Dans la file des patients

La lenteur de la justice ronge des vies, éteint l’ambition, vous mutile de ce temps, aussi nécessaire que vos yeux, vos mains, vos jambes, ce temps qui vous appartient.

Lorsque vous êtes confronté à la justice, à la police...Votre vie est en suspend. Cette lenteur, nie l’essence même de l’être humain. pour qui le temps est si précieux,

Qu'avons nous donc de plus...que quelques jours...quelques mois, quelques années d'existence?

Vous êtes placé dans une salle d'attente, où l’avenir ne dépend plus de vous. Tout est gelé figé, (sauf le temps qui, fidèle à lui même s’écoule en ruisseau et le plus souvent en torrent). Arrêt stérile imposé, chagrin, une prison sans barreaux, avec votre réputation ternie. Attendre pour être entendue.

Nombreux sont ceux qui s’offusquent des condamnations trop clémentes rendues par la justice. c’est ignorer cette lenteur bureaucratique , qui vous place, (présumé innocent), pour certains en prison, pour d’autres sous surveillance acharnée, durant des années...en attente d’un procès, puis d’une décision, vous autorisant (ou non) à reprendre le cour de votre vie.

..tictactictac...5, 10, 15, ans .. et vous voilà trop vieux, pour prétendre à unes vie active, à une vie trépidante, avec un blanc d’une dizaines d’années dans votre cv, pendant lesquels vous n’avez fait ….qu’attendre...et vous n’avez toujours pas la parole.

La lenteur de la justice ronge des vies, éteint l’ambition, vous mutile de ce temps, aussi nécessaire que vos yeux, vos mains, vos jambes, ce temps qui vous appartient.

Cette lenteur est-elle compatible avec la notion de droit de l’homme ou de démocratie?

 Il y a la vie /le temps/ la mort.

Martin Luther King : "Ce qui importe ce n'est pas le temps que l'on vit, mais ce que l'on fait du temps qui nous est accordé."Hors justement, la justice vous prive du «  ce que l'on fait du temps qui nous est accordé »..

Vous êtes dans votre putain de salle d’attente, dans le sas d’une banque, à la douane, dans la file des patients, pendant,5, 10, 15, ans .. autours, il y a la vie, et vous, en suspend.

4000 jours..Pendant lesquels vous n’existez pas ….vous attendez - sans faire ombrage - en silence….Viendra le temps de parler.

On vous demandera alors«  Qu’avez vous fait cet après midi du mois d’août il y a 17 ans

(Bordel, Je ne sais déjà plus ce que j’ai mangé avant hier)..ils ajouteront : « Décrivez le récit détaillé des faits »…

Je vous propose d’essayer, l’exercice est amusant, (on a, à peine plus de mémoire que les poissons rouges). Pourtant, ils relèveront, hésitations, erreurs de minutes, ou de décimètres, noteront vos hésitations, analyseront vos gestes, vos « sourcillements" qu’ils estimeront, inhabituels et coupables. Consciencieusement, ils s’appliqueront à informer les médias, de vos contradictions jugées étranges. Les médias s’en iront répendre, chantant, les séduisantes « fakenews » C’est peut être, alors (et seulement APRÈS s’être assuré d’avoir semé votre culpabilité chez les curieux) que l’on vous énoncera, officiellement, votre statue de présumé innocent.

Autre drôlerie, lorsque vous ne représentez pas de danger, la justice n’accorde pas d’urgence à votre cas...On vous oublie, on oublie votre droit à la parole. Pendant que vous attendez, sans vie, en statue de granit, (sous surveillance violente et méticuleuse), les maris assassins, les violeurs, les agresseurs, les pédophiles, ..eux sont déjà libres, jugés depuis longtemps se promenant, paisiblement dans les squares d’enfants.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.