Viande brésilienne et déforestation : choisissez votre camp !

LA VIANDE CONGELÉE ..REGARDEZ D’OU ELLE VIENT, OU ÉVITEZ!
Visite surprise, en juin 2012, de quelques activistes de Greenpeace auprès de l’importateur de viande congelée brésilienne Van Aerde (Anvers). Leur mission était de lui demander des comptes quant à la provenance exacte de la viande importée.

Suite à différentes investigations sur le terrain, Greenpeace dénonce depuis 2009 les relations malsaines qui existent entre JBS et des fermes ne respectant pas la législation en matière de coupes forestières ou fonctionnant avec des travailleurs privés de liberté, suite par exemple au non-paiement de leurs dettes. Ces enquêtes de terrain ont également permis de réaliser à quel point certains peuples autochtones pâtissent des activités de ce secteur, indirectement soutenu par les autorités brésiliennes.

Certains groupements ne peuvent par exemple plus consommer l’eau des rivières qui traversent leurs terres tellement celles-ci sont polluées par les intrants. JBS a signé en 2009 un accord dans lequel il s’engageait à éviter tous liens avec des fermes impliquées dans ce type d’infraction. Nous savons maintenant qu’il n’en est rien.

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C’est au Brésil que se trouve actuellement le plus grand cheptel commercial au monde et les autorités brésiliennes semblent bien décidées à doubler leurs parts sur ce marché (viande et cuir).

" NE MANGEZ PAS L'AMAZONIE, SAUVEZ-LA "

Contexte international :
La forêt amazonienne constitue un réservoir exceptionnel de carbone. Elle stocke environ 80 milliards de tonnes de carbone. Ce qui représente plus de dix fois les émissions anthropomorphiques annuellesi. Cette capacité de stockage est toutefois sérieusement hypothéquée par la déforestation. Agir sur la déforestation permet d’agir pour le climat. On estime qu’au niveau planétaire, la déforestation représente presque 20% des gaz à effet de serre (GES).
Le Brésil - qui abrite une grande partie de la forêt amazonienne - figure actuellement dans le club des cinq plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde. La majorité de ses émissions provient de la déforestation.

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Contexte brésilien :
La majorité des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Brésil provient de la déforestation. Cette déforestation s’explique en grande partie par le « réalignement » des frontières agricoles qui s’opère depuis quelques années. Il s’agit de «poussées vers le Nord» dues à des secteurs comme la culture industrielle du soja et l’élevage de bovins. Ces activités industrielles transforment peu à peu l’Amazonie en champs ou pâtures. L’industrie du minerai y est également florissante, notamment celle de la fonte brute (pig iron) pour la production de laquelle beaucoup de charbon de bois est utilisé ii.

Entre 2005 et 2010, le Brésil a réussi à concilier développement et lutte contre le réchauffement planétaire et la déforestation. A tel point que lors du Sommet international sur le climat qui s’est tenu à Copenhague en 2009, le président de l’époque, Lula annonçait un objectif ambitieux pour son pays : - 80% de déforestation d’ici 2020iii. Ces ambitions sont aujourd’hui compromises et une recrudescence de la déforestation a été observée. En 2011, la déforestation en Amazonie atteignait les 6.238 km2 iv. Une augmentation qui intervient après plusieurs années de recul.
Une recrudescence importante de la déforestation est attendue suite notamment à la réforme du Code forestier initiée sous l’impulsion de l’agro-business et qui a récemment été partiellement avalisée par la Présidente Dilma Rousseff. Selon l’Université de Brasilia, cette réforme pourrait engendrer 50 % de déforestation supplémentaire d’ici 2020, soit une perte égale à plus de sept fois la superficie de la Belgiquev.

Les élevages bovins occupent actuellement 62% du territoire jadis occupé par la forêt vi. Entre 1998
et 2008, les exportations de boeuf et de veau en provenance du Brésil ont été multipliées par six vii. Le
Brésil possède en effet le plus grand cheptel commercial du monde. Ce qui en fait le premier
exportateur mondial de boeuf et de cuir. D’ici 2018, le Brésil entend consolider sa présence sur les
marchés internationaux et doubler ses parts actuelles.
Pour concrétiser cette ambition, les autorités brésiliennes travaillent main dans la main avec des
acteurs majeurs du secteur de l’élevage : Bertin (à présent JBS), JBS, Marfrig, Minerva… Tous sont
omniprésents sur les marchés internationaux de la viande ou du cuir et bénéficient d’aides publiques
indirectes.

