"Bassin miné"(4) Comment Marine de Saint-Cloud est devenue Marine d'Hénin-Beaumont

Juin 2012. Un spectacle ahurissant se déroule sous les yeux des caméras de télé. Sur le marché d'Hénin, telle une rock-star, la présidente du Front national joue la « grande sœur » et s’arrête tous les deux mètres pour signer des autographes et se faire prendre en photo. Plus besoin de parler politique pour séduire et convaincre. 

Juin 2012. Un spectacle ahurissant se déroule sous les yeux des caméras de télé. Sur le marché d'Hénin, telle une rock-star, la présidente du Front national joue la « grande sœur » et s’arrête tous les deux mètres pour signer des autographes et se faire prendre en photo. Plus besoin de parler politique pour séduire et convaincre. 

Mardi 12 juin 2012, deux jours après le premier tour des législatives. Je suis, en plan-séquence, Marine Le Pen et Steeve Briois, déambulant dans les allées du marché d’Hénin. 

La star et la vilaine © Bassin miné

Ayant recueilli 42,26% des voix au premier tour sur l’ensemble de la XIe circonscription du Pas-de-Calais (47% à Hénin-Beaumont !), la candidate du FN est en excellente position pour aborder le second tour, face au socialiste Philippe Kemel, le maire de Carvin, qui a devancé Jean-Luc Mélenchon de 600 voix. Je filme, caméra à l’épaule, la présidente du Front national tout au long de cette promenade de santé. En voici quelques moments choisis, des fragments de rushs à l’état brut.

A la frite résistante 

Je voulais montrer ceux que l’on ne voyait jamais dans les reportages des journaux télévisés et d’Envoyé spécial sur Hénin-Beaumont. Je voulais rendre visible cet angle mort médiatique, constitué par tous les Héninois non-électeurs frontistes. Hénin-Beaumont n’est pas « facholand », ce n’est pas le « fief de Marine Le Pen » qui n’a, pour l’heure, jamais emporté le moindre scrutin local.

Si Steeve Briois a en effet conquis près de la moitié de l’électorat héninois, il reste l’autre partie, celle qui continue, malgré tout, de voter à gauche, sans compter la forte minorité silencieuse des abstentionnistes. Cette moitié-là, répudiée médiatiquement mais pourtant majoritaire, n’a étrangement jamais voix au chapitre. Seuls les anciens électeurs communistes et socialistes, ayant basculé vers le FN, suscitent la curiosité des journalistes.

Je me suis mis alors en quête d’un personnage capable d’incarner la résistance au Front national. Ce personnage emblématique, je l’ai trouvé grâce à Pascal Wallart, le chroniqueur de La Voix du Nord. Un midi, il m’emmène manger à « La frite militante », la friterie située juste en face de l’église, et me présente la patronne, Marie-Françoise Gonzales. Ici, tout le monde la connaît. Bien plus qu’un petit commerce, la friterie Gonzalez est une agora où l’on vient discuter le bout de gras politique, en engloutissant un sandwich américain-mayo, une barquette de frites arrosées de vinaigre ou des fricadelles.

Cachée derrière ses grosses lunettes à branches rouges, Marie-Françoise ne manque pas une occasion de tacler le Front national. D’autant que l’emplacement stratégique de sa friterie en fait une observatrice privilégiée de la vie politique locale. Dans son échoppe, elle voit défiler toute la ville, à l’exception de Steeve Briois, qui passe au large de son commerce comme on évite un animal sauvage.

Petite-fille de républicains espagnols, cette cinquantenaire au verbe haut et au tempérament sanguin, s’est mise pour la première fois de sa vie à distribuer des tracts, à coller des affiches et à faire du porte à porte dans les anciennes cités minières, pour le compte du Front de gauche et du candidat Mélenchon.

A la Frite résistante © Bassin miné

On la retrouve ici entre les deux tours des législatives de juin 2012. Jean-Luc Mélenchon vient d’être éliminé, battu de quelques centaines de voix par Philippe Kemel, le candidat socialiste. Marine Le Pen, quant à elle, est arrivée largement en tête du premier tour.

Ces scènes font partie du tournage du documentaire d'Edouard Mills-Affif, Bassin miné qui ambitionne de faire le récit, sur une décennie, d’une méthodique conquête politique. Un documentaire qui décryptera la stratégie d’implantation du Front national à Hénin-Beaumont.

Bassin miné a quelques difficultés à se financer. Nous avons donc lancé une souscription, comme nous le racontions dans ce premier billet.

A ce jour, nous avons récolté, grâce à vos dons, plus de 11 000 euros,
soit 37% de notre objectif (30 000 euros)

Grâce à l'ensemble des dons, nous avons financé les tournages de février :

  • hébergement, essence, repas, régie.
  • location de matériel de tournage
  • l'indemnité de stage de l'assistante réalisatrice

Nous sommes en capacité de financer les prochains tournages (17 jours en mars).

Néanmoins, il nous manque encore de quoi payer les salaires d'un ingénieur du son (2 semaines) et d'un monteur (8 semaines) ainsi que la post-production (mixage, étalonnage, finitions).

Il nous reste jusqu'au 30 mars, jour du 2e tour des municipales, pour atteindre l'objectif. Vu l'intérêt croissant que suscite le projet et les nombreux soutiens qui nous sont apportés, nous sommes très optimistes, mais encore loin du compte !

Pour souscrire, c'est toujours ici: http://www.bassinmine.com/soutenir/

 

 

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