Nos comportements et nos agissements sont des révélateurs de ce que nous sommes et, quand nous "pillons" les magasins sans nous préoccuper de celles et ceux qui viendront après nous ; quand nous imposons notre négligence à l'autre sans nous soucier des potentielles conséquences pour et sur lui, quand nous méprisons à ce point sa sécurité et son bien-être ; comment nous croire quand nous prétendons évoluer vers un "après coronavirus" dont les fondements seraient basés sur la relation et la solidarité ? Soyons sérieux !
Nous, français, nous gargarisons de notre prétendue insoumission aux règles quand nous y sommes si assujettis dans notre pensée, dans nos actions, dans nos ré-actions, et dans l'ensemble de nos mécanismes : besoin d'appartenance, conformisme aux dogmes et aux diktats sociaux et sociétaux, esprit communautaire, etc.
Ce sont ces mêmes comportements observés en circulation, en salle de sport, en concert, dans les supermarchés, dans les galeries commerciales, dans les caddies, dans les tenues vestimentaires, dans le choix de programme TV, dans les pratiques associatives et de loisirs, dans la façon que la très grande majorité a de consommer (...), dans les écoles, dans l’éducation, etc.
La réalité c'est que nos relations pré-dominantes reposent sur la comparaison, le jugement, la compétition, le pouvoir, l'emprise, l'opposition, l'imposition, la domination/soumission ; des relations négationnistes dans lesquelles les individus se déresponsabilisent de "tout", et en particulier de ce qui leur incombe.
Chacune de ces expressions est une extension de ce que nous sommes, de nos valeurs, de nos croyances, de notre égo. Une manifestation qui trouve ses racines dans quelque chose de plus profond ; dans quelque chose de… structurel.
Imaginez une pieuvre : chacun de ces comportements représenterait une tentacule.
Observez la société, notre société, celle que nous légitimons et valorisons à travers les choix que nous faisons... et ne faisons pas.
La seule chose à souhaiter et à espérer en lucidité, c'est que cet épisode permette de développer chez certains (déjà en chemin) un peu (plus) de conscience de l'autre.
Car,
- Quand nous ne sommes pas capable de regarder les personnes qui nous entourent ou que nous croisons
- Quand nous ne sommes pas capable de tenir une porte et/ou de dire merci
- Quand nous ne sommes pas capable de tenir compte de notre environnement
- Quand nous ne sommes pas capable d'adapter notre rythme et un peu de nos habitudes pour y intégrer un autre
- Quand nous demeurons au milieu d'un chemin sans nous écarter pour laisser passer la personne qui arrive en face de nous
- Quand nous témoignons si peu de prévenance, de considération et d'attention à celles et ceux qui sont supposés partager notre vie et/ou dont nous prétendons qu'ils/elles sont importantes
- Quand les autres ne sont pour nous que des ombres transparentes
- Quand nous manquons tant collectivement de discipline et de rigueur et que cela nous vaut des mesures de confinement de plus en plus restrictives avec tout ce que cela suppose en terme d'effets secondaires pour certains-e-s
Je ne vois pas comment il serait possible que dans un mois, nous nous préoccupions des conséquences de nos agissements à l'autre bout du monde.
La société ne changera pas parce que fondamentalement ses acteurs ne le veulent pas.
- Demain, chacun retournera à sa vie et à ses préoccupations
- Demain, chacun retournera à ses habitudes, à sa consommation, à ses addictions et à ses compulsions
- Demain, chacun se consacrera à la défense de ses intérêts sans soucis de justice ou d'équité
- Demain, chacun se consacrera à sa crise sans voir qu'elle n'est qu'un reflet systémique de quelque chose de plus grand, de plus global
- Demain, sera encore sous le signe de la négation et du déni
Toutefois,
- Si demain j'observais des changements de comportements des automobilistes, des coureurs, des personnes à pieds, à vélo et à trottinette
- Si demain j'observais des caddies "responsables", de la bienveillance et de la prévenance
- Si demain j'observais des rues propres, sans mégots ni déchets au sol (plastiques & co)
- Si demain j'observais bienveillance, prévenance, civisme et courtoisie
Alors seulement à ce moment là je me dirais que peut-être, il s'est passé quelque chose.
En attendant, ce n'est à mes yeux que du HUMAN-WASHING.
La France, dans sa politique publique, ses choix économiques, sociaux et sociétaux, est coutumière du déni de réalité.
Le français, dans ses comportements, dans l'importance qu'il s'accorde au détriment d'autrui, n'est pas en reste.
Sans nier une potentielle "déformation professionnelle" de ma part, je continue à m'interroger, notamment sur les conséquences -voire les objectifs- de cet observatoire à grande échelle ; sur ce qui ce joue en coulisses et dont nous ne savons rien.
Cette peut-être autre fabrique du consentement, de l’acceptation et du ralliement...
Il y a cet accroissement de la dette publique, ce nouveau "sauvetage" des banques anticipé (mené indirectement) ; du modèle financier et du système capitaliste qui nous a conduit à cet endroit. Quels nouveaux effets sur nos vies ?
Une crise financière, muette ou vociférante, conséquence directe d'une politique inéquitable menée depuis trop longtemps et des différentes mesures prises en urgence suite au démantèlement des services publiques ?
Pour répondre à la question qui fait l'objet de cet article, oui, il y aura bien un "après coronavirus", mais pas celui que beaucoup semble vouloir croire.
Rencontrer l'autre, relationner avec lui, nécessite avant tout un déplacement de soi-même et dans ce que j'observe, c'est pas gagné.