Les trois premiers chapitres de mon premier Livre

Les trois premiers chapitres de mon premier  livre

29 juillet 2012, 21:18

article du journal  "gabon libre" de 1980

article du journal  "gabon libre" de 1980

 

 

Chapitre premier

 

 

PREMIERE VISION MILITAIRE

 

 

Ce matin, grande effervescence dans le village. On doit me présenter au prince Adande Denis-Marie, le dernier descendant du roi Denis qui en 1834 signa des accords de protectorat avec la France. Sa résidence se trouve au quartier Glass, nous nous y rendons avec ma mère et tous mes cousins et là je rencontre une personne d’une cinquantaine d’années qui me reçoit en grand apparat et m’explique qu’il est l’oncle de ma mère, et qu’en tant que Patriarche et Chef mandataire des Mpongwés il se devait de me recevoir puisque je suis du clan Aguékaza. Cette personne m’apprit plus tard que durant les vingt années de séjour de mon père au Gabon, ils étaient très liés ensemble.

Ce fut par certains de leurs amis que j’appris qu’ils étaient tout deux de la même Loge Maçonnique (la Grande Loge d’Afrique Centrale).

Beaucoup de gens parlent de cette Loge sans vraiment savoir ce qu’elle représentait au niveau de la Politique locale et surtout de ce qui fut plus tard l’indépendance des Pays Africains. Cette Grande Loge où l’on trouvait des personnalités très disparates , fut un creuset où tous les Grands des premières Indépendances se côtoyaient. Aujourd’hui encore certaines personnes se disant issues de cette philosophie gouvernent nos pays d’Afrique Centrale. Les Gouvernants de la france, précurseurs de ces idées font semblant d’y croire ; mais revenons à notre propos.

 

Je me trouve en présence du prince Adande pour une présentation des plus officielle. En plus de ses fonctions au plus haut niveau de l’Ethnie des Mpongwés, le Prince est président de la Cours Suprême du Gabon.

Durant tout mon séjour, Il sera celui qui par son intelligence et sa grande érudition m’apprendra les origines et la langue de mon peuple maternel.

Quelques temps plus tard, lors d’un différent relatif aux problèmes du Biaffra, il fut limogé par le président actuellement en place au Gabon : Omar Bongo,  qui  en 1967 s’appelait encore Albert-Bernard Bongo avant sa conversion à l’Islam.

 

Pour situer le Gabon, je rappellerais qu’en 1834 un Enseigne de vaisseau français ( Bouet- Willometz) envoyé par Louis-Philippe 1er, roi des français, signa  des accords de Protectorat avec le Roi Denis, Roi des Mpongwés, qui avait fédéré tous les peuples de l’Estuaire du Gabon. Le Roi Denis, avant que les français ne se présentent à lui, avait déjà signé des accords d’amitiés avec le Royaume de Grande-Bretagne et à cette occasion la reine Victoria lui avait fait parvenir une couronne en or. Elle avait de plus, sur ses fonds personnels, pris en charge l’éducation ainsi que la formation du  fils du Roi, le Prince Rapotchombo, qui poursuivait ses études en Grande-Bretagne.

 

 

Le Prince me fit initier ainsi que son fils Roger aux différentes pratiques ancestrales de «L’Okoukwé» et du «Mwiri» . De plus, il réunit les différents Notables des Mpongwés pour leur expliquer qu’après sa mort il y aurait de grands problèmes et que nulles solutions ne serait trouvées s’il n’était remis la fonction Princière à Roger son fils ou à moi-même. (Tout mpongwé sait que le prince donne sa fonction dans sa descendance, fils ou neveu, l’Avenir lui as donné raison puisque jusqu’Aujourdh’ui le Peuple Mpongwé se déchire et n’arrive pas a se donner un prince digne de ce nom). Cette journée fut longue et l’initiation se déroula pendant plusieurs jours.

 

Et ma vie au Gabon commença à se dessiner doucement...

