléphonique n'est possible pour gérer l’approvisionnement afin de ne pas permettre de détournement ou de revente.

Ces mesures ne doivent probablement pas être étrangères à l'attaque fasciste qui s'est déroulée fin août, mettant le feu notamment à une partie commune réservée aux enfants. Heureusement, aucune victime n'est à déplorer. Mais si les stigmates matérielles sont visibles dès qu'on arrive au 26 de la rue Notara, d'autres restent dans les esprits, aussi bien des équipes grecques d'encadrement que des migrants majoritairement kurdes et de leurs enfants.

C'est une peu comme si la guerre continuait...

L'infirmière nous confirme que les enfants ont eu complètement conscience de la signification de l'incendie.

Facade du rez-de-chaussée du squat Notara 26, avec les traces de l'incendie consécutif à l'attentat revendiqué par un mouvement fasciste. © Philippe Gasser Facade du rez-de-chaussée du squat Notara 26, avec les traces de l'incendie consécutif à l'attentat revendiqué par un mouvement fasciste. © Philippe Gasser

La collecte dont nous disposons peut leur convenir : vêtements, médicaments pour les premiers soins, lait pour bébé. Puis une aide financière sera la bienvenue, c'est Hélène et Solange de l'association Vivence qui complètent le don en espèce transmis de la collecte menée par Maud et Yannis par le biais du collectif auquel ils appartiennent.

L'immeuble, malgré l'incendie, continue à accueillir une centaine de réfugiés, dont une quinzaine d'enfants. On nous explique que les enfants sont scolarisés dans les écoles grecques dont l'enseignement est complété par des cours arabophones. La plupart des réfugiés garde espoir de passer soit en Allemagne soit en Angleterre. Beaucoup attendent des papiers afin d'être régularisés et rêvent à des jours meilleurs.

Christophe & Jocelyn.


Lundi, dernières livraisons, dernières rencontres... la Caravane n'aboie plus et les canidés passent leur chemin... des messages d'apaisement circulent maintenant sur la toile : non les médicaments et matériels stockés au Piree ne vont pas contribuer à em-pire(r) la situation, oui ils seront bien à disposition des dispensaires... ouf on respire , on n'est plus à cran , il n'y a plus d'accrocs -sauf Paul ;) Le message est clair : partez, NON ! Restez, OUI !

Livraison des fournitures à destination des migrants, hébergés au squat de Notara 26 © Philippe Gasser Livraison des fournitures à destination des migrants, hébergés au squat de Notara 26 © Philippe Gasser
Donc, l'esprit serein, nous rencontrons ce jour, suite aux conseils de Yannis, le squat de la rue Notara. L'accueil est d'abord méfiant (nous pensions être attendus... mais non !). Le squat qui a récemment fait l'objet d'une attaque au cocktail Molotov d'Aube Dorée (dont les traces d'incendie se voient toujours sur les murs) est sur ses gardes mais se montre finalement bienveillant. Une sélection rigoureuse de nos apports en matériels et médicaments est effectuée par les militants du squat, qui hébergent une vingtaine de familles, de manière à ne retenir que ce qui peut leur être utile ; ici se trouvent des réfugiés de toutes nationalités, sans statut légal , parfois même sans plus aucun papier...

Mais avec l'espoir de jours meilleurs malgré un quotidien qui hélas, risque de se prolonger dans ce lieu d'hébergement théoriquement transitoire.

Nous rencontrons au passage, avec Hélène et Solange de l'association gardoise Vivence, une ONG jésuite "JSR" : là, l'ambiance est toute autre. Une quarantaine de famille, ayant toute un statut légal, hébergée dans une ancienne résidence pour étudiant attendant le départ pour une vie meilleure (... sur terre ... malgré l'obédience du lieu !).

Visite du squat Yasmin rendu possible par l'ONG JRS. © Philippe Gasser Visite du squat Yasmin rendu possible par l'ONG JRS. © Philippe Gasser

Enfin, pour les sudistes, la Caravane athénienne atteint son port au City Plazza , où l'organisation du lieu nous subjugue : accueillis par Frédérique (du collectif narbonnais "Comment Aider Ceux qui Aident") et Yorgos, nous pénétrons l'antre de cet ancien Hotel désormais "réquisitionné" par ses travailleurs, pour y faire vivre quotidiennement.. plus de 400 personnes !!!

Et le lieu ressemble plus à un hotel bondé qu'à un espace glauque !

En plus d'assurer la sécurité (la menace neonazie est proche !) et la logistique pour tout ce monde, de manière volontairement participative avec l'ensemble des réfugiés pour la cuisine, l'entretien, la gestion du matériel et des denrées (avec heureusement l'aide de volontaires de tous pays), des groupes de paroles sont organisés, pour les femmes notamment. Des ateliers complètent ces activités, comme des cours de grec et des sessions d'animation pour les enfants, dont certains sont laissés quelque peu à la dérive d'une trop grande liberté, par des parents trop exténués ou traumatisés par le parcours de vie récent...

Les militants et volontaires qui occupent le lieu sont aussi épuisés, mais aucune tension ne se fait sentir lorsque nous "visitons" les lieux. Des psychologues (eux-aussi volontaires), proposent d'organiser des groupes de paroles pour les "occupants", au bord du burn-out, pour les aider à évacuer un vécu émotionnel, souvent lourd à porter et trop longtemps refoulé pour sacrifier aux tâches du quotidien..,

Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser
 
Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser
 
Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser

A la réception Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser A la réception Squat de l'hôtel City Plaza, Athènes © Philippe Gasser

Philippe 

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