Syriart, 101 œuvres pour la Syrie

« Trois millions de Syriens ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence. Chacun d'entre vous peut y contribuer en achetant cette œuvre», «En achetant cette œuvre, vous contribuez au fonctionnement d'un hôpital de terrain »… Telle est la « valeur » indiquée si l’on veut connaître la mise à prix de chacune des œuvres réunies par Syriart et exposées depuis jeudi à l’Institut du monde arabe, à Paris.

Jaber Azmeh, Heaven, Syrie 2012 (70x105 - Tirage Fine Art sur papier coton) Jaber Azmeh, Heaven, Syrie 2012 (70x105 - Tirage Fine Art sur papier coton)

« Trois millions de Syriens ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence. Chacun d'entre vous peut y contribuer en achetant cette œuvre», «En achetant cette œuvre, vous contribuez au fonctionnement d'un hôpital de terrain »… Telle est la « valeur » indiquée si l’on veut connaître la mise à prix de chacune des œuvres réunies par Syriart et exposées depuis jeudi à l’Institut du monde arabe, à Paris.

Car c’est une vente aux enchères bien particulière qu’organise ce lundi 21 janvier, à l’IMA, la maison Pierre Bergé et Associés :  le bénéfice de la vente de ces œuvres permettra d’appuyer des actions humanitaires en Syrie.

 

L’initiative revient à la journaliste José Garçon, qui, avec sa consœur Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient et Nathalie Duhamel, ancien directeur d’Action contre la Faim ont crée « Syriart, 101 œuvres pour la Syrie », pour ne pas se contenter du constat d’impuissance devant la tragédie syrienne et la paralysie diplomatique alors que la répression a aujourd’hui probablement fait plus de 100 000 morts.

Il s’agit surtout, comme l’écrit José Garçon dans la préface du catalogue,  d’« affirmer au peuple syrien qu’il n’est ni seul ni oublié de tous». A commencer par ses frères arabes. Syriart a voulu rendre publique « la solidarité des sociétés civiles de la région, qui, souligne José Garçon, s’étaient peu exprimées jusque-là ».

 Plus de 50 plasticiens originaires du monde arabe et des diasporas ont répondu à l’appel : tous ont fait don d’une peinture, d’une photo ou d’une vidéo qui sera exposée puis vendue au profit des victimes civiles de la répression en Syrie. On y retrouve ainsi l’artiste palestinienne Larissa Sansour et ses fameux « Palestinauts » en route pour la Lune pour y planter le drapeau palestinien…

 

Larissa Sansour « Palestaunaut » Larissa Sansour « Palestaunaut »

Associée à l’événement et active en Syrie depuis de longues années, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) recevra 40% des sommes recueillies pour ses actions en Syrie auprès des militants en danger, tandis que le reste sera reversé à des associations syriennes indépendantes. Les ONG bénéficiaires de cette vente ont été scrupuleusement identifiées, pour s’assurer que l’aide parvienne aux Syriens de l’intérieur qui en ont le plus besoin.

Ali Kaaf, Syrie, Rieft VI, Berlin 2011 (Peinture, 76x51 - Encre et brûlures sur papier) Ali Kaaf, Syrie, Rieft VI, Berlin 2011 (Peinture, 76x51 - Encre et brûlures sur papier)


La démarche de Syriart n’est pas uniquement caritative : il s’agit de mettre en valeur l’immense richesse de la création artistique du Proche-Orient, du Golfe et du Maghreb, qui participe des nouvelles scènes émergentes de l’art contemporain au même titre que l’Iran mais aussi la Russie, la Chine, la Turquie, le Brésil ou encore le Mexique.

Shadia Alem, Arabie Saoudite, the suprem Kaba of God, 2012, (Collage photographique, 200x120 - Tirage C-print) Shadia Alem, Arabie Saoudite, the suprem Kaba of God, 2012, (Collage photographique, 200x120 - Tirage C-print)

 

Tatoués, mises à nu, étriqués, recroquevillés, inertes, ou déambulant dans le vide, les corps et visages sont omniprésents dans les œuvres de ces artistes, comme une arme brandie contre la privation de leurs libertés.

Majida Khattari, Maroc, Les Parisiennes 2, 2009 (photographie, 50x70 - Edition 2/3) Majida Khattari, Maroc, Les Parisiennes 2, 2009 (photographie, 50x70 - Edition 2/3)

 

 

 

 

Comme l’écrit Pascal Amel, rédacteur en chef de la revue Art absolument, ces artistes qui mêlent esthétiques contemporaines et esthétiques issues des civilisations du monde arabe tissent « une nouvelle « esthétique de l’hybride » où se tressent de manière inédite le corps, le ludique, l’érotisme, la beauté, la spiritualité, la pensée conceptuelle, l’ornement, le politique, la critique sociétale, la subversion… »

Les processus révolutionnaires qui traversent leurs pays ne font qu’irriguer et amplifier ces dynamiques déjà à l’œuvre dans leur création. 

 

 

Yasmina Alaoui et Marco Guerra, Maroc, Dream, 2005 (photographie, 101,6x101,6 - Edition 4/5 ) Yasmina Alaoui et Marco Guerra, Maroc, Dream, 2005 (photographie, 101,6x101,6 - Edition 4/5 )

 

Syriart a réussi à réunir les œuvres de 6 Syriens, l’un d’entre eux travaille encore en Syrie. Depuis le début du soulèvement, les artistes syriens n’ont cessé de créer, postant sur la toile leurs œuvres, qui devient ainsi une plate-forme de leur résistance à la barbarie qui frappe leur pays et les leurs, le plus souvent dans la plus grande indifférence. 

 

 

Un ouvrage leur est consacré (sous la direction de Delphine Leccas) sous le titre l’Art en Armes, témoignage de leur résistance en même temps que de la modernité de ces œuvres largement méconnues. 

 

Yaser Safi,Syrie, Sans titre, 2011  (45x55 - Gravure sur papier) Yaser Safi,Syrie, Sans titre, 2011 (45x55 - Gravure sur papier)

  

La vente se déroule à l’IMA, ce lundi 21 janvier à 19 heures, à l’Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés Saint-Bernard, 75005. Elle sera faite au comptant et conduite en euros, les acquéreurs n’auront aucun frais supplémentaire en sus de l’enchère. Exposition, l’après-midi, du 17 au 20 janvier à la même adresse.

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