 

 

    ...Ce soir là  «Le Cercle des Métis» à Libreville balance ses airs de musique nostalgique comme du temps, pas si lointain où le Gabon était encore la France. A l’intérieur de la boîte l’ambiance rétro est chaleureuse, et  sous les intonations de la chanson de Berthe Silva  «Où est-il mon moulin de la place blanche ...», je vois un grand énergumène au crâne rasé en train de vider  bières et Whisky au bar avec manifestement l’intention de se faire remarquer. Le genre armoire à glace. Et ce n’est pas moi avec mes dix-sept ans et ma carrure à la fil de fer-barbelé qui me risquerais à l’en empêcher. Néanmoins, je m’approche du bar et commande un Orangina ; je commence à boire au goulot lorsque d’un coup ,  je  reçois  une grande claque dans le dos et entends  : «P’tit con ! Tu vas t’empoisonner !».

Je me retourne et me trouve nez à nez avec le fameux énergumène  abreuvé de  Whisky² .C’est ainsi que je fis la connaissance de Rolf  STEINER et de son groupe de mercenaires basés à Libreville.

 

Il se prit d’amitié pour moi et me fit visiter quelques temps après les entrepôts où étaient stockés les sacs de farine et d’ oeufs en poudre, denrées destinées aux populations biaffraises. Ces entrepôts étaient situés dans l’ancienne cathédrale Sainte-Marie de Libreville.

Tous les deux ou trois jours son groupe de mercenaires et lui partaient sur de vieux DC3 vers Enugu (capitale du Biaffra) afin de larguer les sacs  de ravitaillement sur les routes dévastées par les bombardements de l’Armée Fédérale Nigériane. Et chaque fois, ils réembarquaient en toute hâte les enfants biaffrais et les débarquaient ensuite à Santa Isabel en Guinée Espagnole ainsi qu’à Libreville.

Steiner me proposa d’entrer dans son groupe, c’est ainsi que je fis sept voyages sur Enugu. Ce fût mon premier baptême du feu car les défenses antiaériennes nigérianes (DCA) nous prenaient pour cible à chaque voyage.

Au cours d’une de ces missions,  Donald mon chef de groupe fût tué. C’était un écossais, un grand roux  de 35 ans. Ancien légionnaire, il portait toujours sur lui son béret vert en  porte-bonheur, je me souviens qu’en ce jour de novembre 1967 il ne le portait pas... Ce fut une journée bien sombre ; j’entends encore dans ses dernières paroles ces mots : «A moi la légion !».

 

Chapitre deux

Ou se rejoignent les croyances

 

Il serait malvenu de passer sur un sujet important de la Vie  Gabonaise qui est la croyance à l'au - delà, c’est d’ailleurs dans ce but l’initiation qui fut la mienne  fut poussée bien plus loin que celle d’un simple Mpongwé.

 

Dans l'esprit du prince Adandé , bien que l'indépendance octroyée par la France le 17 août 1960 soit avant tout une indépendance Administrative , il  était du devoir des gabonais de gérer eux-mêmes leur avenir.

Dans ce but, Il décida de poursuivre cette initiation  envers moi et Roger son fils pour que l’un de nous soit à même , un jour, de pouvoir accéder à sa succession. Bien lui en prit car grâce à cela ces jours furent pour moi un sérieux exemple pour m’aider plus tard dans ma vie d’homme.

 

Dans cette initiation, où le réel côtoie de très près le spirituel, il était de bon ton de connaître toute la généalogie de notre famille. Comment expliquer que par moment, nous avions l’impression d’être nous-mêmes les acteurs d’une grande fresque panoramique et surtout, d’être dans un temps qui n’avançait plus.

Cette philosophie de la vie actuelle et passée mélangée à un ésotérisme familial nous faisait par moment une impression chaleureuse de vivre ces moments pleinement et concrètement.

 

Durant ce temps, deux voyages que le prince fit en France nous éclairent sur la suite des événements politiques qui secouèrent le Gabon à compter du 28 novembre 1967.

 

Peu de jours avant, le prince nous expliqua que le Président Léon Mba était décédé en France depuis plus de six mois et que la nouvelle, cachée par ordre des services spéciaux français du Général de Gaulle, devait être rendue publique le 28 novembre.

Effectivement ce jour là, la radio gabonaise annonça, sur fond de musique funèbre, la mort du Président Mba.

Ce jour, le prince eut une réunion avec le président de l’Assemblée Nationale, monsieur George Damas-Aleka, mon autre oncle, sur la suite qu’il fallait donner à la succession du Président de la République Gabonaise.

La réunion fut tenue au quartier Louis chez madame Antée en présence de tous les anciens de l’ethnie de Mpogwé dont principalement messieurs Gustave Anchouey, Georges Damas-Aleka et Léon Soungani.

Et là, l’oncle Damas nous annonça qu’il ne voulait pas devenir le prochain président de la République, comme la Constitution le prévoyait, mais qu’en  revanche il préférait que ce fut Albert-Bernard Bongo l’actuel vice-président de la République. Le prince et toute la famille n’étaient pas d’accord, mais comment aller contre la volonté d’une personne qui était le Président de l’Assemblée Nationale, donc garant de la Constitution.

Il fut donc décidé par ces grands hommes que le pouvoir serait remis à  monsieur Bongo le 1er décembre, et qu’il prêterait serment le 3, et serait déclaré Chef de l’Etat le 5 décembre 1967.

 

Ce court intermède historique, pour répondre enfin à la demande de beaucoup de personnes qui pendant longtemps m’ont demandé de leur expliquer, puisque j’y étais, ce qui s’était passé ce jour là.

 

Pardon Paul Mba-Abessole de t’avoir caché cela, toi qui es aujourd’hui le leader de l’opposition, tu n’as pas toujours été sans oublier certaines choses. N’oublies pas qu’en 1984 j’étais le numéro deux de l’opposition, et le seul à avoir eu à purger six ans et demi de prison politique dans notre pays. Cela méritait bien quelques petits oublis.

 

 

Quelle déception en ce jour du 28 novembre d’entendre à la Radio cette nouvelle qui stupéfait toute la population : La Mort du président Léon Mba  C’est la fin d’une Epoque qui s’achève celle de celui que tous se plaisaient à appeler le «Père de La Nation» celui qui avait mis comme devise de la Nation Gabonaise «Union , Travail et Justice» enfin celui qui se plaisait à dire que le Gabonais avait deux Patries La France et le Gabon.

 

Il faut encore dire que les prise de positions du Président Mba  entre 1964 après le coup d’état qui avait été fabriqué par certains services français   entraînant avec eux Monsieur Hilaire Aubame ancien député a l’assemblée nationale française et candidat malheureux du Président Mba à la Magistrature Suprême du Gabon , ces prises de positions avaient très  fortement fâchée la France qui considérait Le Gabon comme un jardin personnel et surtout comme une dépendance ou il n’était pas question de revendications  d’Autonomie plus large que celle qu’elle octroyait déjà à ses Anciennes Colonies nouvellement indépendantes , c’est d’ailleurs pour cela que certains Gabonais accusent ouvertement La France d’avoir prêté la main au simulacre de décès antidaté du président Mba, tout à fait dans la logique des affaires Politico-secrètes des services Français de l’époque  Post - Indépendance.

Comme l’avaient décidé quelques jours plus tôt Les Présidents de l’assemblée nationale et de La Cour  Suprême du Gabon  l’on vit une cérémonie  pendant laquelle alors que les Hauts Responsables Français entourés de plusieurs autres Présidents Africains , Il y avait derrière le fût de canon supportant la dépouille du Président Mba  Albert Bernard Bongo avec une redingote sale et mal repassée qui semblait  préfigurer un  nouveau  chapitre de déraison à la Politique houleuse et dramatique que le Gabon allait vivre dans les années qui allaient suivre , suivant le cortège comme tous les gabonais présents à Libreville je me trouvait en compagnie de  Robert  Doumangoye député Maire de Moanda (Haut Ogooué) dont la réflexion fut voyant les vols de chauves souris s’envoler du cimetière de Kérélé à chaque coups de canon tirés en la mémoire du défunt Président  «Paul, tous ces Guembos (Chauves -souris) sont plus propres que le fils d’Odimba (Le père de Bongo) ça vas être dur pour le pays.

Voilà comme tous les gabonais se le rappellent encore comment finit celui qui avait dit a tous les Etrangers présent au Gabon «Le pain et le sel que nous partagerons avec vous sera le pain et le sel de l’amitié».

