De Latran à Strasbourg

Après la promesse de 2012 de réaffirmer notre laïcité, balayée par l’obstination aveugle de Jean-Louis Bianco à croire que la France n’a pas de problème avec sa laïcité, voici Bernard Cazeneuve qui la foule au pied et fait sienne la définition de Jean-Paul II :   « La laïcité (française) laisse à chaque institution, dans la sphère qui est la sienne, la place qui lui revient, dans un dialogue loyal en vue d’une collaboration fructueuse pour le service de tous les hommes. Une séparation bien comprise entre l’Église et l’État conduit au respect de la vie religieuse et de ses symboles les plus profonds, et à une juste considération de la démarche et de la pensée religieuse ».

 Cette définition peut paraître a priori pacifique mais :

Où est la liberté de conscience ? Nulle part.

Le droit au blasphème ? Balayé.

Le fait que l’Etat se doit de ne reconnaître aucune religion ? Disparu.

 Pour Nicolas Sarkozy la République avait « besoin des croyants » jusqu’à en oublier celles et ceux qui ne le sont pas et le pasteur était par nature au dessus de l’instituteur.

Version B.Cazeneuve : « je crois que les chrétiens ont en effet un rôle essentiel à jouer, aux côtés des croyants d’autres confessions, dans le traitement des maux que connaît notre société anxieuse, éreintée par le chômage, inquiète des mutations du monde qui l’entoure, profondément en quête de sens. A mes yeux, les valeurs qu’ils défendent contribuent tout particulièrement à la cohésion sociale, car elles rejoignent celles du pacte républicain. »

 De quel pacte républicain notre Minsitre de l’intérieur parle t il ? Celui des temps républicains qui maintenaient la femme dans un statut de sous-humaine comme le fait encore aujourd’hui l’Eglise catholique (et l’Islam etc…) ?

 Pour B.Cazeneuve « La République elle-même ne fit pas toujours preuve de tolérance à l’égard d’une Eglise perçue comme un redoutable adversaire, plutôt que comme une source d’inspiration dans la recherche du bien public. » S’inspirer du mouchoir mis sur les crimes pédophiles comme vient encore de le faire l’Eglise ? S’inspirer de l’idée que le viol est moins grave que l’avortement ? Préférer laisser crever les mères plutôt que d’accepter un avortement ? Contester le divorce, non seulement le mariage des homosexuels mais leur existence même etc… Il est où le bien public dans la tête des barbons chrétiens comme des barbus de l’Islam ?!

 Et le Ministre de l’Intérieur, se réinventant ministre des cultes, fait état de sa course dans les différents lieux de culte confondant ne « reconnaître aucun culte » avec « flatter les religions numériquement les plus importantes». Courir les lieux de culte et les fêtes religieuses de quelques religions pour un membre du Gouvernement ou un représentant élu est purement et simplement contraire à la Loi de 1905.

 Il s’affirme « vigilant et déterminé lorsque des prédicateurs enseignent à des jeunes enfants la détestation de la musique ». L’Imam de Brest ferait-il l’objet de poursuites ? Le ministre fait-il intervenir la Miviludes contre l’Imam de Brest, celui de Villetaneuse et autres salafistes qui dénient aux femmes le droit de sortir sans l’autorisation de leur mari, qui invite le second à battre la première ? Pourquoi n’a t il pas profité du Salon de Pontoise pour empêcher la prise de parole publique de tous ces sectaires salafistes ? Pourquoi n’y avait-il pas de force de police pour empêcher que les Femens soient rouées de coups par ses responsables religieux dont ils vantent la compassion « par nature ».

 Notre laïcité, issue tant de la Loi de 1905 que de son appropriation par le peuple est tolérance. Chacun peut avoir le rapport au divin qu’il veut ; Les croyants peuvent exercer leurs cultes en public dans les lieux dédiés ou en privé sans que personne ne vienne les importuner et comme toutes les associations ils peuvent obtenir l’autorisation pour occuper ponctuellement l’espace public. C’est essentiel et c’est la clé de l’avenir. Les droits des croyants ne sont pas illimités car ils s’arrêtent non seulement aux droits des croyants des autres religions mais aussi de ceux qui n’ont pas à être contraints en permanence aux exhibitions des croyances des uns ou des autres.

 La mission du Ministre de l’Intérieur est de veiller aux troubles à l’ordre public. Ce n’est pas nié le fait religieux que de constater qu’en laissant la bride sur le cou des croyants, de toutes les religions, les plus obsédés par l’affaiblissement de notre laïcité et le retour en force d’influence de ces croyants radicaux auprès des pouvoirs publics que « l’ordre public » a des chances d’être maintenu !

 Les croyants sont minoritaires dans notre pays et dans le monde entier le pourcentage de croyants diminue. Les fous de dieu de toutes les religions profitent en revanche de la complaisance, coupable ou craintive, de ceux qui nous gouvernent. Combien de temps croyez-vous que les athées, agnostiques, indifférents ou croyants bénissant l’existence de notre laïcité qui les protègent des fous de Dieu vont continuer à supporter ce sabordage de ce qui faisait l’essence de notre capacité de vivre ensemble avant que, pour de vils calculs politiciens ou par lâcheté, ceux qui nous gouvernent ou nous représentent ne l’abîme ?

Discours de B.Cazeneuve à Strasbourg le 3 octobre 2015 : http://www.lavie.fr/actualite/documents/bernard-cazeneuve-les-valeurs-republicaines-sont-largement-celles-de-l-evangile-03-10-2015-66996_496.php


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