« Bassin miné » (3) La soudaine conscience sociale du FN

Retour en 2003. Les fermetures d’usines s’enchaînent dans l’ex-bassin minier. La plus spectaculaire par sa violence sociale : Metaleurop, où 830 salariés sont congédiés par fax. Du pain bénit pour le Front national. Cette scène est extraite de Bassin Miné, le documentaire qui a (encore) besoin de votre soutien pour voir le jour...

Retour en 2003. Les fermetures d’usines s’enchaînent dans l’ex-bassin minier. La plus spectaculaire par sa violence sociale : Metaleurop, où 830 salariés sont congédiés par fax. Du pain bénit pour le Front national. Cette scène est extraite de Bassin Miné, le documentaire qui a (encore) besoin de votre soutien pour voir le jour...

" On n'a plus que la croûte du pain à manger ! " © Bassin miné

La nouvelle est tombée comme un couperet sous forme d’un fax laconique, envoyé de Paris, le 17 janvier 2003. A Noyelles-Godault, Metaleurop Nord, la plus importante fonderie de plomb et de zinc d’Europe, fermait, sans plan social, ni indemnités de licenciement. 830 emplois directs et autant chez les sous-traitants, sacrifiés sur l’autel du rendement financier. Stop-Eject !

Dans les médias, cela devient vite « l’affaire Metaleurop ». Rappelez-vous « les patrons voyous », les « requins de la finance », la « justice des boursicoteurs »…

Après les mines, ce sont les usines qui ferment les unes après les autres. Dans le coin, le chômage est déjà à 25 %. Plus de 40 % des jeunes de moins de 26 ans sont sans emploi, la moitié des revenus de la population provient de la protection sociale, près de deux foyers sur trois ne sont pas imposables.

L’usine, située à 3 kilomètres d’Hénin-Beaumont, est alors le premier employeur du bassin d’emploi local, dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. D’où le violent choc traumatique provoqué par cette annonce.

" On nous a demandé de faire barrage au Front national. Et maintenant on nous laisse là " © Bassin miné

La culture du chômage qui remplace l’univers du travail, la jalousie et la peur qui renaissent sur les cendres de la culture minière. Le chômeur jalouse l’employé, le smicard le RMiste, et ainsi de suite, jusqu’au maillon le plus faible, l’étranger. Hostilités ordinaires, nées d’un quotidien de petites peurs et d’un immense désarroi.

Metaleurop, du pain bénit pour le Front national, qui trouve là une occasion de mettre en œuvre son nouveau credo sur l’insécurité sociale.

" Une soudaine conscience sociale " © Bassin miné

C’est dans ce contexte que j’ai suivi pas à pas Steeve Briois entouré de ses deux fidèles, Bruno Bilde et Laurent Brice.

" Ici, il faut parler du social! " © Bassin miné

 

Le 27 janvier 2003. Tous les commerçants de Noyelles-Godault, en solidarité avec les salariés de Metaleurop Nord ont baissé le rideau. Il y a là toute la population, mais aussi tous les élus locaux, sans exception. Steeve Briois se faufile dans le cortège. Il sait qu’il n’est pas le bienvenu dans ce bastion emblématique de la gauche et zone de non droite.

" Vous avez été baisés par la gauche. Crevez avec la gauche ! " © Bassin miné

Pendant ce temps, dans l’usine…

" Compagnons de colère, compagnons de combat... " © Bassin miné

 

Ces scènes font partie du tournage du documentaire d'Edouard Mills-Affif, Bassin miné qui ambitionne de faire le récit, sur une décennie, d’une méthodique conquête politique. Un documentaire qui décryptera la stratégie d’implantation du Front national à Hénin-Beaumont.

Mais Bassin miné a quelques difficultés à se financer. Nous avons donc lancé une souscription, comme nous le racontions dans ce premier billet. 80 % du film est déjà « en boîte », les 20% restants dépendent de vous... Plusieurs d'entre vous ont déjà répondu (nous ferons le point précis très prochainement), nous les en remercions chaudement. Mais ce n'est pas encore suffisant... Pour souscrire, c'est toujours ici: http://www.bassinmine.com/soutenir/

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.