 

Vu sous ce jour on comprend mieux qu’une grande partie de la population gabonaise, attachée aux valeurs traditionnelles ancestrales et surtout culturelles, ne puisse donner son assentiment à  monsieur Bongo dont on ne connaît véritablement ni les origines (gabonaises ou congolaises) ni surtout sa jeunesse (puisque nul ne sait où il fit ses études), ni à quel endroit il vécu et aussi si il est vrai, comme lui-même l’a dit lors d’une conférence de presse auprès des  étudiants gabonais, après les manifestations à Libreville en 1978, qu’il fut amené pour passer son bac technique les menottes aux mains en salle d’examen, ensuite sur sa vie militaire d’où parait-il, il sortit lieutenant de l’armée de l’air, alors là 3 questions se posent :

 

1 - le Gabon d’aujourd’hui serait-il gouverné  par un menteur ? (A cette époque il n’existait pas de bac technique)

 

2 - le  Gabon d’aujourd’hui serait-il gouverné par un bandit ? (Pourquoi ces menottes?)

 

3 - le Gabon d’aujourd’hui serait-il gouverné par un escroc ? (Puisqu’il apparaît selon ses camarades de promotion que Bongo est sortit de Bouar -Centre Afrique- en tant que sergent de l’Amée de l’Air, ce qui d’ailleurs ne serait pas si mal s’il n’y avait tous ces mensonges derrière).

 

Faut-il plutôt croire certains responsables politiques qui ouvertement disent que Albert-Bernard Bongo travaillait en tant que postier aux Postes de Brazzaville et fit un séjour plus ou moins long à la prison centrale de cette même ville avec ses deux frères pour des motifs de Droit Commun .

 

Cela me fut raconter par le conseiller Ontala, le propre grand frère de Bongo entre deux verres de champagne avant mon enlèvement en 1980.

 

Pour le lecteur : je le renvoie à l’admirable chanson «Sur le trottoir d’en face» de Pierre Claver-Akendengué  qui exprime très justement à travers cette comptine ce que les gabonais pensent de Bongo. Mais dans une autocratie, il est difficile de se faire comprendre !

 

 

Une autre grande personnalité gabonaise l’abbé Raponda-Walker (classé cinquième savant au monde pour la publication de ses livres sur la faune et la flore gabonaise ainsi que pour ses dictionnaires linguistiques), qui faisait partie de ma famille également, lors d’une cérémonie nocturne à huis-clos en la cathédrale Sainte-Marie de Libreville entre le prince, Léon Soungani et plusieurs notables dont le prince Louis Berre ainsi que le prince Birinda estima nécessaire de nous oindre Roger et moi avec l’huile sacrée envoyée par sa Sainteté le Pape Grégoire XVI en 1835, pour consacrer la fonction royale d’esprit divin du roi Denis. (Cette huile sainte à aujourd’hui disparue, nul ne sait depuis la mort de l’abbé Raponda-Walker et du prince Adandé ce qu’il en est advenue).

 

La seconde partie de cette cérémonie se déroula sur la tombe du roi Denis, à la pointe Pongara, et en présence de la soeur du prince Adandé.

 

 

La tombe du roi Denis, à la pointe  Pongara, semble depuis longtemps déjà oubliée des siens ; certaines cérémonies s’y déroulent encore comme celle d’aujourd’hui ayant un caractère spirituel. Il faut rappeler aux personnes ayant connues l’Afrique, surtout Centrale, que toutes les ethnies ont un principe pour entrer en relation avec les morts qui est de leur donner à boire et à manger. Cela fut fait.

 

Vers 22h30, chaque nuit, apparaît sur la tombe du roi Denis un vieux gorille blanc. Il semble garder secrètement les dépouilles royales pour éviter que certains ne s’y approchent. Ce jour là, durant toute la cérémonie ce gorille circula autour de notre groupe mais ne vint pas comme à son habitude, se prostrer sur la tombe du roi.

Voici donc en quelques mots, comment se déroula la présentation de Roger et moi aux mânes de nos ancêtres.

Dans le prochain chapitre, nous allons aborder la façon dont il nous fut dévoiler les secrets de la famille et surtout nos «kombo».

 

 

Chapitre trois

 

L’Afrique Profonde

 

- «Posso»

Les anciens se sont réunis et nous ont donné des nouveaux noms de villages. Roger devint «KAKARAPONO» et moi je devins «POSSO» du nom d’un des grands initiés de la famille.

