Tous égaux!.. et certains plus que d'autres.

Ce matin, en pleine crise sur la réforme des retraites...

...alors que les revendications des manifestants commencent à prendre un petit parfum de lutte des classes, que la jeunesse est dans la rue et que les gamins des cités flambent quelques voitures pour lutter contre le froid de l'hiver, je découvrais, étonnée, la page 2 du Figaro (trouvé sur la table du petit déjeuner à l'hôtel, hein, pas acheté en kiosque...). Je m'attendais à un article fustigeant les revendications outrancières des syndicats, clouant au pilori ces soi-disant travailleurs qui n'ont rien de mieux à faire qu'un petit tour à pied dans les rues de la capitale, ou même au récit des tribulations de Georges, le chauffeur de Madame, en quête d'une pompe approvisionnée.

Que nenni.

 La page 2 du Figaro est consacrée à un sujet autrement plus brûlant: "La ruée des étrangers sur les beaux quartiers de Paris". Où l'on apprend que les plus fortunés d'entre nous ont aussi leur problèmes.. Ben oui, ma bonne Gisèle, y'a bien du malheur dans toutes les familles!

De quoi s'agit-il? D'un flux migratoire incontrôlé entre la rue Myrrha et le Faubourg Saint Honoré? D'une surpopulation d'Ukrainiennes et de Sri Lankaises dans les chambres de bonnes du 7ème?

 Que nenni, encore.

 Simplement les étrangers, fortunés, sont de plus en plus nombreux à s'offrir un pied-à-terre à Paris. Et cela n'est pas sans soucis. Car qui dit pied-à-terre, dit occupation occasionnelle. Et cela pose des problèmes de "convivialité" et même de "sécurité" dans des immeubles à moitié vides la plus grande partie de l'année. Où l'on apprend donc, que seul et plein aux as dans son immeuble de Saint Germain des Prés, on est quand même... seul. Ça console..

 Mais il y a pire. Car ces étrangers sont des accros aux produits de luxe! (remarquez, avec un pied-à-terre à 30 000€ le m2, je le serais moi-même aussi). Donc exit les commerces de proximité, remplacés par des boutiques de Rolex.. C'est joli, mais ça se mange pas, la Rolex. Mort du petit commerce... Plus grave, ces étrangers, d'abord Italiens, Américains ou Britanniques, font maintenant place à des Marocains, des Indiens, voire des Pakistanais! Et qui n'ont même pas la décence d'ouvrir un "Fauchon de nuit".

Les prix flambent, et les anciens propriétaires d'appartements, vendent à présent pour réaliser des plue-values (les margoulins!). Alors les " habitants traditionnels" sont obligés de partir!

Que fait la municipalité, me direz-vous? Elle tente d'entretenir la "mixité sociale" en transformant quelques immeubles en HLM. Réservés bien sûr dans ces quartiers aux RMIstes (Rentiers Millionnaires Inférieurs), et autres bénéficiaires de la CAF (Commission d'Attribution des F10). En plus, faute de têtes bien blondes - les "étrangers" scolarisant leur progéniture dans leur pays d'origine, ou en Suisse - les écoles publiques, si prisées dans les beaux quartiers, ferment! Et voilà Georges réquisitionné pour conduire les enfants à l'école du quartier voisin. Et avec la pénurie d'essence, c'est problématique.

 Oh, pardon! On ne dit pas "pénurie", c'est expliqué dans l'édition précédente et aussi dans celle d'avant. Non, on parle de "tensions d'approvisionnement", de "difficultés logistiques", ou encore de "désagréments dans certaines stations". C'est le "politiquement correct".

Et le gouvernement n'est pas non plus "impuissant" à s'opposer aux exigences grandissantes du patronat et du monde de la finance pour défendre nos intérêts de travailleurs, à réduire la "fracture sociale", fondement de la crise d'aujourd'hui.Non, il n'est pas "impuissant", il souffre juste d'un "dysfonctionnement érectile"...

Mais les inventeurs du Viagra l'ont bien dit. Ça soigne le problème mécanique, hein, pas le manque de désir..

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