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Billet de blog 3 juil. 2022

Le communiqué qui aurait du être écrit

Voici ce que devrait écrire une organisation lorsqu'un de ses membres est mis en cause pour des faits de sexisme ou de violences sexuelles

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"En France, 1 femme sur 2 a été victime de violences sexuelles (harcèlement, agression ou viol). Comme toutes les organisations politiques, syndicales ou associatives, comme toutes les entreprises ou les administrations, notre mouvement n’échappe pas aux violences. Nous le savons.

En 2018, lors de la parution d’un article sur des faits de violences dans notre parti, nous n’étions pas outillé·es pour traiter les alertes. Nous aurions dû lancer une enquête interne pour identifier les personnes mises en cause dans l’article, entendre les victimes et traiter les violences à l’époque. Cela n’a pas été fait, c’est une erreur.

Nous avons seulement recadré la personne mise en cause, de manière informelle. Et nous n’avons pas communiqué dessus. Autre erreur.

Plusieurs personnes, sur les réseaux sociaux, font état d’agissements potentiellement sexistes ou de comportements à connotation sexuelle non sollicités. Nous avons également reçu un signalement. Nous prenons très au sérieux ces alertes. A ce stade, nous n’avons pas d’éléments permettant de dire que la personne mise en cause a commis des violences, et si oui lesquelles. Le signalement va être traité afin à la fois d’identifier la nature des faits et, si ceux-ci sont avérés, les sanctionner et faire connaître les résultats de l’enquête.

Nous invitons toutes les personnes ayant des informations à nous écrire à (adresse). Leurs témoignages seront accueillis par des personnes formées, bienveillantes et au fait des mécanismes des violences sexistes et sexuelles. Nous garantissons la confidentialité des échanges.

Nous rappelons que personne, ni les personnes qui signalent des faits, ni les personnes mises en cause ne doivent faire l’objet de pressions, d’injures ou de harcèlement notamment sur les réseaux sociaux.

Nous savons que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est une bataille qui ne s’arrête jamais. Nous avons encore des progrès à faire, nous le savons. L’amélioration de notre dispositif d’alerte et de traitement des violences fait partie de nos priorités des mois à venir."


Et sinon, les arguments suivants sont tout pétés et complètement contreproductifs à la fois pour faire avancer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et en matière de communication politique. 

"C’est un homme génial, je peux en témoigner"

Cela n'a absolument aucun rapport. Les hommes qui commettent des violences sont nos potes, nos camarades, des membres de nos familles. Ils peuvent être géniaux avec nous et problématiques avec d'autres. C'est toujours comme ça.

"C’est un complot politique, ça sort maintenant comme par hasard".

Hum. Alors d'abord même si c'est rendu public par des adversaires politiques (ce qui n'est pas le cas ici), si quelqu'un a commis des violences, ça reste un problème.

Ensuite si ça sort maintenant, c'est de la faute des personnes qui ont décidé de mettre en responsabilité une personnalité politique dont ils savaient qu'il y avait un sujet non traité. Vous auriez du traiter le sujet AVANT de le mettre en avant. Vous avez donc rien retenu des histoires passées ? La mise en lumière fait souvent passer le pas de parler publiquement aux victimes ou à leur entourage.

 "Cela dessert la cause"

Ce qui dessert la cause, c'est quand un mouvement féministe n'arrive pas à traiter correctement des signalements pour des faits de violences. Pas les féministes qui les dénoncent. Même si elles s'y prennent mal (voir ici, un billet sur ce sujet).


Comment on aurait du réagir ? D'abord on aurait du anticiper. On le savait que ça allait sortir, c'était sûr. Donc AVANT de nommer quelqu'un à un poste, on traite le problème. On ressort les alertes, les articles, on cherche et on s'en occupe. S'en occuper ça veut pas forcément dire virer la personne ou l'empêcher d'accéder à un poste à responsabilité. On appelle cela proportionnalité des sanctions. On ne traite pas de la même manière un agissement vieux de 8 ans qu'un témoignage pour des faits de viol.

Ensuite, si on a pas anticipé, on réagit dès que la première prise de parole publique a lieu. On communique pour dire qu'on prend les choses au sérieux et qu'on va traiter l'alerte. En cas de faits très graves (des faits de viol par exemple, ce n'est pas du tout le cas ici), on met à pied la personne mise en cause le temps de l'enquête interne. (Proportionnalité de l'action toujours).

On ressort les anciennes alertes, on contacte les personnes. On crée un cadre sécurisant où tout le monde peut parler. On liste les faits, on cherche les témoins. On corrobore, ou pas. Et on écrit ce qu'on trouve. Soit il n'y a rien de corroboré : pas de faits précis, pas de témoins. Et on le dit. Soit il y a des faits, corroborés. Dans ce cas, on sanctionne, en tenant compte de la nature des faits. Cela peut être un avertissement, une mise à pied des instances du parti pendant un temps donné voire, pour les faits graves, d'une exclusion et d'un signalement au procureur.

Et ensuite, on communique. On dit ce qui s'est passé et on dit comment on a traité.

Je sais que c'est compliqué. Que c'est encore plus compliqué quand ce sont des amis mis en cause. Mais ça se traite. C'est possible de traiter le sexisme, c'est possible de traiter les violences sexuelles.

Bref. Faites mieux, merci.

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