Ce nom qui veut dire le premier devait caractériser beaucoup de choses de ma vie future. Il me fut aussi donné un Kombo «Ekafi zi myanga, non gontché, non gon béné, non ogwera, non mendé tiaré tia, vendé n’ogoni, vendé n’oroa».

Une fois ceci fait, il convenait pour nous de nous faire connaître le Gabon profond. Et mon initiation plus pratique, ainsi que  celle de Roger, se devait de se dérouler en pleine brousse gabonaise. Il fut choisi un emplacement après le Cap Estérias et après les anciens chantiers forestiers Baboneaux. Une pirogue nous y déposa et il nous fut dit que maintenant seul notre courage, notre persévérance, ainsi que l’amour que nous mettrions envers la nature qui nous entourait, pouvait nous amener à nous retrouver quinze jours plus tard au même endroit.

Il faut préciser que nous étions tous deux vêtus d’un simple pagne, et dépourvus d’eau et de nourriture. La dernière phrase qu’ils nous dirent fut : «Seuls les plus forts survivent».

 

Dans cette brousse inhospitalière, il fallait faire preuve de beaucoup d’audace et mon passé de petit bourgeois étriqué, élevé chez les frères des écoles Chrétiennes, et même ayant été Scout, ne m’amenait pas grand chose. Il fallait se débrouiller.

Regardant la pirogue s’éloigner, je me demandais dans quelle galère je m’étais embarqué. Seul avec Roger je commençais à penser à nos romans d’enfance tel Robinson Crusöé, mais ici c’était la réalité.

Un orage d’une grande violence nous surpris et nous trempa jusqu’aux os (à ce moment là j’aurais bien voulu voir tous ces grands conseilleurs me dire de ne pas m’abriter sous un arbre!). Heureusement le climat tropical fait qu’après une dizaine de minutes de pluie intense le soleil se met à briller de tous ses feux.

Première vision de ma part du climat équatorial.

 

Enfin il nous fallait manger. Tout le bord de mer est parsemé de cocotiers, ainsi qu’à certains endroits d’anciennes plantations abandonnées. Roger connaissant les différentes feuilles des plantes gabonaises, nous trouvâmes très vite quelques pieds de manioc.

Dans ce village abandonné il y avait aussi de vieux pieds de bananiers, et leurs feuilles croisées entre elles sur un brancard de vieux bois pouvait faire un abris assez convenable. Ainsi, jour près jour, nous apprîmes à nous servir de ce que la nature nous offrait aux fins de pouvoir survivre. Je n’ai nulle honte à dire que la présence de Roger et sa connaissance, même minime, de l’environnement gabonais me permis, après quelques jours, de montrer mes propres capacités de survie. (Je me rappelle ces vers de R. KIPLING : «Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes»).

En quinze jours j’ai certainement beaucoup plus appris que durant toute mon existence, par rapport à l’amitié, l’aide et surtout sur la façon de concevoir la nature, faune et flore, qui nous entoure.

 

Dans un prochain paragraphe je reviendrais sur les différentes péripéties de ces 15 jours d’existence.

 

Au bout de quinze jours, qui pour nous durèrent une éternité, nous étions heureux et craintifs de revoir nos Maîtres Initiateurs arrivés en pirogue pour nous rechercher.

Beaucoup plus tard, nous apprîmes que les différentes baies sauvages que nous trouvions en brousse, les mangues sauvages ainsi que certaines racines, étaient déposées là pour nous car nous n’étions pas seul. Nos tourmenteurs étaient donc restés près de nous et nous surveillaient jour et nuit. Là, nous comprîmes pourquoi tel jour ou tel autre nous trouvions sur notre passage une noix de coco proprement coupée et remplie d’eau et qui sur le moment nous semblait être un don du ciel.

 

Il nous restait encore à connaître le Grand Voyage. Dans une petite case de brousse, nos maîtres initiateurs nous avaient préparé deux lits de fortune composés de feuilles séchées. On nous fit boire une mixture composée d’herbes et en particulier d’ibogua, plante gabonaise hallucinogène qui a le pouvoir, d’après les anciens, de vous transporter dans le monde des esprits.