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Impacts de l’élevage en Amazonie
La contribution de l’élevage extensif (càd avec peu de têtes de bétail par hectare mais dans le cas de
l’Amazonie observé sur des très vastes zones) à la déforestation n’est pas la seule raison de
s’opposer à ce type d’agriculture. Greenpeace a mené une enquête undercover de trois ans et en a
publié les conclusions dans un rapport intitulé Slaughtering the Amazon (2009). Cette enquête a
contribué à mettre en évidence des faits d’esclavagisme, des violations du droit des peuples
autochtones notamment à jouir de leurs terres et l’émergence de nombreux conflits sociaux parfois
violents.
Des infractions ont été relevées dans de très nombreuses fermes et des liens ont pu être établis entre
ces fermes et les grands abattoirs présents en Amazonie. Le rapport de Greenpeace détaillait
également les liens entre ces abattoirs et les autorités brésiliennes, promptes à subsidier le
développement de ce type d’industrie (entre autres via la Brasilia National Development Bank/
BNDES).

JBS : leader mondial… des promesses non tenues !
Créé il y a une cinquantaine d’années par la famille Batista, le groupe JBS s’est développé sur le
marché national brésilien et sur les marchés internationaux. JBS est aujourd’hui le leader mondial du
commerce de protéines animales (boeuf, porc, mouton, volaille) et se déploie également sur les
marchés connexes du cuir, de la nourriture destinée aux animaux ou encore des collagènes. Le
groupe emploie 120.000 personnes dans 140 sites de production, répartis sur cinq continents ix. Sa
capacité d’abattage tourne autour des 50.000 têtes de bétail par jour.
Pour Greenpeace, JBS est surtout le champion des promesses non tenues. Suite à l’enquête menée
en 2009 et préludant à la publication du rapport Slaughtering the Amazon, cette firme s’est engagée à
cesser de transformer la forêt amazonienne en pâture. Cet engagement a été réalisé dans le cadre du
Cattle agreement, également signé par les autres propriétaires de grands abattoirs en Amazonie dont
Minerva et Marfrig. Cet accord s’inspire fortement d’un accord similaire signé par les traders en soja.
Le Cattle agreement (oct 2009) prévoit pour ces sociétés l’arrêt de tout commerce avec des fermes
impliquées dans des faits de déforestation ou situées sur des terres appartenant à des peuples
autochtones. Selon ces termes, cette politique de zéro déforestation doit s’appliquer à toute la chaîne
de production, suivant un calendrier défini dans l’accord.

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Deux ans après la signature de cet accord, Greenpeace a publié un nouveau rapport détaillant les
‘promesses non tenues’ de JBS.x Ce rapport révélait entre autres la persistance de l’implication de
JBS dans des fermes suspectées d’esclavagisme par l’agence brésilienne pour l’environnement
IBAMA. Dans ce rapport intitulé Broken promises (2011), Greenpeace rappelait également l’impact
des activités de JBS et de ses sous-traitants pour les peuples autochtones.

L’exemple des Xavante est à ce propos particulièrement parlant : 15 fermes livrant à JBS sont installées sur les terres de ce peuple autochtone. La disparition de la forêt (85% a disparu dans la région) oblige ce peuple à acheter du bois pour répondre à ses besoins en bois de chauffe ou d’oeuvre. Dans le même ordre d’idée, les eaux traversant leur territoire sont contaminées, privant ce peuple du produit de sa pêche. Une situation parfaitement illégale, les populations autochtones bénéficiant théoriquement du droit de jouir de leurs terres…
Le tout nouveau rapport de Greenpeace analysant l’implication de JBS dans la mise en oeuvre du Cattle agreement et intitulé JBS Scorecard – FAILED How the Biggest meat company on the planet is still slaughtering the Amazon confirme que du bétail est toujours acheté par JBS dans des fermes implantées en territoire Xavante. Une dizaine de fermes sont concernées.
Les illégalités perdurent
Trois ans après la signature de cet accord, Greenpeace publie un nouveau rapport consacré aux piètres avancées du groupe JBS. Ce rapport paru en juin 2012 démontre que l’implication de JBS s’est au mieux limitée au respect de la loi brésilienne à laquelle ce groupe industriel était de toute manière soumis !

