Mais qui sait ce que c’est que la Nakba ?
La Catastrophe, en arabe, c’est le nom donné à l’expulsion et l’épuration ethnique de 800 000 Palestiniens entre 1947 et 1948 par les forces armées sionistes jusqu’à la création de l’État d’Israël, suite à la partition voté par l’ONU.*
Malheureusement, la Nakba continue. Et hier, afin que les victimes du génocide en cours à Gaza ne soient pas juste un chiffre parmi le nombre, dans 45 villes en France, en Belgique et en Suisse, nous avons égrainé le nom des morts depuis le 8 octobre 2023. 52000 personnes, des femmes, des hommes, des enfants, des bébés qui ont été assassinés par l’armée israélienne.
En les nommant, tous, un par un, en rappelant leur prénom, leur nom, leur âge, nous leur avons rendu leur humanité, fugace mais palpable.
A Roanne, nous avons rappelé à notre mémoire 1112 êtres humains, car chaque ville avait son pourcentage de chagrin. 52000 personnes à nommer, ça prendrait une centaine d’heures ! Des chiffres, toujours des chiffres. Quand l’abomination est trop grande on lui attache des signes et des virgules pour la rendre soutenable.
Mais hier nous avons pensé à Faris Dababesh, mort à 20 ans qui avait la vie à fleurir. Nous avons pleuré pour Massa Eid, 1 ans, qui ne savait pas encore le monde quand Adnan Eid, 82 ans, ne le savait que trop. Nous avons imaginé le sourire de Sara Bachir, 13 ans, rêvant d’école et de paix.
Nous avons pressenti le désespoir de la famille Dweima, Basel, Sameh et Nidaa, morts ensemble sous les bombes.
Et nous avons relayé les mots de la photojournaliste Fatma Hassona qui, par son témoignage et sa pugnacité, nous enjoignait à ne pas oublier.
…
C’était un moment émouvant et éprouvant. Nécessaire.
Aujourd’hui, j’ai beau fouiller, chercher sur le net, demander aux copains, par un mot dans les journaux nationaux. Seuls les quotidiens régionaux relatent cette commémoration. Pourtant 45 villes, 41 en France, en même temps !
Pas même un entrefilet.
La Nakba est invisible dans les manuels scolaires, le génocide n’existe pas.
Peut-être que les Belges en parleront ?
Carine Kranich
*« Le crime de la direction du mouvement sioniste, devenu gouvernement d’Israël, fut le nettoyage ethnique. »
Ilan Pappé, historien israélien, Les dix légendes structurantes d’Israël, éditions Les nuits rouges.