Après avoir bu ce breuvage, brusquement le corps se sent plus léger et l’on est comme projeté (est-ce notre esprit ou la pensée) dans un immense village, avec un chemin central bordé de part et d’autre de cases peuplées de gens d’un naturel étrange. Comme si la réalité avait pris le pas sur l’esprit, on se sent guidé vers l’une de ces cases. Là, on rencontre des vieux sages qui vous posent des questions et surtout vous expliquent certains chemins qui seront les vôtres plus tard, ce qui vous amène à réfléchir sur ce que sera vôtre devenir.

 

Je rentrais dans deux cases différentes dans lesquelles je fus reçu par deux vieillards tranquilles auquels on ne pouvait pas donner d’age.

 

Dans la première, le vieux sage m’expliqua en Myené que la suite de mon existence serait parsemée d’embûches et surtout d’obstacles difficilement franchissables, et qu’il viendrait un moment de prospérité complète où l’environnement humain qui m’accompagne dans mon existence serait obligé de respecter mes dires et d’accepter que certaines de mes options et paroles soient motivées par les dires de certains de mes ancêtres,

 

Dans la seconde, le vieillard fut beaucoup plus explicite, il me parla même d’une époque de misère totale, d’isolement et de rejet qui devait venir à la suite d’un moment faste suivant de peu un accident où je devais tomber du ciel.

 

 

Je poursuivais donc mon chemin dans le village et entendant une musique  je me dirigeais vers l’endroit d’où elle provenait. Arrivé devant une case, j’aperçut un groupe d’hommes et de femmes, tous vêtus de pagnes blancs, entourant un vieillard, les hommes à gauche et les femmes à droite. Ce vieillard me fit signe de m’avancer, je me sentis obligé de me prosterner devant lui. Deux personnes vinrent me relever et m’accompagnèrent à ses pieds. Il me releva et me remit trois feuilles d’une branche de palmier ainsi qu’une petite statuette en bois d’ébène, puis il me souhaita de bien repartir «GENDA BIAMBIE «. Je continuais mon chemin et sortis du village, puis...

...Soudainement je me réveillais dans la case enfumée auprès du Maître Initiateur. En me tournant sur ma gauche j’aperçus  les trois feuilles de palmier ainsi que la statuette en ébène...

 

Mon Maître Initiateur m’amena auprès de plusieurs autres personnes chargées de tester les réalités du voyage. En quittant la case je vis que l’emplacement où Roger se trouvait était vide. Je m’approchais du groupe des anciens et m’assis au milieu d’eux :

 - «O bele kamba se ?» me questionna le plus ancien.

Je racontais donc mon voyage, et chaque phrase était ponctuée par les anciens d’un «Mwana bouka yé ayé» en frappant dans leurs mains. A la fin de mon récit, ils se levèrent tous ensemble et le plus ancien me dit : «tu es heureux car tu as rencontré le Roi».

Encore perplexe et plein d’interrogation sur ce voyage réel ou irréel, je ne puis affirmer aujourd’hui encore au lecteur que tout cela est, sinon le fruit de mon imagination ou de la suggestion, sinon la réalité. Mais subsistent quand-même quelques interrogations :

 

 

1 - A mon réveil, il y avait bien trois feuilles de palmiers ainsi que la statuette de mon songe ;

 

2 - Quelques années plus tard, j’ai été victime au 2ème Régiment Etranger de Parachutiste d’un accident après un saut qui faillit me coûter la vie, quatre mois après je fus nommé Officier de l’Armée Gabonaise à mon retour au Gabon, et trois mois plus tard je fus arrêté et condamné à plus de cinq ans de prison politique.

 

Cela prouve que si tout dans mon voyage, réel ou spirituel, ne peut s’affirmer la réalité des faits qui ont suivis m’a amené à m’interroger très profondément sur le juste fondé de mon initiation.

 

Je n’ai pu savoir le contenu du voyage (puisqu’il faut parler ainsi) que fit Roger. Seule la parole des anciens qui potentialisaient celles du Prince Adandé affirmant que l’esprit du Roi Denis s’était insufflé en Roger et en moi , et que cet Esprit guiderait nos vies et un jour aiderait au renouveau profond de Notre Ethnie.

 

Ainsi se déroula  mon initiation spirituelle et traditionnelle parmis mes pairs Mpongwés.

 

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