Nouvelles sonorités arabes au Théâtre de la ville

Ils sont jeunes et sympathiques, infiniment talentueux et révolutionnaires dans leur art. Les musiciens Kinan Azmeh, Basel Rajoub, Jasser Haj Youssef et leurs « guests », le Syrien Feras Charestan et le Libanais Khaled Yassine, se produisent ce samedi 9 février à 17 heures au Théâtre de la Ville (salle des Abbesses, Paris) pour présenter leurs compositions et leurs nouveaux arrangements. 

Le trio Jasser Haj Youssef, Kinan Azmeh et Basel Rajoub. Le trio Jasser Haj Youssef, Kinan Azmeh et Basel Rajoub.

Ils sont jeunes et sympathiques, infiniment talentueux et révolutionnaires dans leur art. Les musiciens Kinan Azmeh, Basel Rajoub, Jasser Haj Youssef et leurs « guests », le Syrien Feras Charestan et le Libanais Khaled Yassine, se produisent ce samedi 9 février à 17 heures au Théâtre de la Ville (salle des Abbesses, Paris) pour présenter leurs compositions et leurs nouveaux arrangements. 

Le clarinettiste Kinan Azmeh et le saxophoniste Basel Rajoub viennent de la riche scène musicale syrienne : ils ont été tous deux formés au conservatoire de Damas, le Haut Institut de musique de Damas ; le violoniste Jasser Haj Youssef est originaire de Tunisie.

Clarinette, saxophone, violon et viole d’amour, percussions occidentales et orientales sur du répertoire musical arabe, c’est dire si ce quintet syro-libano-tunisien est peu ordinaire.

L’audace de ce projet intitulé « News Sounds from the Arab Lands » revient à « Initiative Aga Khan pour la musique » (AKMI), un programme de la fondation Trust Aga Khan pour la culture, qui ambitionne de réunir les communautés artistiques d’Asie centrale et du Moyen-Orient. « Depuis 12 ans, la fondation œuvre à soutenir le patrimoine musical en péril en Asie centrale comme en Afghanistan en récréant l’éducation musicale traditionnelle, explique Fairouz R. Nishanova, la responsable de AKMI. Avec News Sounds from the Arab Lands, nous voulons recréer les échanges qui existaient entre les communautés artistiques de la route de la Soie. »

NEW SOUNDS OF THE ARAB LANDS_Byblos rehearsals © Aga Khan Music Initiative

Sur cette route de la soie du 21e siècle, l’AKMI a retrouvé et réuni les syriens Kinan Azmeh, Basel Rajoub et le tunisien Jasser Hajj Youssef. Les trois compositeurs ont ensuite eu les mains libres pour choisir leurs invités, « sélectionnés non pas sur leurs instruments mais sur leurs personnalités », précise le très prolifique Kinan Azmeh. Ce virtuose de la clarinette qui a commencé à jouer à l’âge de 6 ans multiplie les rencontres et les échanges. De ses allers-retours Damas - New York, il a déjà à son actif la formation de trois groupes dont Hiwar, fondé en Syrie avec des amis d’enfance, qui  a sorti un nouvel album à l’été dernier:

Ensemble Hewar (Syria) featuring Jivan Gasparyan (Armenia) & Andreas Mueller (Germany) © Morgenland Festival Osnabrueck

 

Tous les artistes du Quintet ont en commun d’être compositeurs et improvisateurs : ils expérimentent sans cesse, brouillant avec bonheur les frontières de la composition et de l’improvisation. 

Leur répertoire puise dans le patrimoine classique de la musique arabe traditionnelle, mais ils tordent volontiers le coup à cette tradition pour se libérer du carcan de ses formats contraignants.

Alors que la création arabe contemporaine efface les instruments pour mettre au premier plan la voix et en second, le Qanoun vénéré, avec eux, les instruments sont les virtuoses au même titre que la voix qu’ils intègrent.

Ils n’hésitent pas à transformer les sons de leurs instruments et les utiliser à contre-emploi pour retrouver les mélodies de leur inspiration originelle : le saxophone devient ainsi un Ney et la clarinette peut produire des notes de gammes traditionnelles turques.

 

IMPROVISATION_Byblos Rehearsal © Aga Khan Music Initiative

Très attaché à la musique baroque, le Tunisien Jasser Haj Youssef s’est approprié le violon et la viole d’amour pour rendre les formes mélodiques modales de la musique arabe. Lorsque son professeur de maqâm lui demande de composer sur un rythme Samaï (cycle de rythme classique arabe en 10 temps), l’artiste se permet de contredire son maître en ajoutant des sonorités d’autres maqäm-s arabes et d’intégrer certaines phrases de la musique gypsy… 

« Ils ont en réalité retenu les points forts de leurs instruments et les convertissent pour pouvoir exprimer leur passion très arabe et en même temps très contemporaine, témoigne Fairouz R. Nishanova. C’est une génération qui est attachée à ses traditions mais rejettent ses formats d’expression limités. »

Dans Mariage de Kinan Azmeh, joué notamment par la formation Hiwar, la clarinette sort un son très classique sur un solo avant d’ouvrir sur un folklore enjoué, celui des noces d’un village syrien où les réjouissances laissent libre cours à toutes les improvisations.

Aujourd’hui, ces lieux d’inspiration sont en partie détruits par la guerre. A l’air enjoué de la fête succède cette longue plainte endeuillée de A Sad Morning, Every Morning, un morceau écrit il y a un an pour marquer le premier anniversaire de la révolution.

A Sad Morning, Every Morning, by Kinan Azmeh and Kevork Mourad © Kinan Azmeh
 

 

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