Caroline Donati
Journaliste à Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 févr. 2013

Nouvelles sonorités arabes au Théâtre de la ville

Ils sont jeunes et sympathiques, infiniment talentueux et révolutionnaires dans leur art. Les musiciens Kinan Azmeh, Basel Rajoub, Jasser Haj Youssef et leurs « guests », le Syrien Feras Charestan et le Libanais Khaled Yassine, se produisent ce samedi 9 février à 17 heures au Théâtre de la Ville (salle des Abbesses, Paris) pour présenter leurs compositions et leurs nouveaux arrangements. 

Caroline Donati
Journaliste à Mediapart
Le trio Jasser Haj Youssef, Kinan Azmeh et Basel Rajoub. © 

Ils sont jeunes et sympathiques, infiniment talentueux et révolutionnaires dans leur art. Les musiciens Kinan Azmeh, Basel Rajoub, Jasser Haj Youssef et leurs « guests », le Syrien Feras Charestan et le Libanais Khaled Yassine, se produisent ce samedi 9 février à 17 heures au Théâtre de la Ville (salle des Abbesses, Paris) pour présenter leurs compositions et leurs nouveaux arrangements. 

Le clarinettiste Kinan Azmeh et le saxophoniste Basel Rajoub viennent de la riche scène musicale syrienne : ils ont été tous deux formés au conservatoire de Damas, le Haut Institut de musique de Damas ; le violoniste Jasser Haj Youssef est originaire de Tunisie.

Clarinette, saxophone, violon et viole d’amour, percussions occidentales et orientales sur du répertoire musical arabe, c’est dire si ce quintet syro-libano-tunisien est peu ordinaire.

L’audace de ce projet intitulé « News Sounds from the Arab Lands » revient à « Initiative Aga Khan pour la musique » (AKMI), un programme de la fondation Trust Aga Khan pour la culture, qui ambitionne de réunir les communautés artistiques d’Asie centrale et du Moyen-Orient. « Depuis 12 ans, la fondation œuvre à soutenir le patrimoine musical en péril en Asie centrale comme en Afghanistan en récréant l’éducation musicale traditionnelle, explique Fairouz R. Nishanova, la responsable de AKMI. Avec News Sounds from the Arab Lands, nous voulons recréer les échanges qui existaient entre les communautés artistiques de la route de la Soie. »

© Aga Khan Music Initiative

Sur cette route de la soie du 21e siècle, l’AKMI a retrouvé et réuni les syriens Kinan Azmeh, Basel Rajoub et le tunisien Jasser Hajj Youssef. Les trois compositeurs ont ensuite eu les mains libres pour choisir leurs invités, « sélectionnés non pas sur leurs instruments mais sur leurs personnalités », précise le très prolifique Kinan Azmeh. Ce virtuose de la clarinette qui a commencé à jouer à l’âge de 6 ans multiplie les rencontres et les échanges. De ses allers-retours Damas - New York, il a déjà à son actif la formation de trois groupes dont Hiwar, fondé en Syrie avec des amis d’enfance, qui  a sorti un nouvel album à l’été dernier:

© Morgenland Festival Osnabrueck

Tous les artistes du Quintet ont en commun d’être compositeurs et improvisateurs : ils expérimentent sans cesse, brouillant avec bonheur les frontières de la composition et de l’improvisation. 

Leur répertoire puise dans le patrimoine classique de la musique arabe traditionnelle, mais ils tordent volontiers le coup à cette tradition pour se libérer du carcan de ses formats contraignants.

Alors que la création arabe contemporaine efface les instruments pour mettre au premier plan la voix et en second, le Qanoun vénéré, avec eux, les instruments sont les virtuoses au même titre que la voix qu’ils intègrent.

Ils n’hésitent pas à transformer les sons de leurs instruments et les utiliser à contre-emploi pour retrouver les mélodies de leur inspiration originelle : le saxophone devient ainsi un Ney et la clarinette peut produire des notes de gammes traditionnelles turques.

© Aga Khan Music Initiative

Très attaché à la musique baroque, le Tunisien Jasser Haj Youssef s’est approprié le violon et la viole d’amour pour rendre les formes mélodiques modales de la musique arabe. Lorsque son professeur de maqâm lui demande de composer sur un rythme Samaï (cycle de rythme classique arabe en 10 temps), l’artiste se permet de contredire son maître en ajoutant des sonorités d’autres maqäm-s arabes et d’intégrer certaines phrases de la musique gypsy… 

« Ils ont en réalité retenu les points forts de leurs instruments et les convertissent pour pouvoir exprimer leur passion très arabe et en même temps très contemporaine, témoigne Fairouz R. Nishanova. C’est une génération qui est attachée à ses traditions mais rejettent ses formats d’expression limités. »

Dans Mariage de Kinan Azmeh, joué notamment par la formation Hiwar, la clarinette sort un son très classique sur un solo avant d’ouvrir sur un folklore enjoué, celui des noces d’un village syrien où les réjouissances laissent libre cours à toutes les improvisations.

Aujourd’hui, ces lieux d’inspiration sont en partie détruits par la guerre. A l’air enjoué de la fête succède cette longue plainte endeuillée de A Sad Morning, Every Morning, un morceau écrit il y a un an pour marquer le premier anniversaire de la révolution.

© Kinan Azmeh

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Histoire
Sous les tapis des tisseuses, l’écho de la domination coloniale
En 1964, une soixantaine de familles de harkis ont été parquées dans une cité à l’écart de Lodève pour faire tourner ce qui allait devenir l’annexe de la manufacture de la Savonnerie de Paris, et raviver la tradition textile locale. Mais côté coulisses, l’Algérie française y a joué quelques prolongations.
par Prisca Borrel
Journal — Europe
Royaume-Uni : un débat économique de faible niveau pour la direction du parti conservateur
Les deux candidats à la direction du parti n’ont guère d’idées face à la hausse des prix qui frappe pourtant de plein fouet l’économie britannique. Le débat économique se limite donc à un duel stratégique pour convaincre le cœur militant des Tories.
par Romaric Godin
Journal
Le successeur de Boris Johnson manque déjà de légitimité
Le duel interne au parti conservateur pour la succession de Boris Johnson, entre Liz Truss et Rishi Sunak, semble déconnecté des urgences du moment, de l’inflation au climat. En raison du mode de scrutin, la légitimité du vainqueur sera faible.
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema
Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon