Réélection de Nikol Pashinyan en Arménie

26 listes électorales en lice pour 2,3 millions d'arméniens inscrits. Avec 53,9% des suffrages le parti "Contrat Civil" du premier ministre sortant Nikol Pashinyan sort vainqueur. Son parti obtient la majorité parlementaire avec 72 sièges sur 105. Peut-on cependant parler d'une "nette" et "large" victoire pour le premier ministre arménien ?

Ces élections législatives sont déroulées après une période de trouble politique suite à la défaite cinglante de l'Arménie dans le Haut-Karabakh, territoire enclavé dans le sud Caucase, peuplé à majorité d'arméniens ayant proclamé son indépendance en 1991. Le conflit d'automne dernier s'est terminé avec une victoire militaire de l'Azerbaïdjan, soutenu militairement par la Turquie La guerre a fait plus de 5000 morts coté arménien laissant un peuple traumatisé et en manque d'espoir. 

Suite à la signature d'un cessez-le-feu humiliant, de nombreux mouvements de contestations contre le premier ministre arménien sont survenus.

Nikol Pashinyan, signataire du cessez-le-feu, a été désigné par beaucoup d'arméniens comme un "traître" à la nation.  

De nombreux citoyens ont été très consternés de voir que six mois après la fin de la guerre, plusieurs problèmes sont apparus à la suite du conflit restent sans réponse :

Toutes ces problématiques ont rendu l'homme de la révolution de velours si impopulaire au point qu'en février dernier, le chef de l'État major appelé à sa démission. L'ensemble de ces événements ont provoqués l'organisation d'élections législatives anticipées ce dimanche.  

Résurrection des fantômes de l'ancien régime 

Cette instabilité politique a ramené dans le paysage politique arménien d'anciennes figures politiques issues de l'ancien régime et proche du pouvoir russe. Ainsi le parti de l'ex-président Robert Kocharyan, ancien cadre du parti communiste et accusé par le passé de plusieurs actes de corruption, a récolté avec son parti "Alliance Arménie" plus de 21% des suffrages et près de 27 sièges au parlement. 

Le parti dirigé par Robert Kocharyan, à la suite du scrutin a dénoncé l'existence de " fraudes". Il ajoute que son parti, Alliance Arménie "ne reconnaîtra pas les résultats du scrutin". 

Serge Sarkissian, l'ancien président de la République d'Arménie de 2008 à 2018 est également revenu sur le devant de la scène avec son parti "J'ai de l'honneur" a réuni 5,23% des voix lui garantissant 7 sièges au parlement. 

Il faut voir dans la victoire de Nikol Pashinyan, celle de la démocratie et le rejet de ces anciennes élites du parti communiste corrompues. Le peuple arménien a voté pour l'espoir et la pérennité de la démocratie. Avant le gouvernement de Nikol Pashinyan, cette république du sud-Caucase était accoutumé à des fraudes électorales quasi-systémique depuis sa création en 1991.

L'issue du scrutin prouve également que Nikol Pashinyan est toujours perçu comme un candidat du "peuple" ayant combattu virulemment les élites oligarchiques au pouvoir. 

Le véritable changement et l'issue notoire de cette élection reste cependant le retour des anciens dirigeants au parlement. Ils pourront ainsi exercer au mieux leur influence au pire leur injonction au sein de l'appareil législatif. 

Une question reste en suspens Serge Sarkissian et Robert Kocharyan accepteront-ils de travailler main dans la main et de manière harmonieuse avec la majorité parlementaire dirigée par Nikol Pashinyan ? 

Rappelons qu'en 2008, à la suite de l'élection de Serge Sarkissian au pouvoir, Nikol Pashinyan alors journaliste avait été emprisonné pour avoir organisé des manifestations contre l'issue du scrutin. Ces manifestations ont conduit à la mort de 10 personnes. 

Ces personnages politiques trouveront-ils donc un point de ralliement à la faveur du peuple arménien au lendemain de la guerre ?

Voici l'imposant défi laissé par les électeurs arméniens pour le gouvernement. 

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