Souriez, vous êtes irradié!

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La cour d'appel de Paris a signé mercredi dernier la fin de l’enquête sur les impacts du nuage de Tchernobyl. Oui, celui qui s’était arrêté à la frontière mais qui était quand même un peu passé en fraude (ah, ces clandestins de l’Est ! Et pourtant, c’était avant l’ouverture des frontières européennes..).

Pierre Pellerin, ancien patron du SCPRI (Service Central de Protection contre les Rayons Ionisants, pour ceux qui comme moi ont un peu de mal avec tous ces sigles), mis en examen en 2006 pour « tromperie aggravée », a donc bénéficié d’un non-lieu. Il avait en 1986, assuré dans divers communiqués que le nuage était bien bloqué aux frontières et ne présentait de menace pour personne, excepté « peut-être » dans le voisinage immédiat de la centrale ukrainienne.

On appréciera à sa juste saveur le « peut-être »… À la hauteur du cynisme sans faille des avocats du professeur Pellerin réclamant le non-lieu au motif que « pour qu’il y ai tromperie, il faut qu’il y ai contrat.. ».

Bon, diriger un Service Central de Protection ne vous engage donc contractuellement à protéger personne. Suffit de le savoir.

 

Mais moi j’irai personnellement plus loin que les avocats. Ce n’est pas un non-lieu qu’il fallait viser, le non-lieu signifiant, rappelons-le, que les éléments rassemblés par l'enquête sont insuffisants à justifier une action plus avant. Le mis en examen n’est pas blanchi, mais on a pas assez de preuves pour étayer l’accusation.

C’est comme dans l’affaire DSK, le viol n’a pas de chance d’être prouvé.

Or ici, pourquoi se contenter d’un non-lieu ? Quand on pouvait obtenir l’acquittement. Et pourquoi pas aussi la médaille du mérite ?

Car à la lumière des expériences scientifiques récemment invoquées au Japon par le Professeur Yamashita , qui présidait ce week-end la conférence internationale d’experts de Fukushima, le mensonge sur le nuage et le risque sanitaire, même avéré, pourrait bien avoir été plus protecteur que de bêtes pilules d’iode.

Cet éminent scientifique, invité après la catastrophe par le gouvernement de la préfecture de Fukushima à informer les gens de la région au sujet des risques d'irradiation avait déclaré (sans rire) que : « les effets des radiations ne touchent pas les gens qui sont heureux et qui rient. Ils affectent les gens déprimés, qui s’inquiètent et broient du noir. »

Interviewé par un journaliste du Spiegel sur ces étonnantes affirmations, il développe : « De l'expérimentation animale avec des rats nous savons clairement que les animaux qui sont très sensibles au stress seront plus touchés par les radiations. Le stress n'est pas bon du tout pour les gens qui sont soumis à des radiations. Par ailleurs, les états mentaux de stress suppriment également le système immunitaire et par conséquent peuvent favoriser certaines maladies cancéreuses et non cancéreuses. C'est pourquoi j'ai dit aux gens qu'ils ont aussi à se détendre. »

D’où l’on peut raisonnablement conclure que même si l’augmentation des cancers de la thyroïde après 86 est bien liée au passage effectif d’un nuage de pollution radioactive sur la France, si le public avait été correctement informé des risques sanitaires, cela aurait pu être encore pire ! Stressée par ces informations alarmantes, la population se serait trouvée encore plus vulnérable aux effets nocifs des retombées de Tchernobyl, voire même se serait fabriqué toute seule des cancers de la thyroïde d’avoir la gorge nouée à l’écoute des infos, ou des leucémies, à force de se ronger les sangs. Ou peut-être aurait choppé la grippe en plein mois de mai, qui sait, avec un système immunitaire déprimé par des nouvelles alarmistes ?

Un expert vous dit que si vous êtes irradié, il-faut-vous-dé-tendre !

Bref, voilà donc le mensonge sanitaire d’État justifié, par le souci de préserver le moral et par là, la santé des populations.

On prédit à Monsieur Yamashita un grand avenir international. Après le Japon et Fukushima, la France et le nuage de Tchernobyl, ses théories pourraient aussi intéresser le gouvernement américain, qui après l’effondrement des Twin Towers s’est abstenu courageusement d’informer les équipes travaillant sur le site de Ground Zero de la pollution de l’air ambiant. 70 % d’entre eux ont aujourd’hui des problèmes de santé, notamment respiratoires, liés directement à leur exposition prolongée durant les travaux de déblaiement ? Si on les avait inquiètés, ça aurait pu être pire ! Sans compter qu’ils étaient déjà stressés au départ par les événement du 11 septembre, alors, pensez, si on leur avait dit qu’ils risquaient leurs poumons…

En conclusion, il semble important de retenir que la vraie dangerosité de l’énergie nucléaire, ne réside pas dans la radioactivité elle-même.

Mais bel et bien dans les discours inquiétants, les scénarii catastrophe, et les informations alarmistes colportées avec une irresponsabilité coupable par les écologistes.

Car enfin si on les écoute, comment on va faire, nous, pour sourire sous le prochain nuage ?

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