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 Délimitation des fermes
En ce qui concerne les contrôles exigés dans le cadre du Cattle agreement notamment en ce qui concerne la délimitation de chaque ferme, JBS s’est contenté d’exiger de ses fournisseurs un point GPS. Impossible avec ce type d’information, de vérifier l’impact exact de l’élevage sur la déforestation. Un point GPS ne permet pas d’estimer les limites géographiques d’un ranch…
 Travailleurs réduits à l’esclavage
Des preuves de l’implication de JBS dans des cas d’esclavagisme ou des intrusions dans des terres réservées aux peuples autochtones ont, à nouveau, été rassemblées xi et portent sur des faits datant de 2010 et 2011, soit après la signature de l’accord. Ce phénomène est commun dans le secteur bovin. Fin 2011, le ministère de l’Emploi brésilien faisait état de plus de 7.700 esclaves dont une majorité travaillant dans des élevages en Amazonie. Ce travail contraint s’expliquant par la nécessité pour ces travailleurs de payer des dettes par exemple.

En réalité, le respect de l’accord passé en septembre 2009 a posé des problèmes dès le départ. Le délai de six mois initialement prévu pour implémenter l’accord a été rapidement prolongé. Une partie des difficultés provenait par exemple de la nécessité de pouvoir vérifier correctement les avancées escomptées.

Détruire pour exporter
Les abattoirs de JBS (d’autres abattoirs sont également concernés) alimentent les rayons des grandes surfaces en Europe et au Brésil. La viande peut être conditionnée de diverses manières et notamment mise en conserve ou surgelée. La transformation de la viande peut se faire dans des usines du sud du Brésil par exemple. Ces produits sont proposés en Europe par le secteur de la grande distribution notamment au Royaume-Uni (30% des importations de viande en conserve provenant du Brésil) et aux Pays-Bas (Jumbo, Boni, Super de Boer, Makro).
En 2010, la Belgique a importé 6.300 tonnes de viande provenant du Brésil. Toledo, une filiale de JBS est implantée à Gand. La firme anversoise Van Aerde, spécialisée dans la viande congelée a importé en 2011, six containers de viande de boeuf congelée (soit une centaine de tonnes) provenant de Bertin et Friboi, deux sociétés absorbées par JBS. Contactée par Greenpeace, Van Aerde a confirmé – lors d’une conversation téléphonique (11 avril 2012) - ne pas pouvoir garantir de quelle région du Brésil provenait la viande importée. D’autres firmes comme Magma Food ont également des relations commerciales avec JBS.
Rompre les liens commerciaux
Les rapports publiés par Greenpeace en 2009, 2011 et 2012 mettent en évidence l’impossibilité de garantir l’origine et la légalité de la viande produite en Amazonie au détriment d’un des derniers grands massifs de forêts tropicales au monde. Cette garantie ne peut être apportée aux clients de JBS et par ricochet aux consommateurs. En conséquence, Greenpeace demande aux clients de JBS d’annuler leur contrat avec le leader mondial du secteur tant qu’il ne pourra pas leur garantir qu’il produit de la viande deforestation free. Cette demande spécifique a été adressée à Van Aerde et d’autres acteurs du secteur de la viande en Belgique par courrier en avril 2012.

Il est temps d’agir
La sauvegarde de l’Amazonie ne concerne donc pas exclusivement le Brésil. Après s’être profilé comme le pays émergent le plus actif en matière de lutte contre le réchauffement planétaire (cf. engagement au Sommet de Copenhague), le Brésil pourrait perdre ce leadership alors qu’il s’apprête à accueillir le Sommet sur le développement durable RIO+20, fin juin 2012. En cédant aux lobbys de l’agro-business, le Brésil qui poursuit un processus destructeur de révision de son Code forestierxii perd une grande partie de sa crédibilité internationale.
Sa Présidente Dilma Rousseff a honoré une toute petite partie seulement de ses engagements pré-électoraux en opposant un veto partiel au nouveau Code forestier.
L’industrie et a fortiori un leader mondial comme JBS se doivent de prendre leurs responsabilités et de signaler leur volonté d’assainir le secteur et de contribuer ainsi au bien-être de 24 millions d’êtres humains, au maintien de la biodiversité et à la lutte contre le réchauffement planétaire.

Source: Greenpeace

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ARRÊTONS D'ETRE DES MOUTONS..MOINS DE VIANDE MANGEONS !

 

 

 

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